Vos appareils électroménagers n'affichent peut-être plus la bonne heure depuis quelques semaines. Ce n'est pas une défaillance de leur part : la cause provient d'un problème électrique en Europe qui trouve sa source dans les Balkans. Résultat, un décalage de quelques minutes peut être constaté.

Les horloges de certains de vos appareils électriques n’affichent pas la bonne heure depuis quelques semaines ? La cause de ce décalage horaire pourrait trouver son origine dans le désaccord politique persistant entre la Serbie et le Kosovo. C’est l’explication étonnante, mais pourtant bien réelle, donnée par le Réseau européen des gestionnaires de réseau de transport d’électricité (ENTSO-E) début mars.

« Le système énergétique de l’Europe continentale connaît, depuis la mi-janvier, des écarts de puissance significatifs et continus dus à la pénurie d’approvisionnement d’un gestionnaire de réseau de transport au sein du réseau interconnecté », observe l’association dont fait partie Réseau de Transport d’Électricité (RTE), la filiale d’EDF, ainsi que 42 autres gestionnaires de réseau de transport.

Les groupes régionaux définis par l’ENTSO-E.

Incident dans les balkans

Pour l’ENTSO-E, c’est clair : « les écarts de puissance proviennent de la zone de contrôle appelée Serbie, Macédoine, Monténégro (bloc SMM) et plus précisément du Kosovo et de la Serbie ». Les deux États connaissent des tensions politiques régulières, accentuées depuis que le Kosovo est devenu indépendant de la Serbie en 2008, ce que Belgrade, la capitale serbe, n’accepte pas.

Reconnaissant l’existence d’un problème politique manifeste entre les deux pays, mais refusant d’y prendre part ou de le commenter car ce n’est pas son rôle, l’ENTSO-E exige que « cette déviation de la fréquence moyenne, qui ne s’est jamais produite de cette manière dans le système d’alimentation électrique de la CE, cesse ». Car c’est un problème qui dure maintenant depuis la mi-janvier 2018.

Pourquoi une variation de puissance peut-elle provoquer une variation de la fréquence ?

Parce que « dans un réseau électrique la puissance demandée (charge) doit être à tout instant égale à la puissance fournie », explique le centre régional de documentation pédagogique de l’académie de Nice. « Si la demande en puissance augmente brusquement, cela se traduit dans un premier temps par une baisse de fréquence du réseau ».

« Les décalages en fréquence sont donc une indication, à un instant donné, de l’écart entre l’offre et la demande de puissance. Il faut que ces variations de fréquence restent dans des limites raisonnables sinon le réseau disjoncte et on a un black out qui peut priver plusieurs millions de personnes d’électricité », ajoute-t-il. Cependant, dans le cas présent, les variations sont très basses. Pas de scénario de black out à l’horizon, donc.

« Cette déviation de la fréquence moyenne, qui ne s’est jamais produite de cette manière doit cesser »

Normalement, explique l’ENTSO-E, la fréquence électrique moyenne dans la zone qui est desservie par les gestionnaires de réseau de transport est de 50 Hz. Or, celle-ci est très légèrement plus basse, à 49,996 Hz. L’écart paraît infime mais il est suffisant pour entraîner un décalage entre l’heure officielle et celle qui est affichée sur l’écran de vos appareils électroménagers.

Et le décalage n’est pas de quelques secondes : il peut atteindre plusieurs minutes. « La diminution de la moyenne de fréquence affecte aussi les horloges électriques qui sont pilotées par la fréquence du système électrique et non par un cristal de quartz : elles montrent actuellement un retard de près de six minutes », explique l’association des gestionnaires de réseau de transport.

CC Karolina Grabowska

Si cela dérègle un four à micro-ondes ou un autre appareil électroménager, ce n’est certes pas particulièrement grave. Cela ne vous empêchera pas de les utiliser pour cuisiner ou pour faire vos tâches ménagères. Mais l’on peut craindre que cet écart puisse avoir des effets plus néfastes sur des systèmes électriques dont le fonctionnement repose en partie sur l’horloge.

Pour résoudre ce problème, il faut stopper cet écart de fréquence puis compenser la quantité d’énergie qui a manqué. D’après l’ENTSO-E, la situation devrait progressivement revenir à la normale ; il faudra néanmoins quelques semaines pour que tout soit stabilisé. Dans le cas contraire, le dossier risque de prendre un tour beaucoup plus politique, avec en particulier l’Union européenne dans la boucle.

Partager sur les réseaux sociaux