L'entreprise américaine « Gateway Foundation » s'est lancée dans la construction d'une énorme station spatiale, destinée à la science et au tourisme. Sa particularité : c'est une roue. La fondation souhaite la rendre opérationnelle en 2025, un challenge peu réalisable, mais un projet fascinant.

Une nouvelle ère dans l’âge spatial ? Il y a quelques mois, en juin 2019, la Nasa annonçait ouvrir la Station spatiale internationale (ISS) au tourisme. S’il y a déjà eu quelques milliardaires à s’y rendre, ils ne sont pas nombreux. Même pour ce programme touristique qui ouvrira à l’horizon 2020, ce ne sera pas tout le monde : le prix du billet sera de 35 000 dollars par nuit. Cela dit, cette ouverture incarne l’arrivée d’un marché d’un espace s’ouvrant aux activités privées, dont touristiques. L’entreprise Gateway Foundation ambitionne de s’y faire une place de choix.

Cette fondation entend créer une station spatiale digne des œuvres de science-fiction, dédiée à la fois à la science et au divertissement. « La Gateway Fondation a été créée pour construire le premier port spatial. Notre programme prévoit de développer une industrie robuste de construction spatiale, la première station spatiale avec de la gravité artificielle, et finalement le Gateway [port] », indique la fondation sur son site internet. L’objectif est que la station soit fonctionnelle d’ici 2025, puis d’ouvrir ses portes à des visiteurs en 2027.

La fondation Gateway ambitionne de mettre en orbite ce premier port spatial à l’horizon 2025. // Source : The Gateway Foundation

Le tourisme spatial a le vent en poupe ces derniers temps du côté des entreprises privées. C’est le projet entier de Virgin Galactic. Cette entreprise créée par Richard Branson est censée emmener des touristes en vol suborbital, pour qu’ils vivent quelques minutes d’apesanteur. Mais pour l’instant, dans tous ces projets, le rêve rencontre la réalité technique. Elon Musk voulait envoyer des touristes autour la Lune dès 2018 avec SpaceX, avant de reporter cette idée aux calendes grecques. Quant à Blue Origin, la société de Jeff Bezos, l’objectif de vendre des tickets dès 2019 s’est confronté à la nécessité de réussir, dans un premier temps, des vols habités.

Des quartiers d’habitation, un gymnase… et de la science

La fiche technique de la station spatiale est ambitieuse. Si elle venait à être réalisée, elle serait alors la plus grande et la plus complexe structure construite dans l’espace par l’humanité. Sa largeur totale serait de 488 mètres, pour un équipage de 150 personnes et une capacité d’accueil totale de 1250 personnes (en pratique, ce serait plutôt 450 simultanément).

Alors imaginons que nous soyons en 2027 et que vous avez la chance d’être un touriste de l’espace. Lorsque la navette spatiale de SpaceX vous emmène au Port spatial, le premier lieu où vous vous retrouvez est la Baie d’amarrage. Ensuite, vous empruntez un ascenseur vous menant jusqu’au Hub, «  le composant le plus essentiel du Port ». Ce Hub comporte l’administration de la station, le centre de contrôle, les lieux de stockage et même une grande baie. Mais le centre de la vie spatiale dont vous rêvez est un peu plus loin dans la station.

Vous vous rendez effectivement au Lunar Gravity Area (LGA). Et là, c’est la totale d’une oeuvre de SF façon Star Trek : Deep Space Nine : vous avez un gymnase, un jardin japonais, un restaurant, une salle de concert. Évidemment, il y a un système de purification de l’air, vous pouvez y évoluer sans combinaison gênante. À l’étage juste en dessous du LGA, ce sont les quartiers d’habitation : lits, douches, toilettes. En dessous de chaque chambre, il y a une petite navette de secours qu’il est possible d’emprunter en cas d’urgence — car l’espace, même dans un port spatial idéal, reste peu accueillant.

Modélisation d’un gymnase dans ce port spatial. // Source : The Gateway Foundation

Prendre des douches chaudes dans l’espace et se prélasser dans un jardin spatial, c’est pour les aspects touristiques. Mais la Gateway Foundation met aussi en avant le rôle scientifique de son projet, avec des zones dédiées. Ne serait-ce que dans le LGA, des plantations de fruits et de végétaux feront office d’expérimentation pour apprendre à cultiver loin de la Terre.

