Airbus et l’Américain Kratos ont fait voler pour la première fois en Europe le U740 Valkyrie, un drone de combat que l’Allemagne pourrait utiliser dès 2029. Le système de mission européen censé le piloter n’était pas encore à bord.

Airbus en a parlé sur les réseaux sociaux en évoquant « la chevauchée de la Walkyrie », clin d’œil à la célèbre Chevauchée des Walkyries de Richard Wagner. Une référence logique : le constructeur aéronautique européen a fait voler pour la première fois, ce lundi 12 octobre, ce drone de combat, sans pilote évidemment. Son nom : Valkyrie.

L’aéronef, dont le nom complet est U740 Valkyrie, n’est cependant pas une création 100 % maison d’Airbus. C’est plutôt le fruit d’un partenariat avec l’Américain Kratos Defense & Security Solutions, dont le drone XQ-58 sert de base. Airbus reprend la cellule de l’appareil américain (sa structure : fuselage, ailes, empennage), dans laquelle il finira par intégrer son propre logiciel de mission.

Une coopération qui, à entendre Airbus, va permettre d’aller vite. « Nous sommes en mesure de proposer d’ici la fin de la décennie un système CCA (drone de combat collaboratif) robuste, souverain, abordable et prêt au combat », affirme Mike Schoellhorn, patron d’Airbus Defence and Space, la branche défense du groupe. Plus précisément, l’industriel promet un engin prêt au combat d’ici 2029.

airbus u740 valkyrie
Le U740 Valkyrie. // Source : Airbus

Par ailleurs, ajoute Airbus, il « jouera un rôle essentiel dans l’amélioration des avions de combat […] en leur conférant une autonomie, une puissance de feu et une capacité de survie accrues. Sa conception garantit une résilience opérationnelle grâce à sa capacité de lancement sur rail, tout en offrant en option un décollage et un atterrissage conventionnels sur piste. »

Un CCA est une sorte d’ailier entièrement robotisé qui vole aux côtés de chasseurs dans lesquels il y a de vrais pilotes. Cela permet de renforcer la puissance d’une force aérienne durant une opération, tout en disposant de systèmes que l’on peut plus facilement exposer au feu ennemi, si besoin, par exemple pour dégager la voie vers un objectif.

Un premier vol sans son cerveau européen

Pour ce premier vol, mené sur un site d’essai d’Europe du Nord dont Airbus ne donne pas le nom, le Valkyrie a décollé sans piste, lancé depuis un rail avec l’aide d’une fusée d’appoint.

Il a ensuite manœuvré à plusieurs altitudes, jusqu’à Mach 0,8 (80 % de la vitesse du son). Il mesure 9,1 mètres de long pour 8,2 mètres d’envergure, avec une masse maximale au décollage d’environ trois tonnes. Il peut parcourir plus de 5 000 kilomètres et voler jusqu’à 13,7 kilomètres d’altitude.

Puisqu’il s’agit d’un drone de combat, il sera armé. Airbus ne détaille pas ce qu’il emportera réellement, mais l’appareil peut porter des charges sous les ailes, comme n’importe quel avion de chasse, et dans une soute interne (une solution qu’on retrouve sur des appareils furtifs, comme les F-22 et F-35 américains). Kratos précise que cette soute peut accueillir des munitions air-air et air-sol.

Le fait est, cependant, que la partie européenne du projet n’a pas encore volé. Le Valkyrie n’avait pas encore le système de mission Multiplatform Autonomous Reconfigurable and Secure (MARS), a précisé Airbus dans son communiqué. Ce logiciel doit utiliser l’IA pour mener des missions seul et coordonner des groupes d’appareils.

Pourtant, toute la promesse de souveraineté repose sur lui. En effet, Airbus assure qu’avec MARS, les armées européennes contrôleront le logiciel, les données et le matériel, et qu’un humain supervisera les opérations (on the loop, dans le jargon), pour que les décisions critiques respectent les règles d’engagement. Les essais avec MARS viendront plus tard, mais aucune date n’a été donnée au moment de l’annonce.

Airbus a aussi des concurrents. La startup allemande Helsing propose son CA-1 Europa à la Luftwaffe, et Rheinmetall s’est associé à Boeing pour proposer le MQ-28 Ghost Bat. De son côté, Airbus multiplie les projets de drones militaires, du drone intercepteur Bird of Prey à un module qui permettra à l’A400M de larguer des dizaines de drones.

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