Anduril et Qualcomm ont dévoilé ce mardi 27 octobre BlueChip, un ordinateur portable durci assemblé aux États-Unis. Pour l’instant, environ 90 % du coût de ses composants va à des fournisseurs américains ou alliés.

« Designed by Apple in California. Assembled in China ». Voilà ce qu’on lit au dos d’un iPhone récent. Mais cette répartition des tâches, symbolisée par cette inscription, est-elle encore pertinente dans un contexte de rivalité croissante entre les États-Unis et la Chine ? Pas pour Anduril, une entreprise de défense surtout connue pour ses drones autonomes.

Elle s’est donc lancée dans un projet industriel d’ampleur, afin de proposer des produits qui porteront l’inscription « Designed in California. Built in America ». Sauf qu’ici, il ne s’agira pas de fabriquer des smartphones, mais des ordinateurs, fabriqués en coopération avec Qualcomm, l’un des géants américains de la tech et des télécoms.

À la manœuvre, Palmer Luckey, le fondateur d’Anduril, qui a été dans une autre vie le créateur d’Oculus VR, une firme de réalité virtuelle (elle a conçu les casques Oculus Rift, avant d’être rachetée par Facebook en 2014). L’intéressé décrit d’ailleurs ce projet sur X comme « le premier PC américain depuis des décennies ». Son nom ? BlueChip.

BlueChip
Source : Anduril

Il est surprenant, de prime abord, qu’un fabricant d’armes (Anduril fabrique, outre des drones, des missiles de croisière, des sous-marins autonomes et des systèmes de guerre électronique, entre autres) se lance dans le marché des ordinateurs. Mais c’est oublier que les ordinateurs sont présents à tous les niveaux de l’armée.

Et ces postes proviennent surtout de Chine, superpuissance capable de tenir tête à l’Amérique. « Aujourd’hui, nous dépendons de nos plus grands adversaires pour fabriquer les ordinateurs qui font tourner notre économie et défendent notre nation. Aujourd’hui, nous le ramenons à la maison », écrit le compte officiel d’Anduril sur X.

« Verre américain. Métal américain. Silicium américain. Batteries américaines. Travailleurs américains. Tout américain », ajoute Palmer Luckey dans son tweet. Dans le détail, cependant, il reste encore du travail à accomplir pour atteindre un seuil de 100 % américain. Le site officiel l’admet d’ailleurs : les prototypes plafonnent pour l’instant à un peu plus de 90 %.

Un PC 100 % américain qui est pour l’instant surtout une feuille de route

Ce seuil n’est en outre atteint qu’en comptabilisant « les composants provenant de fournisseurs américains et de pays alliés » (ils ne sont pas listés). Cela « représente plus de 90 % du coût d’approvisionnement en composants des prototypes BlueChip », est-il ajouté. Mais à long terme, il est prévu « une chaîne d’approvisionnement entièrement nationale ».

Selon le descriptif d’Anduril, BlueChip tourne sur une puce Snapdragon X de Qualcomm, qui doit être produite dans l’usine de la firme taïwanaise TSMC en Arizona. L’assemblage des circuits imprimés devrait avoir lieu dans l’usine Arsenal-1 d’Anduril, dans l’Ohio. Cette usine doit elle-même tourner avec son propre logiciel de pilotage de la production.

Plus largement, ce premier modèle doit résister à la pluie et à la poussière, et cibler en priorité l’armée, les administrations et les services de secours. Les commandes doivent ouvrir en 2027, sans plus de précision pour l’instant. Palmer Luckey assure au passage que la machine fait tourner Crysis, un vieux mètre étalon des PC de jeu.

bluechip pc
Source : Anduril

Dans une interview à TechCrunch, Palmer Luckey reconnaît que le « 100 % domestique » n’est pour l’instant qu’une feuille de route. BlueChip dépend aussi encore de fournisseurs chinois, ce qui cadre mal avec le discours d’Anduril.

Palmer Luckey l’a admis : l’écran, par exemple, fait partie de plusieurs composants qui, selon lui, ne sont fabriqués qu’en Chine. Pour ces pièces, Anduril devra donc faire naître aux États-Unis des filières qui n’y existent pas aujourd’hui. Il a cependant précisé avoir trouvé un prestataire américain pour le verre qui recouvre l’écran.

Malgré tout, un certain scepticisme demeure : le site web Notebookcheck, spécialisé dans le matériel informatique, doute que la mémoire vive et le SSD (le stockage) soient fabriqués aux États-Unis. Il évoque aussi un seuil de 65 % de composants nationaux. Ce seuil correspond en réalité aux règles des achats publics fédéraux (le Buy American Act, calculé sur le coût des composants). Pour afficher « Made in USA » auprès du grand public, la FTC, l’autorité américaine de protection des consommateurs, exige qu’un produit soit fabriqué « en totalité ou quasi-totalité » aux États-Unis.

Des doutes qui ont amené notamment Palmer Luckey à réagir sur X dans la journée du 27 octobre pour critiquer la couverture médiatique de certains titres, à commencer par The Verge. À ce stade, aucun prix n’est annoncé, mais Palmer Luckey a prévenu : BlueChip devrait coûter environ 20 % plus cher qu’un PC haut de gamme.

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