Dans une interview publiée par EFTM le 10 juin 2026, Greg Joswiak durcit le ton contre le DMA, qu’il présente comme une réglementation ratée pour les utilisateurs européens. Le vice-président d’Apple appelle plutôt à s’inspirer du Japon, dont l’approche lui semble plus équilibrée.

Depuis l’annonce du nouveau Siri — désormais baptisé Siri AI — lors de la WWDC 2026, son absence en Europe n’a cessé d’interroger. Dans la foulée de l’événement, Apple avait publié un long communiqué dans lequel l’entreprise expliquait les raisons pour lesquelles nous n’aurons, pour le moment, pas droit à ce Siri 2.0. La cause principale : le Digital Markets Act (DMA), ce grand règlement européen sur le marché numérique qui régule les grandes plateformes.

Dans une interview publiée le 10 juin 2026 par EFTM, Greg Joswiak — vice-président en charge du marketing chez Apple — s’est davantage livré sur cet imbroglio réglementaire. Il rappelle que Siri AI pourra être lancé sur Mac et sur le casque Vision Pro, non régulés par le DMA, mais pas sur iPhone et iPad « au lancement ».

Une situation dont la firme assure souffrir.« C’est déchirant pour nous. Nous sommes en Europe depuis 40 ans. Nos clients européens sont tellement importants pour nous, nous les adorons. », a-t-il déploré pour commencer.

Greg Joswiak d'Apple // Source : EFTM sur YouTube
Greg Joswiak d’Apple. // Source : EFTM sur YouTube

Greg Joswiak fustige les demandes de la Commission européenne pour Siri AI

Pour rappel, selon Apple, le DMA, tel qu’interprété par la Commission, l’obligerait à offrir aux assistants virtuels tiers le même niveau d’accès au système que Siri AI dès le lancement du service. Mais, selon l’entreprise, une telle ouverture créerait des risques importants pour la vie privée et la sécurité des utilisateurs. La firme à la pomme assure par ailleurs avoir présenté plusieurs alternatives, refusées par la Commission européenne.

De son côté, l’UE a estimé qu’Apple pouvait théoriquement lancer Siri AI en Europe, mais pas dans des conditions qui réserveraient à son assistant maison un accès privilégié aux données et aux fonctions de l’iPhone. C’est précisément ce point qui crispe Apple : à ses yeux, donner le même niveau d’accès à des assistants tiers reviendrait à exposer une partie très sensible de l’expérience iPhone.

Siri AI sur iOS 27. // Source : Numerama
Siri AI sur iOS 27. // Source : Numerama

Ceci étant dit, Greg Joswiak a depuis précisé son ressenti. « Nous avons essayé d’apporter des solutions à la Commission européenne qui essayent d’atteindre l’interopérabilité, mais en préservant la confidentialité et la sécurité de nos clients », a-t-il assuré. Avant d’ajouter : « Mais ils veulent essentiellement que nous communiquions ces informations et ce contexte personnel à tout développeur. »

Selon lui, cela va plus loin que le simple fait de fournir ces éléments à des entreprises tierces. « Ils veulent que cet acte donne un large accès à ces informations sans aucune barrière de sécurité, sans aucune protection. D’ailleurs, nous n’avons pas non plus ces informations, c’est quelque chose qui se trouve uniquement sur votre appareil. »

Pour Apple, le DMA est « une expérience gouvernementale ratée »

Greg Joswiak espère même que d’autres gouvernements ne suivront pas le modèle de l’UE avec le DMA. Pour lui, il s’agit d’une « expérience ratée », qui n’a « pas été formidable pour les utilisateurs ». L’interviewer souligne d’ailleurs que le vice-président n’a jamais été aussi formel publiquement.

Une virulence que Greg Joswiak justifie par sa frustration. « C’est frustrant, ça brise le cœur, on aurait aimé pouvoir le fournir à nos utilisateurs. Et on va travailler dur pour le faire. On leur a proposé des solutions, ils n’ont pas accepté. Mais on va continuer à échanger avec eux, on va continuer à essayer de faire les bonnes choses pour les utilisateurs. »

À une condition près : « Nous ne ferons pas de compromis sur la vie privée et la sécurité des utilisateurs. » Un point louable, mais qui risque de ne pas plaire à la Commission européenne, qui demande une ouverture à la concurrence sans réellement mentionner de moyen pour préserver les données personnelles.

L'application Siri sur un iPhone américain. // Source : Numerama
L’application Siri sur un iPhone américain. // Source : Numerama

Greg Joswiak compare d’ailleurs la réglementation européenne à celle du Japon, qu’il juge « similaire », mais pensée de manière « bien plus réfléchie pour les utilisateurs ». Selon lui, Tokyo a obtenu les garanties qu’il souhaitait, sans le faire « au détriment de ses citoyens ». Derrière cette comparaison, le message est clair : Apple estime qu’il est possible d’imposer un cadre exigeant aux grandes plateformes sans pour autant les contraindre à une ouverture technique trop large, comme le ferait, selon elle, l’interprétation actuelle du DMA.

Ce n’est d’ailleurs pas la première fois qu’Apple présente le Japon comme un contre-modèle face à Bruxelles. Lors de l’entrée en vigueur, fin 2025, de la loi japonaise sur les smartphones, la Mobile Software Competition Act, Apple avait déjà expliqué que Tokyo avait su ouvrir davantage l’iPhone tout en maintenant des garde-fous sur la sécurité et les boutiques d’applications. À ses yeux, le DMA européen imposerait au contraire un cadre plus rigide et plus intrusif.

Quand Greg Joswiak cite le Japon, il réactive donc une ligne de défense déjà bien rodée : Apple affirme savoir travailler avec un régulateur exigeant, mais considère que l’Europe va trop loin.

Plus largement, le Japon s’inscrit dans une logique proche de l’« AI Promotion Act » : l’État surveille les usages problématiques et fixe des attentes, mais privilégie la coopération public-privé, la soft law et l’accompagnement de l’innovation plutôt qu’un empilement de contraintes détaillées et de sanctions automatiques.

Ainsi, lorsque Greg Joswiak affirme que le Japon a obtenu des garanties « sans nuire à ses citoyens », il défend l’idée selon laquelle Tokyo a demandé des engagements en matière de sécurité et de conformité, sans imposer une interopérabilité ou une ouverture technique comparable à celle prévue par le DMA européen.

Ce choix laisserait davantage de liberté à Apple dans la manière d’implémenter Siri AI. En clair, selon lui, le Japon fixe un cadre clair et exigeant, mais laisse aux entreprises plus de latitude sur les moyens techniques à employer, là où l’Union européenne chercherait à encadrer plus directement l’architecture même des services.

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