Apple est juge et partie sur l'App Store. Il contrôle la boutique et y propose ses applications. Mais selon la presse américaine, la recherche serait truquée.

Ce sont les conclusions d’une enquête conduite par le Wall Street Journal, publiée le 23 juillet dans ses colonnes. D’après les observations du journal américain, Apple profite de sa position privilégiée sur l’App Store — il en est le propriétaire — pour faire en sorte que son moteur de recherche intégré favorise ses propres applications quand certains mots-clés sont utilisés pour trouver des logiciels.

Pour des recherches basiques, indique le quotidien, comme « maps » pour trouver des services de cartographie, ce sont des applications conçues par Apple qui surgissent en premier, dans 60 % des résultats. Quand ce sont des programmes permettant de générer des revenus, comme Apple Music, qui sont impliqués, cette mise en avant a même été observée dans 95 % des tests.

Apple Music bénéficie d’une forte visibilité sur l’App Store.

Apple dément toute manipulation

Sollicitée pour une réaction, la firme de Cupertino est pourtant catégorique : il n’y a aucune manipulation du moteur de recherche pour favoriser son écosystème logiciel. Par contre, le groupe reconnaît que ses applications occupent souvent les premières places d’une requête, avant tout parce que ce sont elles qui sont recherchées et, in fine, installées sur le smartphone ou la tablette.

« Les clients d’Apple ont un lien très fort avec nos produits et beaucoup d’entre eux utilisent la recherche », déclare Apple au journal. Or, « cette utilisation [du moteur de recherche par le client] est la raison pour laquelle Apple a de bons classements dans la recherche ». La marque à la pomme fait remarquer que d’autres entreprises sont aussi bien placées, comme les logiciels de Microsoft ou Uber.

Naturellement, le fonctionnement de l’algorithme de recherche sur l’App Store est secret. Cependant, l’entreprise explique se servir de 42 signaux pour établir la position d’une application. Néanmoins, ils n’ont pas tous le même poids : certains facteurs comptent plus, comme le nombre de téléchargements et la correspondance entre une recherche et la sélection d’une application parmi les résultats proposés.

De la neutralité des boutiques

Le fait d’occuper les plus hautes places du classement est gage de visibilité, en particulier sur des mots-clés relativement génériques et très populaires. Comme sur Google, il est rare qu’un internaute aille au-delà de la première page de résultat. Bien souvent, il ne se focalise que sur les cinq premiers liens de la première page et refait une requête si rien ne le satisfait. La même attitude existe avec les boutiques d’applications.

Mais encore faut-il pouvoir s’assurer que le moteur de recherche n’est pas biaisé. Or, dans la mesure où les algorithmes de classement sont gardés secrets, il n’est évidemment pas possible de lever totalement le doute : Apple est dans une position de juge (il a le contrôle du moteur de recherche et de l’App Store) et partie (il positionne aussi ses applications sur cette boutique et tient à ce qu’elles soient utilisées).

Google Play et l’App Store, deux plateformes incontournables sur le marché des applications.

Cette préoccupation est d’autant plus justifiée qu’aujourd’hui l’App Store est un service incontournable pour récupérer des applications sur iOS — les boutiques alternatives qui existent ont une notoriété trop confidentielle et peuvent être moins fiables et sûres que la boutique officielle. C’est la même chose pour Android, avec Google Play. Impossible pour le tout-venant d’y échapper.

Les recherches du Wall Street Journal, bien que contestées par Apple, sont à même de nourrir la réflexion sur le concept de neutralité des plateformes, sur lequel s’est déjà penché par le passé le Conseil national du numérique. D’autres organismes, comme le CSA ou le régulateur des télécoms, s’étaient aussi emparés du sujet, comme le gouvernement, mais sans que cela ne débouche sur des actions spécifiques.

Partager sur les réseaux sociaux