Elle propose les mêmes services que Google ou Microsoft, mais avec une subtilité de taille : elle est européenne. Elle ? C’est Infomaniak, une entreprise indépendante qui développe des solutions de cloud computing et de productivité souveraines. En quelques années seulement, elle s’est taillé une place de choix dans le paysage de la tech européenne. Retour sur l’histoire de l’entreprise avec son fondateur, Boris Siegenthaler.

Qui aurait pu prédire que le petit club informatique créé en 1990 dans la pénombre d’une cabane de jardin par Boris Siegenthaler deviendrait, en à peine 30 ans, une florissante entreprise proposant des solutions d’hébergement web, au service de grands groupes comme DHL ou Volvic ? Nous sommes revenus avec son fondateur, aujourd’hui directeur de la stratégie du groupe, sur l’histoire de l’entreprise et sur les enjeux de l’indépendance technologique quand on est une entreprise européenne.

Infomaniak, le petit club informatique qui voyait grand

Plus de 200 employés, des millions d’utilisateurs et des clients prestigieux comme Sanofi, RTBF ou Breiteling : ce sont les chiffres vertigineux dont peut se targuer le prestataire cloud suisse Infomaniak. Comme nombre de grands groupes, tout est parti d’un projet à taille humaine : la création en 1990 d’un club informatique à Bellevue en Suisse. Un petit projet qui s’est rapidement étendu pour devenir, quelques années plus tard, un magasin d’informatique.

Dans les années 90, l’intérêt pour tout ce qui touche au matériel informatique est grandissant et Infomaniak saisi sa chance : « Très vite, nos passionnés ont réalisé qu’assembler leurs propres ordinateurs était moins onéreux que de les acheter finis », explique Boris Siegenthaler.

Riche d’un beau succès auprès des amateurs d’informatique, le petit commerce (qui abrite toujours un club de passionnés) grandit pour devenir, entre 1994 et 1998, un fournisseur d’accès internet.

Les data center d'Infomaniak sont situés en Europe. // Source : Infomaniak
Les data center d’Infomaniak sont situés au cœur de l’Europe. // Source : Infomaniak

Là encore, il s’agit de se positionner sur une technologie balbutiante, mais prometteuse, qui se destine au grand public. « À l’époque, le réseau n’était pas encore ouvert. Il était alimenté principalement par les étudiants des universités du monde entier », se souvient Boris. Mais ce nouvel outil fascinant pique sa curiosité et celle de son associé de l’époque, Fabian Lucchi. Les deux hommes prennent alors une décision unique en son genre.

« Nous trouvions cet outil tellement fantastique qu’en janvier 1995, nous avons pris la décision de faire cadeau de l’accès internet à chaque client qui achetait un ordinateur au magasin, et ceci sans limitation dans le temps », précise Boris. Une telle offre n’est rien de moins qu’un OVNI à une époque où chaque minute était facturée. Sans surprise, elle rencontre un succès immédiat.

Rapidement, le nombre de clients explose et le modèle imaginé par les deux collaborateurs montre ses limites. En 1996, TWS Infomaniak SA est créée, épaulée financièrement par l’apport d’un investisseur tiers. « Tous les moyens disponibles ont alors été consacrés à acquérir le matériel nécessaire pour pouvoir proposer un accès internet d’excellente qualité à un prix très attractif », explique Boris.

La liste des services proposés par Infomaniak est longue. // Source : Infomaniak
Infomaniak propose essentiellement des solutions d’hébergement cloud, de streaming, de marketing et d’évènementiel. // Source : Infomaniak

Conscient qu’internet est devenu un outil indispensable au début des années 2000, Infomaniak ajoute progressivement l’hébergement de sites web et d’adresses mail à son activité de FAI. Si le service est toujours actif, d’autres sont venus compléter cette offre : suite d’outils collaboratifs, création de sites web, services de sauvegarde et de cloud computing, billetterie en ligne et streaming radios et vidéos.

Développer ses solutions cloud localement : un vrai challenge à l’époque des GAFAM

Face à ce succès croissant, Infomaniak a su résister à l’envie de déplacer les activités de l’entreprise hors d’Europe. « Mon but et ma fierté est de contribuer au développement de la maîtrise technologique en Europe, sans délocaliser et sans faire de compromis sur l’écologie et la vie privée », défend Boris Siegenthaler.

