On parle de plus en plus de la variole du singe. Près d’une centaine de cas ont été répertoriés en Europe et en Amérique du Nord. Le virus, dont les symptômes sont des boutons qui peuvent être impressionnants, est cependant peu létal, et il existe des traitements.

Depuis la mi-mai 2022, le nom d’une nouvelle maladie est sur toutes les lèvres : la variole du singe. Aussi appelé monkeypox en anglais, le virus associé a été retrouvé chez près d’une centaine de personnes en Europe et en Amérique du Nord. En France, il y a pour l’instant un cas confirmé, à la date du 23 mai 2022, même si plusieurs autres cas suspects de variole du singe sont actuellement en cours d’examen. Il n’y a pour l’instant pas de cas grave, ou de décès à déplorer en Europe et en Amérique du Nord.

Il n’empêche que les nouvelles à propos de la maladie sont nombreuses et peuvent inquiéter, en faisant penser au début de la pandémie de Covid-19. Il n’y a pour l’instant pas vraiment de comparaison à faire entre les deux maladies : Numerama vous explique tout.

C’est quoi, la variole du singe ?

Il faut tout d’abord faire le point sur la maladie. La variole du singe est une maladie connue depuis longtemps par les services de santé : les premiers cas chez l’homme ont été détectés en 1970 en République Démocratique du Congo. Il s’agit donc d’un virus qui est connu depuis plus de 50 ans, à la différence du Covid-19, qui était un nouveau virus de la famille des coronavirus.

Le nombre de cas de variole du singe recensés par pays, entre le 13 et le 21 mai 2022 // Source : OMS
Le nombre de cas de variole du singe recensés par pays, entre le 13 et le 21 mai 2022. // Source : OMS

La variole du singe est « une maladie infectieuse, due à un orthopoxvirus qui se caractérise notamment par une éruption cutanée survenant dans les 1 à 3 jours après l’apparition de fièvre », décrit le ministère de la Santé. Ces éruptions cutanées peuvent prendre la forme de boutons et d’irritations, et se forment principalement au niveau du visage (dans 95% des cas, selon l’OMS), des paumes des mains et la plante des pieds (dans 75% des cas), de la bouche (70% des cas), des organes génitaux (30% des cas), et des yeux (20% des cas).

Les boutons qui se forment peuvent être assez douloureux, et être remplis de liquide. Ils restent de plus pendant longtemps sur le corps : l’OMS indique que les symptômes peuvent durer entre 2 et 4 semaines. En plus des symptômes cutanés, la variole du singe cause aussi de la fièvre, des maux de tête intenses, un gonflement des ganglions lymphatiques (situés dans le cou, l’aine et les aisselles), des maux de dos, des douleurs musculaires et de fortes fatigues.

La maladie se transmet de l’animal à l’homme en étant en contact avec du sang, des fluides ou des lésions cutanées d’un animal infecté. Mais la variole du singe se transmet aussi d’humain à humain : la maladie se contracte en étant en contact rapproché de malades, notamment par le biais des gouttelettes (salive, éternuements, postillons). Le monkeypox peut également se transmettre indirectement, ou en touchant des linges ayant été en contact prolongés avec les personnes malades (literie, vêtements, vaisselles, linge de bain, etc).

Le taux de létalité de la variole du singe est faible : il est compris entre 0 et 11%, même si les jeunes enfants sont plus durement touchés. L’OMS précise que le taux le plus récent de mortalité est entre 3 et 6% des cas.

Cela pourrait-l devenir une pandémie, comme, par exemple, à tout hasard, le covid ?

La variole du singe est un virus qui circule principalement en Afrique. Depuis sa découverte en 1970, la plupart des cas ont été recensés dans la région du bassin du Congo, dans les forêts tropicales, mais de plus en plus de cas sont signalés dans les régions d’Afrique centrale et d’Afrique de l’ouest, selon l’OMS.

Ce n’est cependant pas la première fois que des cas de variole du singe sont répertoriés en dehors du continent africain. La première épidémie de monkeypox en dehors d’Afrique a été signalée en 2003 aux États-Unis, lorsqu’un homme a été mordu par un chien de prairie infecté. En tout, plus de 70 cas ont été répertoriés à l’époque. Mais ce n’est pas tout : la variole du singe a aussi été signalée en Israël et au Royaume-Uni en 2018, à Singapour en 2019, et aux États-Unis en 2021, retrace l’OMS.

