Pour la première voiture électrique de son histoire, Jaguar n'a pas fait les choses à moitié.

L’industrie automobile traverse une période excitante et les observateurs peuvent s’en réjouir. Alors que les enjeux autour de la mobilité n’ont jamais été aussi nombreux, les constructeurs entament l’évolution naturelle vers l’électrique, un virage à ne pas manquer alors que certains — Tesla en tête — ont déjà quelques tours d’avance. Tôt ou tard, le précurseur américain trouvera à qui parler, les rivaux historiques voyant d’un mauvais œil qu’un petit Poucet leur damne le pion. Et en attendant la Taycan de Porsche, naguère connue sous le patronyme Mission E, Jaguar dégaine une I-Pace conçue pour l’expérience de conduite de demain disponible dès aujourd’hui. Nous l’avons essayée.

C’est au CERAM, près de Senlis, que Jaguar a organisé divers ateliers mettant en exergue les arguments de son I-Pace, un premier pari dans l’ère électrique. Le lieu n’était pas choisi au hasard : sur ce circuit, les différents acteurs du marché ont l’occasion de tester leurs véhicules dans moult conditions mimant la réalité ou des environnements extrêmes (exemple : un anneau de vitesse autorisant les 250 km/h). Pour les invités, c’était l’occasion de prendre en main la I-Pace au sein de trois ateliers au but différent : un parcours vantant la réussite de son châssis, un test sur une piste reproduisant une route départementale (90 km/h maximum) et un petit tour sur ce fameux anneau de vitesse pour appréhender l’accélération.

Jaguar I-Pace

Une allure de félin

La Jaguar I-Pace commence par être une voiture séduisante. SUV compact d’un peu plus de deux tonnes, elle entend ne pas trahir la marque à laquelle elle appartient. Dès les premières minutes en sa compagnie, il apparaît difficile de ne pas succomber à son charme félin, ses lignes arrondies et élégantes, son museau court et bombé, son look sportif mais jamais agressif (l’arrière est racé tout ce qu’il faut).

En prime, les ingénieurs ont voulu apporter un soin tout particulier aux détails : le bouclier, façon nid d’abeille, apporte du cachet, la prise d’air sur le capot n’est pas qu’esthétique (elle ajoute un peu d’appui) et les poignets de portes se déploient comme par magie. Esthétiquement parlant, la I-Pace est une réussite et ne manque pas de présence. Tout simplement parce que Jaguar a voulu l’inscrire dans son identité plutôt que de chercher à faire un véhicule de demain sorti plus ou moins bien d’un canon de la science-fiction.

Ce savoir-faire en matière de design se retrouve jusque dans l’habitacle. Malgré tout l’amour et l’admiration que nous nourrissons pour les Tesla, la firme américaine a encore des choses à apprendre au niveau des finitions. Un domaine maîtrisé par Jaguar. Au sein de la I-Pace, tout est savamment à sa place : ce n’est ni trop futuriste, ni trop archaïque, juste hyper intuitif et avenant. Le mélange des genres fonctionne à plein régime et rassure. Se fondant dans des matériaux nobles et raffinés (selon la finition), les écrans tactiles affichent une interface épurée et ne sont jamais envahissants. Les molettes permettant de gérer la température se nourrissent du meilleur des deux mondes : on les tourne comme avant mais les indicateurs s’affichent directement sur eux.

Jaguar I-Pace

À l’arrivée, Jaguar se sert de la technologie moins pour faire des promesses que pour assurer un confort autant simpliste que bienvenu. Dès lors, une fois installé sur le siège, on a cette impression que tout est maîtrisé et que la I-Pace fera tout en bien sans en faire trop. Une philosophie inverse à Tesla, où le besoin de pousser toujours plus loin l’innovation se ressent constamment. Bien entendu, les services de connectivité passant par une application mobile sont là, tout comme certaines options qui devraient se démocratiser dans le futur (exemple : affichage tête haute holographique, que nous avions adoré chez Audi).

Jaguar I-Pace

Comportement dynamique

Jaguar prouve, avec la I-Pace, qu’il sait y faire en matière de comportement routier. Quel que soit l’usage, ce baptême de feu dans l’univers du tout électrique est à l’aise. Peut-être aussi parce que l’on y trouve le tronc commun partagé par les voitures typées premium : centre de gravité bas (merci les batteries) pour coller au bitume, transmission intégrale pour une souplesse de tous les instants et accélération franche et fluide au démarrage. Tellement franche et fluide que l’on se retrouve à 100 km/h sans crier gare.