Ainsi, les bureaux ne sont pas les seuls à se trouver en Suisse. Les serveurs restent, eux aussi, sur le territoire helvétique. Et stocker ses données chez un prestataire indépendant basé en Europe présente des avantages non négligeables :

  • Le cadre légal, d’abord, est extrêmement strict sur l’accès aux données. « Si une autorité souhaite accéder aux données d’un client, elle doit suivre les voies légales régulières de l’OCDE et respecter la LPD et le RGPD », explique Boris.
  • Le code des technologies open source, ensuite, qui gère les infrastructures cloud, est consultable par tous. « Infomaniak travaille avec des hackers éthiques et des plateformes de bug bounty comme YesWeHack ou encore des sociétés d’audit reconnues », précise le CSO. Cela permet, avec l’accès au code, de détecter d’éventuelles failles de sécurité et de les corriger en interne au plus vite.

Pas question, donc, de sous-traiter et d’être simple prestataire pour réaliser des économies. Le but d’Infomaniak est de proposer des services de qualité (jusqu’au SAV), sécurisés et répondant aux normes de confidentialité strictes. Et sur ce point, la Suisse a la palme.

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Un centre de données d’Infomaniak/ // Source : Infomaniak

Au-delà des données, le matériel est, lui aussi, produit le plus localement possible. Le fournisseur suisse Swissbit dont la production est basée en Allemagne, s’occupe par exemple d’équiper Infomaniak en SSD hautes performances. Les modules photovoltaïques des centrales solaires d’Infomaniak sont fabriqués en Europe par Meyer Burger, une autre entreprise suisse dont la production est, elle aussi, basée en Allemagne.

Pour le reste, l’entreprise suisse se veut très transparente sur la gestion de ses ressources. « Pour construire nos centres de données, nous arrivons à travailler exclusivement avec des fabricants européens qui ont du matériel de très haute qualité », explique Boris Siegenthaler.

Un pari audacieux, à l’heure où presque deux milliards de personnes utilisent Google comme solution mail et suite bureautique principale. Mais Infomaniak se développe rapidement, avec à son actif, déjà plus d’un million d’utilisateurs rien que sur ses solutions de productivités. « La dépendance technologique est une posture intenable. Elle conditionne notre sécurité et l’avenir de notre économie, la compétitivité des entreprises et nos emplois ainsi que l’autonomie de choix dans nos sociétés », défend Boris qui considère qu’il est plus sûr d’investir dans le local dans le contexte économique et géopolitique actuel, même si actuellement, tous les composants ne peuvent pas encore être produits en UE.

« Nous manquons encore de fournisseurs européens pour les CPU, la mémoire vive ou encore les GPU », déplore-t-il.

Une entreprise à taille humaine

Si Boris Siegenthaler est très à cheval sur la provenance du matériel de son entreprise, il applique cette même rigueur à ses méthodes de recrutement et à la politique RH de l’entreprise. De la même manière, le cofondateur d’Infomaniak a à cœur de recruter ses talents le plus localement possible, en créant notamment de nombreux postes d’ingénieurs destinés aux étudiants des universités de Grenoble, Champery et Annecy.

Une stratégie qui s’avère payante, puisque l’entreprise compte 213 employés à date et qu’elle recrute en permanence. Pour y parvenir, Infomaniak sait séduire ses futurs collaborateurs. « Chez Infomaniak, on fait vraiment le maximum pour que chaque personne sente qu’elle fait une différence et qu’elle puisse faire de sa passion son travail », s’enthousiasme Boris.

Pour maintenir la motivation et la cohésion des équipes, l’entreprise ne lésine pas non plus sur l’environnement de travail et organise mensuellement des sorties d’entreprise. Un environnement de travail confortable pour les quelque 200 employés qui a des répercussions directes sur les clients. « En réalité, notre taille est un énorme avantage par rapport à des multinationales : les rôles sont bien définis et quand un client nous contacte, il parle rapidement à la bonne personne », précise le CSO d’Infomaniak.

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Infomaniak fêtera ses 30 ans en 2024, et avec ses alternatives gratuites et sans publicité à Gmail et Google Drive, l’entreprise peut aujourd’hui se targuer de toucher plusieurs millions d’utilisateurs. L’entreprise suisse réalise à ce jour 30 % de son chiffre d’affaires en Europe et affichait en 2022 plus de 70 % de croissance sur ses solutions B2B de cloud computing par rapport à 2021.

Des chiffres impressionnants qui tiennent en partie à l’esprit d’entreprise insufflée par son co-fondateur : « Tout ce que nous faisons sert à simplifier la vie de nos clients. En choisissant Infomaniak, ils doivent pouvoir se dire qu’ils ont des services efficaces, intuitifs et qu’ils contribuent à développer un numérique durable et bon pour l’économie locale », conclut Boris Siegenthaler.

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