Le 3 novembre 2026, les États-Unis vivaient une soirée électorale historique. Ce que bon nombre d’analystes voyaient comme une vague bleue démocrate s’est transformé en tsunami lors des élections de mi-mandat. Le Sénat comme la Chambre des représentants ont basculé dans le camp démocrate, au grand dam des républicains et de leur chef de file Donald Trump.
Un camouflet pour le président américain, mais aussi pour toute la sphère MAGA, Elon Musk en tête. Le milliardaire a installé l’essentiel de ses entreprises au Texas, un État historiquement acquis au camp républicain, qui vient pourtant d’élire une démocrate. La nouvelle gouverneure, Gina Hinojosa, entend notamment geler la construction de nouveaux data centers. Une perspective qui rend les data centers en orbite, que défend Elon Musk, « plutôt attrayants en ce moment ».
Les data centers ont d’ailleurs été soumis directement au vote. Le 3 novembre, des habitants de dizaines de communes américaines se sont prononcés sur le développement de ces projets, et le camp des restrictions l’a emporté dans 40 des 41 scrutins.

Des votes locaux certes, parfois seulement consultatifs, mais le signal est clair pour les investisseurs. Dans ce contexte, les valeurs boursières du secteur ont subi une correction brutale, en tête desquelles celles du néocloud.
Ils louent des puces pour l’IA, et presque rien d’autre
Si le Nasdaq a chuté de 5,5 % le 5 novembre, CoreWeave, Nebius et IREN, trois des néoclouds cotés les plus suivis à Wall Street, ont quant à eux dégringolé respectivement de 10, 15 et 17 %. Un recul comparable à celui des fabricants de puces, mais bien plus marqué que celui des géants du cloud traditionnels, comme Microsoft (-3,6 %), et qui s’explique par leur modèle économique.
Qu’est-ce qu’un néocloud ? (définition)
Car un néocloud est un fournisseur de cloud spécialisé uniquement dans la location de puissance de calcul pour l’intelligence artificielle. Tandis que les acteurs historiques du secteur, comme Amazon Web Services, Microsoft Azure ou Google Cloud, proposent des centaines de services, du stockage aux bases de données en passant par les logiciels, les néoclouds, eux, se concentrent sur une seule activité. Elle consiste à faire tourner des milliers de puces graphiques Nvidia pour entraîner et faire fonctionner des modèles d’IA.
Une activité qui exige de lourds investissements. Les néoclouds achètent ces processeurs en masse et les installent dans des data centers conçus pour supporter leur consommation électrique et leur chaleur, ce qui les pousse à s’endetter, à l’image de CoreWeave qui affichait 25,1 milliards de dollars de dette à la fin du premier trimestre.
Ils louent ensuite cette capacité, le plus souvent dans le cadre de contrats de plusieurs années. Leurs clients sont des laboratoires d’IA comme OpenAI, mais aussi les hyperscalers eux-mêmes, Microsoft en tête, qui leur confient une partie de leurs besoins pour faire face à une pénurie de capacité.
Plusieurs de ces entreprises ont un passé inattendu. CoreWeave et IREN minaient à l’origine des cryptomonnaies et se sont reconverties grâce à leurs machines et à leur accès à l’électricité, alors que Nebius est née de la scission des activités internationales du groupe russe Yandex.
Leur croissance repose sur la dette et sur une poignée de clients
Avant même les élections, ce modèle inquiétait déjà. Fin octobre, Elon Musk, dont l’entreprise SpaceX leur fait concurrence, prédisait la disparition ou la consolidation de plus de 200 néoclouds, tandis que depuis plusieurs semaines, les contrats d’assurance contre le défaut de CoreWeave se négociaient au-dessus de 1 000, un niveau généralement considéré comme un signe de détresse.
Le problème est aussi structurel. Leurs puces perdent de la valeur à chaque nouvelle génération de Nvidia alors qu’elles servent souvent de garantie aux emprunts. Il suffirait qu’un client ralentisse ses commandes ou que le crédit se renchérisse pour fragiliser l’ensemble.
Dans les prochains mois, les marchés continueront à surveiller de près la capacité de ces entreprises à livrer à temps les data centers promis, à refinancer leur dette et à s’émanciper d’une poignée de clients.
Plusieurs analystes, voient déjà en les néoclouds le maillon le plus fragile d’une éventuelle bulle de l’IA.
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