Comme en 2025, Apple est remonté contre la Commission européenne et veut le faire savoir. Siri AI, le nouvel assistant de l’iPhone qui mélange cinq modèles en local et dans le cloud, ne sera pas disponible dans l’Union européenne à son lancement en septembre.
Siri AI, la grande annonce de la WWDC 26, est la nouvelle victime du Digital Markets Act (DMA), le grand règlement européen sur le marché numérique qui régule les grandes plateformes comme iOS, iPadOS, Android et Windows. Apple a publiéun billet de blog qui incrimine directement la Commission européenne et, à Cupertino, organise des sessions avec la presse européenne pour lui expliquer ce qui l’a conduit, une nouvelle fois, à reléguer l’Europe au second plan.
Numerama a pu assister à la présentation de Greg Joswiak, le vice-président d’Apple en charge du marketing, qui délivre un discours particulièrement offensif à l’encontre de la Commission européenne. Apple aurait tout fait pour sortir Siri AI en Europe, y compris dévoiler ses plans à la Commission européenne des mois en avance, mais l’Europe serait intransigeante et n’accepterait aucune concession.
En Europe, Siri AI sera disponible sur Mac et sur Apple Vision Pro, deux systèmes d’exploitation non régulés par le DMA, mais totalement indisponible sur iPhone (iOS) et iPad (iPadOS). « Les utilisateurs européens sont laissés de côté », déplore Greg Jozwiak qui prévient que la situation pourrait s’éterniser.
« On nous demande de mener une expérience sur des dizaines de millions d’utilisateurs » : l’Europe ne veut pas des propositions d’Apple
Selon Apple, le DMA, tel qu’interprété par la Commission, l’obligerait à offrir aux assistants virtuels tiers le même niveau d’accès au système que Siri AI dès le lancement du service. Une exigence qu’Apple estime impossible : les briques qui permettent à Siri AI d’accéder aux données des utilisateurs sont ancrées dans le système. Les offrir à une autre application reviendrait à exposer toutes les données privées d’un iPhone, alors qu’Apple fait de la vie privée un élément central de sa stratégie.
Pour fonctionner, Siri AI construit un index sémantique de toutes vos communications et de vos données pour pouvoir les retrouver quand vous lui posez une question. Apple suggère que des publicitaires se serviront de l’IA pour récupérer ces données si l’Europe la force à ouvrir ses accès : son système est totalement incompatible avec les demandes européennes. Un tiers pourrait « lire tous vos messages, éditer vos fichiers, supprimer des choses, supprimer vos photos, prendre des actions dans vos applications sans que vous le sachiez ou y consentiez », énumère Greg Joswiak.

Pourquoi bloquer totalement Siri AI ? Apple assure qu’il ne s’agit pas de pression politique, même si sa communication agressive envers l’Europe suggère que son but est de faire évoluer le règlement européen.
Apple explique avoir anticipé dès la fin de l’année dernière les futurs problèmes avec Siri AI. Pour la première fois, la marque a décidé d’informer la Commission européenne en avance de ses plans pour éviter le scénario de l’inconnu, comme avec Apple Intelligence ou la traduction en direct des AirPods, qui étaient arrivés avec plusieurs mois de retard le temps de rentrer en conformité. Apple a notamment proposé à l’UE de développer un « Trusted System Agent », un intermédiaire au niveau du système qui permettrait à un assistant tiers d’accéder aux mêmes fonctions que Siri AI, mais avec les protections d’Apple.
La Commission a refusé cette proposition selon Apple, jugeant qu’il serait illégal de lancer Siri AI sur iPhone et iPad sans ouvrir le même accès aux assistants tiers si Apple conserve un droit de regard.

