À l’heure où l’intelligence artificielle générative se répand partout sur le net, il devient impossible pour les géants de la tech de faire l’impasse sur la question de son impact énergétique et de son empreinte sur les ressources naturelles. On l’a encore vu tout récemment avec Microsoft, qui a réservé un bref segment de sa conférence Build 2026, le 2 juin, pour en parler.
Ainsi, avant de se lancer dans le cœur de l’évènement, et de mettre en avant les percées de la puce quantique Majorana 2, de lancer sa première famille de modèles d’IA maison ou de lever le voile sur l’énigmatique projet Solara, Satya Nadella, le patron de Microsoft, a voulu montrer que son entreprise était soucieuse de cette problématique centrale.
Le géant des logiciels est, en effet, en première ligne. L’entreprise mobilise des moyens de plus en plus conséquents dans l’IA générative, et dispose par ailleurs d’un immense réseau de centres de traitement de données de par le monde — le réseau Azure compte plus de 500 data centers de par le monde, a rappelé le dirigeant dans son propos introductif.
Or, tout ce réseau a besoin d’eau (douce) pour refroidir en continu tous les serveurs qui tournent à plein régime pour traiter les requêtes relatives à l’IA et, plus généralement, toutes les activités numériques de la clientèle de la firme de Redmond. Or, il est de plus en plus reproché à l’IA d’avoir une soif inextinguible pour être écologiquement supportable.
Un data center dont la consommation annuelle d’eau est celle d’un restaurant
Lucide sur le fait que cette « soif » de l’intelligence artificielle est devenue un sujet environnemental pour beaucoup, Satya Nadella a d’abord esquissé le cadre éthique dans lequel l’entreprise déclare se placer. Une nécessité qui vise aussi à éviter de plomber les perspectives de ses futures installations, en braquant les populations locales.
« Avant même d’aborder les systèmes, la technologie et l’innovation, le critère de conception le plus important pour nous est peut-être de savoir comment nous gagnons la permission des communautés dans lesquelles nous construisons ces centres de données », a-t-il déclaré à l’auditoire. Et cela passe par des promesses locales très concrètes.



Ainsi, il s’agit d’éviter que la présence de ces data centers ne fasse grimper les prix de l’électricité pour les habitants (l’impact électrique d’une requête IA étant aussi un sujet), et de réguler drastiquement l’empreinte hydrique. Au passage, il s’agit aussi d’avoir un impact positif, par exemple sur la création d’emplois dans la région et de soutenir le tissu associatif.
Mais c’est précisément sur la partie hydrique que Satya Nadella a dégainé son argument massue. Évoquant les dernières ruptures d’ingénierie thermique de la firme, qui s’emploie à innover aussi sur ce terrain, il a cherché à frapper les esprits en comparant une infrastructure industrielle géante à un simple commerce de quartier :
« Il y a aussi des changements avec le système de refroidissement et l’eau. En fait, la boucle de refroidissement est remplie une seule fois et le centre de données peut fonctionner efficacement avec une consommation d’eau nulle. En fait, l’utilisation quotidienne d’eau sur l’ensemble d’une année est à peu près équivalente à ce qu’un seul restaurant utiliserait. »
Au-delà de la formule choc du restaurant de quartier, la réalité technique impose toutefois une lecture nuancée.
En effet, cette prouesse d’une consommation annuelle proche de zéro ne va pas s’appliquer par magie, dès demain, aux 500 centres de données déjà en activité à travers le globe. Bon nombre d’entre eux vont encore dépendre de systèmes de refroidissement et d’évaporation classiques, plus gourmands en eau, et qui sont au cœur des critiques.
Une performance qui concerne surtout l’avenir
En réalité, le patron de Microsoft parlait ici de sa toute nouvelle génération de data centers — à l’image du nouveau campus géant de Fairwater au Wisconsin. Cette architecture utilise un système de refroidissement liquide hermétique en circuit fermé. De quoi éliminer le besoin d’une alimentation continue en eau à l’année.
« Plus de 90 % du centre fonctionnera grâce à un système de refroidissement par liquide en circuit fermé à la pointe de la technologie, rempli lors de la construction et dont le liquide est recyclé en continu. Le reste de l’installation utilisera l’air extérieur pour le refroidissement, ne recourant à l’eau que lors des journées les plus chaudes », était-il expliqué alors.

D’ailleurs, déjà à l’automne 2025, le parallèle avec le restaurant était fait par Microsoft pour souligner cette avancée thermique. Ou, pour prendre une image qui parlerait peut-être davantage à Donald Trump, la consommation annuelle du data center équivaudrait « à celle d’un parcours de golf de 18 trous en pleine saison estivale ».
L’empreinte hydrique du data center apparaît donc bien plus modeste que les précédentes approches observées dans les centres de traitement de données. Cela, même s’il faut quand même intégrer un certain volume d’eau initial pour remplir les canalisations et avoir de quoi enclencher le système de refroidissement.
Et en France ?
Mais si Microsoft brandit des modèles d’usines frugales outre-Atlantique, la réalité concrète en France reste contrastée.
Selon la dernière enquête de l’Arcep publiée en mai 2026, les prélèvements directs en eau des data centers français ont baissé de 15 % en 2024 pour s’établir à 575 000 m3, composés quasi exclusivement d’eau potable. En comparaison, l’agriculture prélève 3,5 milliards de m3. Les data centers ne représentent donc qu’environ 0,0164 % de ce volume.

Néanmoins, si l’on ajoute l’eau consommée indirectement pour produire leur électricité, l’empreinte hydrique globale du secteur bondit de 8 % pour atteindre près de 6,5 millions de m3, soit la consommation annuelle de plus de 100 000 habitants. Cela représente alors environ 0,186 % du volume pris par l’agriculture.
Cette pression sur les ressources est accentuée par une forte concentration géographique, puisque 90 % de la consommation électrique des centres est regroupée dans seulement trois régions, dont l’Île-de-France, observe le régulateur des télécoms.
De plus, malgré les recommandations d’éviter les systèmes adiabatiques (qui utilisent l’évaporation de l’eau pour rafraîchir l’air) ou évaporatifs dans les zones soumises à un stress hydrique, le régulateur révèle que 20 % des centres français — et même un quart des installations de moins de quatre ans — s’appuient toujours sur ces technologies consommatrices d’eau. Reste que Satya Nadella a raison sur un aspect : les circuits fermés permettent de réutiliser constamment la même eau.
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