Le Minor Planet Center a confirmé le 29 octobre 2026 que la Terre héberge une nouvelle mini-lune, un caillou de 1 à 2 mètres baptisé 2026 QQ8. Des scientifiques l’ont même soupçonné d’être un débris spatial, allant jusqu’à parler d’un reste de la mission Apollo 13.

La Lune n’est pas toujours seule à tourner autour de la Terre. Notre planète attrape régulièrement de petits astéroïdes, qu’elle peut « garder » quelques mois, parfois quelques années, avant de les relâcher. Le dernier en date s’appelle 2026 QQ8.

Le Minor Planet Center, l’organisme qui recense les astéroïdes et les comètes pour l’Union astronomique internationale (UAI), l’a annoncé dans une circulaire publiée le 29 octobre 2026 : d’après ses calculs, l’objet est « temporairement lié à la Terre » depuis la fin du mois d’avril. Il n’y a aucun danger, puisqu’il ne passera pas à moins de 568 000 kilomètres, environ une fois et demie la distance Terre-Lune. Avec 1 à 2 mètres de diamètre, il brûlerait de toute façon dans l’atmosphère avant d’atteindre le sol.

L’astronome hongrois Krisztián Sárneczky l’a repéré le 20 août. Comme il n’avait pas encore de nom officiel, l’objet a d’abord circulé sous une étiquette provisoire, Sar2901. Or, son orbite a semé le doute. Le 2 septembre, le Minor Planet Center a publié un avis qui la jugeait compatible avec « soit une mini-lune, soit un objet artificiel », et notait que la communauté était partagée. Ce doute avait un précédent : en 2020, la « mini-lune » 2020 SO s’était révélée être un morceau de fusée lancée en 1966.

Cette mini-lune pouvait-elle être… un panneau d’Apollo 13 ?

L’hypothèse la plus spectaculaire sur l’origine de l’objet est venue d’Avi Loeb. Cet astrophysicien de Harvard s’est fait connaître du grand public en affirmant que le premier objet interstellaire repéré en 2017, Oumuamua, pouvait être une technologie extraterrestre. Il a recommencé en 2025 avec la comète 3I/ATLAS, des thèses que la majorité des scientifiques rejette.

Dans un billet publié sur Medium le 4 septembre, il a repris un calcul du scientifique Marshall Eubanks, selon lequel Sar2901 serait passé près de la Terre du 10 au 20 avril 1970, en pleine mission Apollo 13. Or le 13 avril 1970, l’explosion d’un réservoir d’oxygène avait justement arraché un panneau extérieur du module de service. Loeb avançait aussi une autre piste : l’un des quatre panneaux du troisième étage de la fusée Saturn V, largués normalement pendant la mission. Il parlait lui-même d’une « coïncidence intrigante », qui demandait de meilleures données pour être confirmée.

Vue sur la Terre pendant la mission Apollo 13. // Source : Flickr/Nasa Johnson (image recadrée et modifiée)
Vue sur la Terre pendant la mission Apollo 13. // Source : Flickr/Nasa Johnson (image recadrée et modifiée)

L’hypothèse reposait pourtant sur une date fragile. Dès le 21 août, soit deux semaines avant le billet d’Avi Loeb, Marshall Eubanks avait lui-même nuancé son calcul dans un fil publié sur X : avec de nouvelles données, le passage rapproché d’il y a une cinquantaine d’années tombait le 6 avril 1973, trois ans plus tard. « Il est clair que nous ne disposons pas encore de données suffisantes pour déterminer son origine à une époque aussi lointaine », reconnaissait-il alors.

Pour une fois, Avi Loeb n’était pas isolé, car l’origine de l’objet divisait réellement les spécialistes. Tony Dunn, astronome amateur diplômé en physique et en astronomie, dont les simulations d’orbites sont régulièrement reprises, notamment par EarthSky, a indiqué le 3 septembre sur X : « Sar2901 est-il une mini-lune ou un débris spatial ? Même le Minor Planet Center n’en est pas certain. La communauté scientifique est divisée. De nouvelles observations prévues en novembre devraient permettre de trancher le débat ».

Les observations complémentaires devaient notamment permettre de mesurer la poussée de la lumière du Soleil (la pression de radiation), bien plus forte sur un panneau de métal mince et léger que sur un caillou plein qui renvoie autant de lumière. La circulaire du 29 octobre du Minor Planet Center intègre cette poussée dans le calcul et ne trouve « aucun lien avec un objet artificiel connu ». Les mesures réalisées avec le télescope de 2,2 mètres de l’université d’Hawaï et le Lowell Discovery Telescope, en Arizona, ont permis au Minor Planet Center de conclure à un objet naturel, probablement un petit astéroïde, détaille EarthSky.

Pourquoi une mini-lune finit toujours par repartir

La sphère de Hill désigne la zone autour de la Terre où sa gravité l’emporte sur celle du Soleil.

La Lune, avec ses 3 474 kilomètres de diamètre, est un satellite permanent. Une mini-lune, elle, est un astéroïde qui entre assez lentement dans la sphère de Hill pour y rester piégé. La capture reste fragile, car l’objet est tiraillé entre la Terre, la Lune et le Soleil, ce qui lui fait décrire une boucle irrégulière avant de ressortir. Selon Space.com, 2026 QQ8 devrait rester jusqu’en décembre, puis repartir en 2027.

Il ne faut pas confondre une mini-lune avec une quasi-lune comme 2025 PN7 : celle-ci ne tourne pas autour de la Terre, elle suit une orbite autour du Soleil proche de la nôtre.

Avant 2026 QQ8, 2020 CD3 avait tourné autour de la Terre entre 2016 et 2020, et 2024 PT5 ne nous avait accompagnés que deux mois, à l’automne 2024. 2026 QQ8, lui, revient dans nos parages environ tous les 10 ans. Il s’était déjà approché assez près en 1965 et le refera en 2058, sans être capturé ces deux fois-là, faute d’entrer dans la sphère de Hill.

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