Oubliez le métavers, Meta mise désormais sur de la réalité virtuelle pensée pour un usage multimédia. À l’image d’Apple avec son Vision Pro, Meta pense désormais que les usages qui pourront faire émerger la catégorie XR sont le visionnage de films, les sports en direct ou le télétravail. Mais à la grande différence d’Apple, qui semble renoncer progressivement à « l’informatique spatiale », Meta y croit encore. Son nouveau produit, le Meta VR Glasses, n’est pas un casque VR mais des lunettes VR. La grande différence est qu’il ne pèse que 100 grammes et qu’il coûte un tarif plus « raisonnable » : comptez tout de même 1 299 dollars pour un lancement au printemps 2027.
J’ai essayé le Meta VR Glasses : la dernière chance de la réalité virtuelle ?
Après des années de rumeurs sous le nom de code Phoenix, Meta dévoile enfin ses lunettes VR. Le concept : un casque VR miniaturisé, dans la veine de Ready Player One. Meta adopte des écrans Micro-OLED comme Apple avec une définition 5K pour chaque œil, une résolution de 37 pixels par degré et des lentilles pancake semblables à celles du Meta Quest 3. Les lunettes intègrent une dizaine de capteurs pour filmer la réalité est la retransmettre dans les écrans… et suivre le regard et les mains. Comme Apple, Meta abandonne les manettes (elles restent vendues en option) et mise sur une navigation avec le suivi oculaire et le pouce et l’index pour valider.

Sur à peu près tous les aspects, le Meta VR Glasses est ce qu’Apple aurait pu qualifier de Vision Air. Le produit réplique l’expérience du casque à 4 000 euros dans des lunettes que l’on pourrait avoir envie de porter tous les jours. Comme le casque d’Apple, il fait aussi le choix de déporter la batterie dans un boîtier externe relié par un câble. Mais Meta va plus loin qu’Apple et délocalise aussi l’ordinateur pour alléger le poids : un des avantages est que l’on peut brancher des produits, comme une console en HDMI, pour les voir dans le casque. Le Meta VR Glasses utilise la puce Snapdragon Reality Elite, une première dans l’industrie, et supporte les cartes Micro SD Express pour le stockage.

Le résultat est un produit très agréable à porter, à condition de supporter le fait d’avoir du poids sur le haut du nez. La qualité visuelle est superbe, même si le champ de vision de 70 degrés est trop léger pour l’immersion totale. On voit un peu le vrai monde sur les côtés, mais les usages poussés par Meta sont plutôt compatibles avec ces défauts.
Reste une réalité : jusqu’à aujourd’hui, la VR n’a jamais tenté le grand public. Le Meta VR Glasses, même en réglant le problème du form factor, reste un produit intrusif qui se place devant les yeux. Son éventuel échec pourrait acter celui de la réalité virtuelle : Meta explique être conscient de sa responsabilité face à cette « dernière chance » pour la technologie.

Meta mise sur du cinéma, du sport et du télétravail
Avec le Meta VR Glasses, Meta tourne le dos à la réalité virtuelle telle qu’il la vend depuis des années. Le nouveau produit vise les personnes en quête d’un écran de cinéma dans l’avion ou le train. Les joueurs, eux, restent la cible des Meta Quest, qui continuent d’exister. (À noter qu’il y a quand même des jeux pensés pour les lunettes, comme une version spéciale de Beat Saber, mais qu’il ne s’agit pas du rôle principal du produit.)
Pour convaincre, Meta a multiplié les partenariats. Les lunettes sont certifiées « IMAX Enhanced », ce qui permettra de regarder certains films au format 1.43:1 (Meta a visiblement suivi les débats autour de The Odyssey cet été). Dolby est aussi de la partie, avec du Dolby Vision et du Dolby Atmos intégré à la monture : Meta promet un écran « Dolby Cinema » partout où vous êtes. Côté streaming, Disney+ proposera des films Marvel en 3D dès novembre sur Quest, puis des versions « VR Enhanced Cinema » d’Avengers: Infinity War et de Star Wars au lancement des lunettes, un nouveau format où la pièce autour de vous change de décor au fur et à mesure du film. HBO Max, Paramount+ et Peacock ouvrent aussi leurs catalogues 3D.

Le sport est l’autre grande promesse de Meta. Pendant ma démo, j’ai assisté à un match de NBA depuis le bord du terrain, en 3D à 180 degrés, et ça marche très bien (comme chez Apple, diront certains). Meta dit vouloir investir dans les droits sportifs et promet plus de 100 événements en direct par an au lancement. Reste à savoir ce qui sera disponible en France.

Troisième usage mis en avant : le télétravail, avec jusqu’à trois écrans d’ordinateur dans les lunettes. C’est pas mal, mais j’ai appris à mes dépens avec le Vision Pro que ce qui très cool au début peut très vite lasser. Meta prend tout de même une vraie avance sur Apple avec son clavier et son trackpad projetés sur la table, qui suivent parfaitement les doigts. C’est de loin ce que j’ai vu de mieux en réalité virtuelle pour écrire.

À 1 299 dollars, Meta peut-il vraiment relancer la VR ?
Le Meta VR Glasses sortira au printemps 2027 à 1 299 dollars, sans prix en euros pour l’instant. C’est presque trois fois moins cher qu’un Vision Pro (3 999 euros), mais ce n’est toujours pas un produit grand public : les Meta Quest 3 et Quest 3S, qui restent au catalogue, sont bien plus abordables.
Pour ce prix, Meta propose un produit moins puissant et moins complet que ceux d’Apple ou de Samsung, mais bien plus portable. La question du catalogue se posera, même si Meta promet l’intégralité une compatibité avec la totalité des contenus Quest dès le lancement. J’espère surtout que ce format donnera envie à Samsung et Google de poursuivre l’aventure Android XR, voire à Apple de sortir enfin un Vision Air, repoussé à 2028 ou 2029 selon Bloomberg, voire abandonné. J’y crois de moins en moins.

Selon moi, la seule zone d’ombre pour le Meta VR Glasses se trouve peut-être du côté des fabricants chinois de lunettes comme RayNeo ou Xreal. Eux vendent des produits qui projettent un grand écran devant les yeux tout en laissant voir le monde réel, ce qui élimine toute la partie VR. Pour regarder un film en 2D, elles suffisent largement, et coûtent environ quatre fois moins cher (3309 euros pour les RayNeo Air 4 Pro). Le risque pour Meta en misant tout sur les écrans est de se faire battre par des produits qui ne font que ça.
Meta le sait : son pari est risqué. Si le grand public ne suit pas, même avec des lunettes de 100 grammes, c’est toute la réalité virtuelle qui pourrait définitivement être enterrée… jusqu’à l’avènement des lunettes de réalité augmentée comme le projet Orion.
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