L’I-Pace va à l’essentiel en plaçant d’abord ses pions sur le plaisir d’une conduite électrique intelligemment servie sur un plateau d’argent.

Si la I-Pace est moins véloce que la Model S (0-100 avalé en 4,8 s contre 4,4 s), notre référence naturelle même si elles ont une longueur et sont dans une catégorie différentes (un Model X, plus imposant encore, est en comparaison moins rapide, hors version P100D), force est de reconnaître qu’elle affiche un comportement général dynamique et incisif. Docile malgré son espièglerie, elle est souple, facile à conduire et ne perdra jamais le fil dans un virage serré pris avec une trop grande vitesse. Soit de quoi assurer plaisir, sécurité et envie de rouler. Le plus longtemps possible — en fonction de la batterie (400/450 kilomètres environ, selon l’usage, ce que nous ne pouvons pas vérifier en une seule matinée de tests).

Jaguar I-Pace

L’électrique pas à pas

Si vous êtes déjà monté dans une voiture électrique, alors vous savez probablement que le freinage est un élément important. Bien plus qu’un dispositif de sécurité, il sert à récupérer de l’énergie pour grappiller quelques kilomètres d’autonomie. Dès lors, les premiers rendez-vous avec ce type de véhicule ont de quoi décontenancer : la décélération quand on lâche la pédale est très puissante. Sans doute un peu trop aux yeux de Jaguar, qui a décidé de laisser le choix au conducteur.

On peut donc opter pour freinage à récupération élevée ou basse. Dans le premier cas, vous utiliserez peu voire pas la pédale de frein — jusqu’à l’arrêt total quand on maîtrise (comme l’e-Pedal de Nissan). Dans le deuxième cas, le frein moteur se fera beaucoup moins sentir, garantissant une expérience plus proche d’une voiture thermique. Dans la configuration, on pourra aussi activer le mode rampant, qui fait déplacer légèrement le véhicule quand la pédale de frein est lâchée (pratique pour les démarrages en côte).

Jaguar I-Pace

Jaguar laisse cette liberté au conducteur afin qu’il se familiarise avec l’électrique, sans aucun doute petit à petit, plutôt que de le brusquer. Les deux options liées à la récupération peuvent aussi être une affaire d’environnement. En ville, faire l’essentiel d’un trajet avec une seule pédale est confortable. De même, on appréciera un frein moteur envahissant sur une route avec des descentes. À l’inverse, si on veut jouer les pilotes, on privilégiera le contrôle total. C’est une preuve que le constructeur entend offrir un maximum avec un minimum de paramètres sur lesquels jouer.

Pour terminer cet aperçu, on notera que Jaguar n’a pas voulu tomber dans le piège des assistances semi-autonomes — pas encore abouties (le ProPilot de Nissan) ou trop en avance par rapport à la loi (l’Autopilote de Tesla). L’I-Pace va à l’essentiel en plaçant d’abord ses pions sur le plaisir d’une conduite électrique intelligemment servie sur un plateau d’argent. Elle n’est pas un ordinateur sur roues, mais avant tout une voiture convoquant des habitudes bien ancrées. Dès lors, même sans la tech qui nous fait rêver, on a envie d’y retourner.

Jaguar I-Pace, à partir de 78 380 euros.

Jaguar I-Pace
Jaguar I-Pace

En bref

Jaguar I-Pace

Note indicative : 5/5

Bénéficiant d'un savoir-faire dans l'automobile qui n'est plus à prouver, la I-Pace de Jaguar est un pari sacrément réussi pour le constructeur. Convoquant le meilleur d'hier et d'aujourd'hui, elle s'affirme comme une voiture électrique qui fait la différence davantage sur son cachet que sur les technologies embarquées. 

Élégante car féline, sportive car puissante, la I-Pace a suffisamment d'arguments pour satisfaire celles et ceux qui pourront se l'offrir et hésiteraient à franchir le pas. À la voiture pour technophiles made in Tesla, Jaguar répond par un véhicule n'ayant pas peur d'assumer le passé de ses ancêtres pour regarder l'avenir droit dans les yeux.

Top

  • Élégante et féline
  • Un réel bonheur à prendre en main
  • Polyvalente

Bof

  • Le prix, forcément
  • Le bruit artificiel
  • Un poil chiche en technologies

Article publié initialement le 30 juin 2018

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