26 employés de Meta accusent le groupe d’avoir utilisé des outils d’IA qui auraient ciblé des salariés malades, handicapés ou en congé lors de ses licenciements, rapporte notamment Reuters le 14 juillet 2026.

Au printemps 2026, Meta a annoncé le licenciement de pas moins de 8 000 employés, soit environ 10 % de ses effectifs, au nom d’une « gestion plus efficace » du groupe. Engagée dans une course particulièrement coûteuse à l’intelligence artificielle, l’entreprise derrière WhatsApp, Facebook et Instagram cherche notamment à compenser les investissements massifs consacrés à cette technologie.

Son unité dédiée à l’IA n’avait d’ailleurs pas été épargnée. À l’automne précédent, 600 salariés, principalement issus du Superintelligence Lab, avaient déjà été remerciés. Là encore, Meta invoquait une volonté de gagner en efficacité.

Mais ces suppressions de postes pourraient cacher une affaire bien plus grave. Selon un article publié le 14 juillet 2026 par Reuters, 26 employés de Meta Platforms ont déposé plainte contre l’entreprise. Ils l’accusent d’avoir utilisé un logiciel d’intelligence artificielle qui aurait défavorisé de manière disproportionnée les salariés handicapés ou ayant pris un congé maladie lors de la sélection des personnes à licencier.

Meta a-t-il utilisé l’IA pour licencier des employés malades ?

Soyons clairs : il ne s’agit, à ce stade, que d’accusations, qui n’ont pas encore été tranchées par la justice. Selon la plainte déposée devant le tribunal fédéral d’Oakland, en Californie, Meta se serait notamment appuyé sur des indicateurs de productivité et sur l’utilisation de « tokens » — les unités servant à mesurer l’usage des outils d’IA — pour sélectionner les salariés concernés par les licenciements.

L’entreprise ne se serait donc pas contentée de demander à un chatbot : « Qui faut-il licencier ? » Le système décrit dans la plainte serait beaucoup plus diffus. Plusieurs outils internes auraient servi à alimenter des scores de productivité et des classements de salariés :

  • Metamate, l’assistant conversationnel interne de Meta
  • des sortes de « seconds cerveaux », entraînés par les employés à partir de leurs propres communications et documents
  • des outils susceptibles d’analyser les frappes au clavier, les écrans, les e-mails ou encore l’historique de navigation
  • le volume d’utilisation des outils d’IA, mesuré notamment par le nombre de tokens consommés.

Ces différentes données auraient ensuite été agrégées pour établir ou hiérarchiser une liste de salariés susceptibles d’être licenciés. Autrement dit, l’IA n’aurait pas forcément pris seule la décision finale, mais les indicateurs produits par ces systèmes automatisés auraient pu peser lourdement dans le choix des personnes à congédier.

Le problème est assez évident : un employé absent plusieurs semaines en raison d’une maladie, d’un handicap, d’une grossesse ou pour s’occuper d’un proche génère nécessairement moins de signes numériques d’activité. Il envoie moins d’e-mails, produit moins de documents, se connecte moins souvent et utilise mécaniquement moins les outils d’intelligence artificielle de l’entreprise.

Un système fondé sur ces indicateurs pourrait donc confondre une absence légalement protégée avec une baisse de productivité. C’est précisément ce que dénoncent les plaignants : leurs congés ou leurs problèmes de santé auraient dégradé leurs scores, les rendant artificiellement plus vulnérables lors de la sélection des licenciements.

Meta réfute les accusations et assure que des humains ont pris la décision

Les 26 plaignants, qui ont choisi de rester anonymes, accusent Meta d’avoir enfreint plusieurs lois fédérales et locales protégeant les salariés contre les discriminations et les représailles liées au handicap, à la maladie, à la grossesse ou à la prise d’un congé protégé.

Ils reprochent également au groupe de ne pas avoir testé ses systèmes d’IA afin d’identifier d’éventuels biais discriminatoires, contrairement à ce qu’imposeraient selon eux de nouvelles réglementations adoptées en Californie et à New York. Les plaignants résident dans six États américains, dont la Californie et New York, ainsi que dans le district de Columbia.

Interrogé par Reuters, un porte-parole de Meta a immédiatement rejeté ces accusations. « La gestion des effectifs et les décisions organisationnelles étaient et sont prises par des personnes, et non par une IA », a-t-il assuré.

Les plaignants, informés en mai que leurs postes seraient supprimés à compter du 22 juillet, demandent désormais au tribunal de suspendre les licenciements pendant l’examen de leur dossier. Le fond du litige doit être traité dans le cadre d’un arbitrage privé, comme le prévoient leurs contrats de travail avec Meta.

Selon eux, ces accords les obligent bien à régler individuellement leurs différends professionnels par arbitrage, mais ils n’empêchent pas un juge d’ordonner entre-temps des mesures provisoires, comme la suspension de leur licenciement.

Le suivi de ces données n’était pas totalement inconnu. Dès avril 2026, la presse avait révélé l’existence d’un tableau de bord interne permettant de comparer la consommation de tokens des salariés. La nouveauté réside donc moins dans cette surveillance que dans l’usage qui en aurait été fait : selon les plaignants, ces indicateurs n’auraient pas seulement servi à mesurer l’adoption de l’IA, mais auraient également pesé dans la sélection des personnes à licencier. Une accusation particulièrement sensible pour Meta, qui devra désormais y répondre.

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