Sur le papier, tout est censé bien se dérouler. La fusée géante Starship doit réussir son tout premier vol orbital ce lundi 28 septembre. Mais il y a aussi la possibilité d’un loupé. Voilà ce que SpaceX dit avoir prévu.

Une altitude de 275 kilomètres, une vitesse qui approche les 28 000 km/h, six tours de la Terre et un périple d’une dizaine d’heures. Voilà, sur le papier, ce qui était prévu pour le tout premier vol orbital du Starship. Toujours sur le papier, le vaisseau, c’est-à-dire l’étage supérieur de la fusée géante, devait amerrir calmement au large du Chili, dans l’océan Pacifique.

Mais que se passe-t-il si le lanceur s’éloigne de la partition qui devait être jouée ? Jusqu’ici, le vaisseau spatial suivait une trajectoire qui décrivait un simple arc de cercle, avec comme point final l’océan Indien. C’est le plan qui a été suivi, plus ou moins avec bonheur, lors des treize vols précédents. Mais avec le quatorzième tir, tout change.

Que se passerait-il si le Starship était en perdition pendant ses tours de la Terre ?

Pendant la retransmission du lancement diffusé par SpaceX sur X, un des commentateurs qui a animé le direct a rappelé la règle suivie jusqu’ici. Sur cette trajectoire dite « à sécurité passive », même si l’équipe perd tout contrôle, les lois de la physique garantissent que le vaisseau finira sa course dans la zone d’amerrissage de l’océan Indien :

« Nous avons effectué tous nos essais en vol selon ce qu’on appelle une trajectoire suborbitale à sécurité passive. […] Même si nous parvenons à envoyer le Starship dans l’espace et que nous perdions tout contrôle, les lois de la physique garantissent qu’il suivra une trajectoire qui le mènera à amerrir inévitablement dans cette zone de l’océan Indien, quoi qu’il arrive. »

Sauf que le vol de ce lundi devait durer près de dix heures, contre environ une heure pour les tirs suborbitaux. La sécurité passive ne joue alors plus aucun rôle. Or, un vaisseau en orbite qui ne répond plus continue de tourner autour de la Terre, jusqu’à redescendre à un endroit que personne n’a choisi.

Le problème est sérieux pour un vaisseau de 52 mètres de haut, l’étage supérieur d’une fusée qui en mesure 124 au total. SpaceX a donc prévu des filets de sécurité.

Une porte de sortie à chaque étape du vol

Premier garde-fou : le Starship a démarré sur la même trajectoire que ses prédécesseurs. « Si on ne fait rien d’autre, il redescend dans l’océan Indien », a résumé le commentateur. SpaceX avait prévu une pause d’une vingtaine de minutes avant de valider le « go » pour l’orbite, le temps pour l’équipe de vérifier l’état du vaisseau.

Sur sa page de mission, SpaceX a précisé qu’elle n’envisageait de lancer la poussée vers l’orbite qu’après s’être assurée d’avoir assez de matériel en double pour la désorbitation, c’est-à-dire le coup de frein final qui fait redescendre le vaisseau. Une alerte est pourtant survenue pendant la montée, quand l’un des six moteurs de l’étage supérieur s’est éteint plus tôt que prévu.

Dan Huot, porte-parole de SpaceX, a d’abord annoncé que le vaisseau n’irait pas en orbite, mais les contrôleurs ont fini par donner leur feu vert. Le porte-parole a ensuite précisé, dans des propos relevés par CNN, que le vaisseau n’avait plus besoin de rallumer ses moteurs conçus pour le vide pendant la mission. Vingt-cinq minutes après le décollage, un seul moteur Raptor a suffi à le placer en orbite.

Source : SpaceX
Source : SpaceX

Une fois en orbite, l’équipe dispose de points de contrôle répartis sur tout le vol. Ceux-ci « nous permettent d’atterrir plus tôt que prévu et d’amerrir dans une zone prédéterminée de l’océan ; de plus, des milliers de composants et de capteurs nous fournissent des données sur le Starship sur l’ensemble du véhicule », a complété le commentateur.

Plusieurs types de pannes peuvent justifier un retour anticipé à l’un de ces points : alimentation électrique, contrôle de l’orientation, réservoirs, ordinateurs de vol et capteurs de navigation. Les contrôleurs peuvent alors s’appuyer sur toute la télémétrie reçue en temps réel.

Le commentateur a enfin soulevé un paradoxe.

Le Starship est conçu pour survivre à la rentrée dans l’atmosphère, et il l’a fait « presque malgré nous », a dit le commentateur, même quand SpaceX avait retiré des tuiles de son bouclier thermique ou poussé la structure à ses limites. En juillet, le Ship 40 du 13e vol avait d’ailleurs amerri intact dans l’océan Indien, et refusait de couler.

Un vaisseau aussi solide a toutes les chances d’arriver entier en mer ou au sol : l’endroit où il redescend compte donc énormément. Le commentateur n’a pas dit autre chose : « parce qu’il est si robuste, il est extrêmement important que nous fassions tout ce qui est en notre pouvoir pour nous assurer que la rentrée s’effectue dans un endroit sûr. »

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