Le résultat est une incertitude totale. Apple dit ne pas savoir sur quoi travailler : aucun de ses ingénieurs ne travaille actuellement à des solutions pour ouvrir Siri AI à la concurrence.
« On nous demande de mener une expérience sur des dizaines de millions d’utilisateurs », résume Greg Joswiak. La marque rappelle qu’elle avait surmonté un blocage similaire en 2025 avec la traduction en direct, arrivée environ six semaines après le reste du monde, mais que Siri AI est « bien plus complexe et bien plus profondément intégré au système ». Autrement dit, le délai pourrait se compter en mois, voire en années.
Pourquoi Siri sur iPhone est-il ciblé ? En tant que contrôleur d’accès selon le DMA, iOS doit respecter des règles strictes sur la concurrence. Les autres constructeurs de téléphones, comme Samsung ou Xiaomi, n’ont pas le même problème. Seul Google est l’équivalent d’Apple dans ce dossier : il se trouve qu’il se plaint aussi des contraintes que veut lui imposer l’Europe en ouvrant l’IA aux concurrents de Gemini. Apple pourrait techniquement lancer Siri AI en Europe et se faire réprimander, mais la marque dit préférer se conformer aux règles, même si elles lui sont défavorables. Interrogé par Numerama sur un Siri sans contexte personnel pour l’Europe, Greg Jozwiak répond : « Je ne sais pas ce qu’il resterait… ça serait juste le Siri classique ». Le vice-président d’Apple ajoute qu’il n’y a pas besoin d’un énième chatbot : « Que vous vouliez utiliser Gemini, ChatGPT ou Claude, il y a de bonnes solutions ». Siri AI se distingue par l’accès aux données personnelles sur iPhone et le Private Cloud Compute pour tout anonymiser.

Qui a raison entre Apple et l’Europe ?
Rappel important : nous n’avons entendu pour l’instant que la version d’Apple. La marque défend ses intérêts et livre une version où la Commission joue le rôle du méchant, mais les arguments de l’Europe pourraient être plus nuancés. Numerama a contacté la Commission européenne et attend encore une réponse : notons tout de même que, par le passé, l’Europe s’était félicité de voir Apple renoncer à lancer ses services en Europe pour favoriser les solutions européennes. Nous mettrons à jour cet article avec la réaction de la Commission européenne.
Bonne nouvelle : les autres fonctions d’Apple Intelligence seront bien disponibles en Europe dès le premier jour
Au-delà de Siri AI, Apple clarifie plusieurs informations erronées qui circulent sur iOS 27. On lit un peu partout que les nouveautés Apple Intelligence sont bloquées en Europe et réservées aux iPhone 17 Pro : c’est faux.
Apple Intelligence n’est pas réservé aux iPhone 17 Pro. Contrairement à ce que certains ont compris, les fonctions d’Apple Intelligence restent disponibles à partir de l’iPhone 15 Pro, et sur tous les iPhone 16 et 17. Apple décline cette année une famille de cinq modèles maison : quatre d’entre eux fonctionnent sur les appareils déjà compatibles, et un seul, le plus avancé en local, n’est pas pris en charge par les iPhone 15 et 16. Ce modèle n’est toutefois requis que pour des fonctions précises, comme la dictée améliorée et les nouvelles voix expressives, réservées aux iPhone les plus récents. Toutes les autres fonctions, y compris Siri AI en dehors de l’Europe, marcheront sur un iPhone 15 Pro, un iPhone 16 ou un MacBook Neo.
Les nouveautés Apple Intelligence, comme l’édition photo par IA, Image Playground, les outils d’écriture, les suggestions dans Messages, seront toutes disponibles en Europe au lancement. Les modèles d’Apple, qui parlent français même si Siri AI est restreint à l’anglais, ne sont pas bloqués dans l’Union européenne. Siri AI est la seule nouveauté majeure indisponible en Europe.
Concernant l’indisponibilité de Siri AI dans d’autres langues que l’anglais, il s’agit d’une décision commerciale. Les cinq modèles d’Apple comprennent parfaitement le français, mais Apple veut s’assurer que son index sémantique qui pioche les données dans les messages et les applications soit adapté à chaque langue. Même chose pour le World Knowledge, l’index web d’Apple, qui doit être adapté culturellement à chaque langue. L’anglais fait office de bêta test mais, très rapidement, Apple étendra Siri AI à d’autres langues sans efforts majeurs. Le vrai problème reste le même : l’UE, même avec un Siri AI parfaitement francophone, sera privé de l’assistant.
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