Ils sont quatorze, et veulent créer un pays dans les eaux internationales. Sur l'île artificielle qu'ils veulent faire sortir des flots, la startup est un état d'esprit. Les habitants payent en cryptomonnaie, et vivent en autosuffisance. Bienvenue à Rohy.

« Avez-vous déjà vu une jeune entreprise prête à créer un pays ? Probablement pas. » Dans quelques jours, ces entrepreneurs sauront si leur projet est financé : ils ont besoin de 5 325 000 € pour faire sortir de la mer Rohy, un nouveau pays connecté et dans lequel la startup n’est pas seulement la définition d’une jeune entreprise — c’est un état d’esprit.

Sur Kickstarter, Tristan Bouillot (23 ans) et ses associés se sont lancé le défi de collecter une somme suffisante pour créer un pays nouveau. Cette histoire insolite commence il y a un an et demi, à Tours. « Tout est parti d’une blague, nous raconte-t-il. Nous nous sommes demandé s’il serait possible de créer un pays dans les eaux internationales. Un pays neuf et connecté, un nouveau monde orienté autour de la startup. »

« Un Nouveau Monde orienté autour de la startup »

La blague se transforme alors en défi commun, que se lancent les quatorze acolytes, dont Tristant Bouillot issu de l’Epitech (École pour l’informatique et les nouvelles technologies). Le financement participatif n’en est que la première étape, puisqu’il s’agit d’abord de réunir les fonds nécessaires pour construire de toutes pièces ce pays (pour l’instant) imaginaire.

Puisque l’intégralité des terres émergées est déjà occupée, Rohy devra nécessairement trouver sa place dans les flots. « Tous les territoires existants appartiennent à un État. À moins de se mettre en guerre contre eux, il est quasiment impossible d’en posséder un. La solution est donc d’en créer un entièrement, situé dans les eaux internationales (à proximité de l’Espagne) », écrivent les porteurs du projet sur Kickstarter.

Rohy

Un microcosme hexagonal

À supposer que la somme soit récoltée, Rohy commencera à prendre forme à partir de 2019. « Nous devrons terminer la conception des plans, pour pouvoir ensuite entamer la construction des matériaux », poursuit Tristan Bouillot. « Les différents modules seront d’abord séparés dans le transport, il faudra ensuite les assembler dans l’eau. Le transport se fera par voie navale. »

Une fois assemblés, les différents modules de ce nouveau pays dessineront une forme hexagonale. Ils formeront ainsi deux territoires de 25 kilomètres carrés chacun, destinés à accueillir des appartements équipés, des magasins ou des restaurants. Les étages devraient même accueillir des jardins, pour permettre aux habitants de cette île artificielle de profiter de la nature, avec une vue sur la mer.

50 kilomètres carrés d’acier

« Nous avons déjà commencé à réfléchir à la faisabilité du projet, puisqu’il faut des matériaux capables de résister à la corrosion du sel. Nous avons prévu que la structure serait principalement en acier, avec également un peu d’aluminium et du plastique », nous explique Tristant Bouillot.

L’intéressé nous explique également que le projet Rohy s’inscrit dans une démarche environnementale. « L’idée est que ce pays soit autosuffisant, en se fondant sur des énergies renouvelables comme l’éolien ou les panneaux solaires. Lorsque l’eau de mer sera suffisamment froide, elle sera utilisée, notamment pour refroidir les datacenters », nous précise Tristan Bouillot.

Une fois l’île aménagée pour la rendre habitable (avec des studios et des appartements), encore faudra-t-il la peupler. « Notre premier objectif sera d’accueillir 10 000 personnes. Nous allons d’abord nous tourner auprès de personnes qui voient le futur dans la technologie, plutôt des gens volatils auxquels nous offrirons une infrastructure », poursuit l’entrepreneur. Les créateurs de Rohy commencent dès à présent à rechercher des infirmiers, médecins ou restaurateurs, qui seraient potentiellement prêts à tenter l’aventure.

Une navette maritime

Afin de ne pas couper Rohy du reste du monde, l’île sera reliée au continent par un système de navette quotidienne. Le bateau ainsi affrété permettrait de transporter les voyageurs, et le matériel nécessaire à la vie quotidienne sur Rohy. « Nous avons aussi pensé à la possibilité d’installer un jour un héliport », s’avance Tristan Bouillot.

En tant que pays indépendant, Rohy ne dérogera pas à l’une des prérogatives qui reviennent habituellement aux États : battre monnaie. Or, l’expression ne se prête pas tout à fait à la situation puisque, sur cette île, la monnaie sera virtuelle : « L’intégralité des échanges sera réalisée dans une cryptomonnaie, le Rohy Coin. Cette devise sera fondée sur le principe de la blockchain, et sera une sorte de dérivé de l’Ethereum. »

À très long terme, l’objectif poursuivi par Rohy est d’être reconnu comme un véritable État, ou une micronation. « Les échanges créés entre ce pays et les entreprises pourraient y contribuer, continue Tristan Bouillot. Sur place, l’anglais sera la langue de rigueur, afin que tous les habitants de ce nouveau pays puissent se comprendre.

À Rohy, les habitants payent en cryptomonnaie

Les créateurs de Rohy compteront probablement les heures qui les séparent de la fin de leur campagne de financement participatif. En cas d’échec, ils n’excluent pas de chercher des investisseurs prêts à financer ce projet de startup nation au premier degré. À l’heure où ces lignes sont écrites, le pays où l’entrepreneur est roi doit encore convaincre les internautes : Rohy a récolté 850 € de dons.

« Un projet comme celui-là est fou, il peut même sembler irréalisable pour certains. Il présente des défis techniques d’une complexité jamais envisagée. Cependant, tout montre qu’avec la persévérance, cela est réalisable. Nous sommes prêts à mener ce projet, et à relever les défis qui nous attendent », écrivent les entrepreneurs sur Kickstarter.