Le 19 mai 2026, restera très certainement une date pivot dans l’histoire du Web.
Lors de sa conférence annuelle Google I/O, Google a annoncé la refonte la plus profonde de son moteur de recherche depuis plus de vingt-cinq ans. La barre de recherche classique cède la place à une interface pilotée par Gemini, l’agent conversationnel de la firme de Mountain View.
Texte, images, fichiers, vidéos : tout devient input. En retour, l’utilisateur obtient des réponses générées par l’IA plutôt que la traditionnelle liste de liens.


Et la réaction des utilisateurs américains, les premiers exposés à cette transformation, n’a pas tardé. Dans les jours suivant l’annonce, les installations de DuckDuckGo ont bondi de 18,1 % en moyenne d’une semaine sur l’autre aux États-Unis, avec un pic à 30,5 % le 25 mai. Sur iOS, la progression atteint en moyenne 33 %, frôlant les 70 % lors de la journée la plus forte. Le moteur de recherche alternatif axé sur la vie privée devient, presque malgré lui, le refuge par défaut de ceux qui ne veulent pas de l’IA dans leurs résultats.
L’absence d’accord explicite
Gabriel Weinberg, fondateur et PDG de DuckDuckGo, explique ce gain de popularité par le manque de choix : « Google impose l’IA de force, sans aucune possibilité de s’y soustraire. (…) Nous voulons être l’endroit qui redonne le contrôle aux utilisateurs. »
La formule résume bien la proposition de valeur de son propre moteur de recherche : chez DuckDuckGo, les fonctionnalités d’IA existent (Duck.ai, Search Assist, un filtre d’images générées), mais leur usage reste optionnel. La page noai.duckduckgo.com, qui désactive tout par défaut, a elle-même enregistré une hausse de trafic de 22 % à 28 % sur la même période.
Des chiffres qui restent cependant à mettre en perspective. DuckDuckGo ne représente qu’environ 1 à 2 % des parts de marché mondiales de la recherche sur Internet. La migration est davantage un signal politique qu’un séisme commercial.
Une tendance plus large ?
Reste que cet épisode ne surgit pas de nulle part. Il s’inscrit dans une tendance de fond : le rejet de l’IA intégrée sans consentement explicite, qui dépasse largement les moteurs de recherche.
En février 2026, Mozilla avait dû communiquer en urgence sur une option permettant de désactiver entièrement les fonctionnalités d’IA dans Firefox, face à la colère d’une partie de sa base d’utilisateurs.
Google, fort de sa position dominante, a visiblement fait le calcul qu’il pouvait se permettre cette transition sans ménagement. C’est en tout cas la lecture de Kamyl Bazbaz, directeur de la communication de DuckDuckGo : « Google peut imposer l’IA à ses utilisateurs sans crainte. Un juge fédéral a déjà établi que Google est un monopole, et les monopoles ne s’inquiètent pas de voir leurs utilisateurs partir. »
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