Un an après l’opération Spiderweb, Volodymyr Zelensky a décerné des décorations d’État aux artisans de l’attaque et publié des images inédites. L’occasion de revenir sur une opération marquante ayant frappé l’aviation stratégique russe en profondeur, ainsi que sur la doctrine qui en a découlé.

« Nous ne sommes pas autorisés à les nommer ; tout est strictement classifié et le restera longtemps. » C’est en ces termes que Volodymyr Zelensky a annoncé, le 1er juin 2026, avoir remis des décorations d’État aux membres du SBU à l’origine de l’opération « Spiderweb » (« Toile d’araignée » en français).

Accompagné d’images inédites de l’attaque, ce message du président ukrainien marque le premier anniversaire d’une opération que Kyiv revendique désormais ouvertement comme historique, tant par son ampleur que par sa dimension technologique.

Dans son message, Zelensky évoque « une portée jamais atteinte auparavant par les capacités ukrainiennes », une « précision inattendue en Russie » et un bilan de 41 appareils détruits ou endommagés. « Jamais auparavant la Russie n’avait perdu autant d’équipements en une seule opération, et ce grâce à des frappes de drones incomparablement moins coûteuses », souligne-t-il.

Spiderweb : retour sur l’opération

Pour rappel, l’opération « Spiderweb », lancée en juin 2025, a nécessité dix-huit mois de préparation. Elle reposait sur des frappes simultanées visant quatre bases aériennes russes, situées jusqu’à 4 300 kilomètres du front.

Le dispositif s’appuyait sur une logistique clandestine particulièrement élaborée : des conteneurs de fret modifiés, acheminés par camion jusqu’à proximité immédiate des bases ciblées, dans les régions de Mourmansk, Irkoutsk, Riazan et Ivanovo. Chaque module camouflé intégrait des cellules de stockage, des trappes de lancement automatisées, des panneaux solaires ainsi que des émetteurs satellites assurant une liaison vidéo chiffrée.

Une fois activés à distance, les drones FPV étaient déployés en salves, avant que les conteneurs ne s’autodétruisent.

L’assemblage avait eu lieu à l’intérieur même du territoire russe, dans un entrepôt loué par une société fictive. Sa proximité avec la frontière kazakhe aurait facilité l’acheminement discret du matériel depuis l’Asie centrale.

Les drones utilisés, des FPV à bas coût construits sur des châssis civils chinois lourdement modifiés, embarquaient une charge explosive anti-blindé et un module de ciblage par intelligence artificielle. Ce dernier était entraîné à partir d’images et de vidéos tournées dans un musée de l’aviation ukrainien exposant des Tu-95MS et des Tu-22M3. Combinant ciblage visuel autonome et guidage manuel en temps réel, ils parvenaient à déjouer les brouilleurs russes à plusieurs kilomètres de distance.

Le bilan communiqué par les autorités ukrainiennes au lendemain de l’attaque faisait notamment état de la destruction de cinq bombardiers lourds Tu-95MS, deux supersoniques Tu-22M3 et un avion de transport militaire An-12. Le coût total de ces équipements est estimé à deux milliards de dollars.

Une doctrine qui s’est depuis généralisée

L’anniversaire de « Spiderweb » intervient alors que l’Ukraine a clairement transformé cette opération en modèle opérationnel. Ce que le SBU avait réalisé en profondeur, les brigades de drones ukrainiennes le reproduisent désormais à plus courte portée, mais avec une intensité croissante.

Ces dernières semaines, l’Ukraine a intensifié une campagne de ciblage des convois logistiques russes sur le territoire occupé, en s’appuyant sur des drones dotés d’intelligence artificielle. Selon des analyses confirmées par la BBC, au moins 14 frappes ont été documentées en une seule semaine sur des routes stratégiques reliant la Russie à la Crimée et aux zones occupées du sud de l’Ukraine, visant des camions-citernes, des convois de munitions et des véhicules de ravitaillement.

Cette campagne s’appuie notamment sur le système Hornet, l’un des nouveaux drones ukrainiens déployés dans cette opération. Entraîné sur des milliers d’heures de vidéos de cibles militaires russes accumulées depuis quatre ans, il peut opérer à plus de 160 kilomètres du front en s’appuyant sur le réseau Starlink pour maintenir la liaison avec l’opérateur. Cette architecture est nettement plus résistante aux brouilleurs russes que les générations précédentes.

Dans la même lignée que « Spiderweb », l’objectif affiché par le ministre ukrainien de la Défense, Mykhailo Fedorov, est une « logistics lockdown » : un étranglement logistique destiné à priver les forces russes de leur capacité à frapper durablement.

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