Mais les cas recensés cette année sont différents, explique dans The Conversation Camille Besombes, médecin infectiologue engagée depuis 3 ans dans le projet Afripox, lancé par l’Institut Pasteur et dont la mission est d’étudier la variole du singe. « Le premier cas de l’épidémie actuelle, survenu le 7 mai au Royaume-Uni, était un voyageur de retour du Nigéria. Mais depuis, plusieurs autres cas ont été confirmés au Royaume-Uni sans qu’on puisse établir de lien ni avec le cas du 7 mai ni entre eux. Aucun voyage à l’étranger compatible avec une contamination n’a pu être mis en évidence, et les chaînes de transmission directes n’ont pu être établies. Cette situation suggère qu’il existe plusieurs chaînes de transmission et une circulation autochtone du virus. »

Une carte représentant le nombre de cas détectés par pays // Source : OMS
Une carte représentant le nombre de cas détectés par pays. // Source : OMS

Est-ce pour autant une raison de s’inquiéter ? Pour Camille Besombes, « cette circulation autochtone de la maladie est complètement nouvelle », d’autant plus que les cas recensés jusqu’à présent concernent « quasi uniquement des hommes jeunes, se déclarant, pour une majorité d’entre eux, comme ayant des relations sexuelles avec d’autres hommes ». Un cas chez une femme a cependant été signalé en Espagne, et « la transmission pourrait survenir également lors de rapports hétérosexuels ». Il est important de noter que rien ne permet pour l’instant de dire que le virus est sexuellement transmissible, comme le VIH. « Les contacts intimes et rapprochés lors de rapports sexuels » expliqueraient la contagion à ce moment-là, explique Camille Besombe.

Pour l’instant, il n’existe pas de plans ou de scénario de propagation pour la variole du singe comme il en existe pour le covid. Il s’agit d’une première pour les chercheurs, et les nouveaux cas ne correspondent pas à des chaînes de transmission définie. « Le risque est réel que de nouvelles infections se déclarent dans les pays déjà touchés ou dans d’autres pays au cours des prochains jours ou des prochaines semaines », prévient Camille Desombes.

Il n’est cependant pas certain que le nombre de nouveaux cas augmente de façon exponentielle. « Les épidémies de variole du singe s’éteignent assez vite spontanément », indique Camille Desombes. « La chaîne de transmission la plus longue identifiée s’étendait sur 7 générations, autrement dit 7 humains se passent consécutivement la maladie avant que la transmission ne s’arrête. »

Existe-t-il des traitements contre la variole du singe ?

Autre point rassurant : il existe des traitements pour lutter contre la variole du singe. Un médicament antiviral connu sous le nom du Tecovirimat a été approuvé en janvier 2022 par l’Agence européenne du médicament (EMA) et par son équivalent américain, la FDA. Le Tecovirimat « est efficace pour réduire la mortalité due à la variole, à la variole du singe et à la variole bovine, sur la base d’études réalisées sur des animaux », précise la décision de l’EMA.

Il ne s’agit cependant que d’une autorisation de mise sur le marché « dans des circonstances exceptionnelles » qui a été délivrée pour le Tecovirimat, note l’Agence européenne des médicaments. « En effet, il n’a pas été possible d’obtenir des informations complètes concernant Tecovirimat en raison de la rareté de ces maladies. Chaque année, l’Agence examinera toute nouvelle information disponible et, le cas échéant, procédera à la mise à jour du présent aperçu. »

Micrographie électronique de particules de virus de la variole du singe isolés en 2003 aux États-Unis, dans des échantillons humains // Source : The Conversation / Cynthia S. Goldsmith, Russell Regner / CDC / AP
Micrographie électronique de particules de virus de la variole du singe isolés en 2003 aux États-Unis, dans des échantillons humains. // Source : The Conversation / Cynthia S. Goldsmith, Russell Regner / CDC / AP

S’il n’existe pas d’autre antiviral efficace contre la variole du singe, il est néanmoins possible de se faire vacciner. Le vaccin contre la variole permet une protection croisée : une étude de 2007 estime qu’il accorderait une protection de 65%. Pour l’instant, « le vaccin le plus à même d’être déployé si nécessaire est un vaccin dit ‘de 3e génération’, Imvamune », indique Camille Desombes dans The Conversation. Il s’agit d’un vaccin atténué, qui peut être administré aux personnes immunodéprimées, et qui « a déjà été utilisé en Israël, à Singapour, et au Royaume-Uni chez des personnels de santé et les contacts des cas importés ». L’efficacité du vaccin est actuellement en cours d’évaluation en République Démocratique du Congo, où des personnels de santé ont été inoculés.

Et, dernière bonne nouvelle, la variole du singe « étant un virus à ADN, il est moins susceptible de muter que des virus à ARN comme le SARS-CoV-2 », précise Camille Desombes. Les mutations du Covid-19, comme Delta ou Omicron, avaient rendu plus le virus plus contagieux et plus virulent.