Mais la fondation a imaginé aussi un anneau supplémentaire, dédié à la conquête de Mars. Le but du Mars Gravitational Area (MGA) sera de « produire autour de 30 % de la gravité terrestre pour en faire l’endroit parfait pour que les colons afin qu’ils puissent ressentir la gravité de Mars ». Le MGA contiendra des quartiers d’habitation spécifiques, à louer ou à acheter, avec une capacité allant jusqu’à 550 personnes.

La fondation imagine des quartiers d’habitation « simples, mais élégants ». // Source : The Gateway Foundation

Une station qui tourne sur elle-même

Quand on décrit ce Port spatial, il y a peut-être une image qui bloque votre imaginaire : le meilleur exemple actuel de station spatiale est l’ISS, et on y voit les astronautes se cogner partout pendant qu’ils voguent en impesanteur. Pour résoudre cet obstacle majeur, il faut installer un système de gravité artificielle. Ce principe, encore très théorique, car jamais réellement mis à l’épreuve, fait partie de certains modèles architecturaux conceptuels.

Le cylindre O’Neill est l’un des tout premiers modèles de station spatiale. Le physicien, dont le projet porte le nom, imaginait deux cylindres en rotation inversée. Il pensait que cette rotation pouvait générer de la gravité artificielle. L’équipe de la Gateway Foundation s’appuie plutôt sur le modèle dit de Von Braun. On retrouve là encore l’idée de rotation, puisque ce serait une roue tournant sur elle-même. Résultat, l’inertie et la force centripète d’accélération permettraient de générer une pression sur les parois extérieures de la roue. Les habitants pourraient donc y évoluer sous une pesanteur presque similaire à celle terrestre.

La station spatiale serait en forme de roue, et les habitations placées sur les bords excentriques. // Source : The Gateway Foundation

Dans une interview à Space.com le 4 novembre 2019, l’architecte en chef confie que « l’inspiration [derrière cette station spatiale] provient de 50 ans à regarder de la science-fiction et à voir comment l’humanité entretient ce rêve d’une culture des vaisseaux spatiaux ». Il évoque Star Trek et Star Wars comme représentation modèle de « larges groupes d’humains vivant dans l’espace et ayant leur propre commerce, leur propre industrie et leur propre culture ». D’ailleurs, le film Interstellar est inspiré de la sphère O’Neill, tout comme 2001 L’Odyssée de l’Espace est inspiré de la roue de Von Braun.

Ceci étant, l’ambition de la Gateway Foundation fait face à des limites encore complexes à dépasser dans un délai si court. La présence d’une gravité grâce à une station en rotation pourrait résoudre certains problèmes de santé rencontrés en l’absence de gravité, comme l’atrophie musculaire ou des problèmes de vue. Mais tous les soucis ne sont pas liés à la microgravité : des études ont montré que voyager dans l’espace pourrait altérer le système immunitaire. Sans compter qu’il faudrait trouver une solution solide contre les radiations. L’inquiétude concerne moins les passagers, qui n’y passeraient que quelques semaines, que le personnel à bord. Une immense station spatiale habituée serait face aussi à la présence croissante de débris spatiaux.

60 à 70 milliards de dollars

Le plus improbable dans le projet n’est pas qu’il soit irréalisable, il pourrait l’être, mais le délai de 2025 paraît tout de même peu tenable. À tous ces obstacles, s’ajoute cela du coût faramineux : le président de la fondation précise à The Epoch Times que la construction et la mise en fonctionnement pourraient coûter de 60 à 70 milliards de dollars. Si le projet aboutit, le tarif pour y accéder sera donc loin d’être accessible, et probablement plus couteux encore qu’un voyage sur la Station spatiale internationale. Ce projet, qu’il soit ou non réalisable dans le délai imparti, est néanmoins fascinant : les projets d’une vie dans l’espace sont de plus en plus nombreux, avec des entreprises qui approfondissent des modèles en profondeur.

Crédit photo de la une : The Gateway Foundation

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