Dans ses représentations classiques, notre Voie lactée semble être un ensemble harmonieux, avec ses bras spiraux qui se regroupent au centre, sa rotation qui paraît lente et maîtrisée… Mais pourtant, tout est en réalité beaucoup plus chaotique.
Comme les autres galaxies, la Voie lactée telle que nous la connaissons est apparue suite à des fusions successives avec de plus petits ensembles, elle a connu des moments où la production d’étoiles était extrêmement active avant de se calmer progressivement, elle a vu apparaître des clusters, des amas d’étoiles, complètement irréguliers.
Un amas pas comme les autres
Parmi toute cette population, un amas globulaire interroge les scientifiques depuis un demi-siècle : Terzan 5. Découvert en 1968 par l’astronome Agop Terzan, il s’agit d’une zone très dense où l’on trouve plusieurs dizaines de millions de masses solaires. Des étoiles extrêmement serrées entre elles, réunies dans cette zone près du bulbe galactique.
D’autres amas similaires ont été découverts, et celui-ci n’aurait pu rester que l’un d’entre eux, particulièrement difficile à observer, car il est dans une partie de la galaxie déjà surpeuplée d’étoiles et entourée de poussière. Mais une nouvelle étude parue dans la revue Astronomy & Astrophysics en mai 2026, et relayée le 16 juin par l’ESA, indique que Terzan 5 n’est pas qu’un simple amas globulaire : c’est un objet unique qui est resté intact malgré l’apparition de plusieurs générations d’étoiles en son sein.
Les premiers doutes sont apparus dès 2009. Des astronomes ont montré que deux populations d’étoiles cohabitaient dans l’amas. L’une d’elles était apparue il y a 12 milliards d’années, dès la naissance de la Voie lactée, tandis que l’autre n’était âgée que de 5 milliards d’années. Jusque-là, pas de problème : l’amas formé avait dû interagir avec un autre objet similaire, ou avait peut-être croisé la route d’une nébuleuse interstellaire qui aurait provoqué un renouveau de la population d’étoiles, comme si l’on remettait du bois sur un feu en train de s’éteindre.
Seulement, les dernières observations ont déterminé autre chose. Grâce à la capacité du télescope James Webb à voir à travers la poussière dans l’infrarouge, il a été possible de mieux observer Terzan 5 et de se rendre compte qu’il n’y avait pas deux, mais quatre populations d’étoiles distinctes !
Un fragment de fossile de plus de 12 milliards d’années
La première est âgée de 12,5 milliards d’années, l’autre de 4,7. Puis on en trouve une troisième il y a 3,8 milliards d’années, et enfin la petite dernière et ses 2,5 au compteur. Dans ces conditions, il est difficile de comprendre comment Terzan 5 peut encore exister en tant que tel, puisque ces formations d’étoiles s’accompagnent aussi de violentes supernovae. Des explosions si puissantes qu’elles auraient dû avoir comme conséquence de disperser l’amas à travers le reste de la galaxie.
Mais en étudiant la répartition des étoiles d’un peu plus près, les chercheurs ont constaté que le cœur de Terzan 5 était bien intact, et qu’il n’avait pas été altéré depuis plus de 12 milliards d’années. Mais comment ?

D’après les auteurs de l’étude, ce serait en raison de la masse très importante de l’ensemble, et ce dès le début de la formation de la Voie lactée. La gravité exercée était tellement forte qu’elle a pu retenir les éléments lourds expulsés par les supernovae, ce qui a permis de conserver de la matière au même endroit, et donc de provoquer l’apparition de plusieurs générations d’étoiles au cours des milliards d’années qui ont suivi.
Le Terzan 5 que nous observons aujourd’hui serait donc le fragment toujours intact d’un plus vaste ensemble qui devait exister dans les débuts de notre Voie lactée. Son originalité : il ne s’est jamais mélangé avec les autres amas qu’il aurait pu rencontrer, ce qui en fait un vestige fossile de notre Galaxie telle qu’elle était lors de sa formation. Un indice précieux pour connaître les conditions dans lesquelles la Voie lactée, et les autres galaxies, se sont créées, notamment dans la région de leur bulbe, particulièrement difficile à observer.
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