Enième rejeton de la saga Dark Souls, Mortal Shell s'apparente au redoublant qui a bien copié sur son voisin intello. C'est bien, mais vraiment parce qu'on adore Dark Souls.

Encore un héritier de Dark Souls, penseront certains. Ils auraient des raisons de faire ce constat : depuis que From Software a replacé l’exigence au centre des débats, les concurrents de sa saga phare ont pullulé. Pendant que le studio japonais a peaufiné sa formule, jusqu’à la réinventer avec Sekiro : Shadows Die Twice, d’autres se sont cassé les dents (Deck13 avec Lords of the Fallen) ou sont parvenus à un résultat presque miraculeux (les deux Nioh de Team Ninja). On a même eu un représentant acceptable sur smartphone et tablette (Pascal’s Wager). Développé par Cold Symmetry, « une coalition de vétérans chevronnés passionnés par le genre soulslike », Mortal Shell veut à son tour se tailler une part du gâteau.

Les fans de Dark Souls savent combien ce genre peut devenir une malédiction, où l’on trouve les autres jeux vidéo fades après avoir accompli tant de choses grâce à lui. Ce sentiment est tellement grisant qu’on a envie de le retrouver coûte que coûte, quitte à accepter des défauts avec indulgence. En apparence, Mortal Shell ressemble à une pâle copie de Dark Souls, reprenant trait pour trait certains éléments (exemple : les temps de chargement décrivant un objet). C’est en récitant sa leçon apprise par cœur qu’il finit par convaincre, sans la prétention de se hisser à la hauteur du maître.

Et ça suffit pour lui laisser sa chance.

Un rejeton de plus de Dark Souls

Comme tout bon soulslike qui se respecte, Mortal Shell n’a strictement rien d’accueillant de prime abord. Il n’y a pas que les graphismes ternes, presque dépressifs, pour appuyer ce jugement. S’il a pensé à intégrer un tutoriel pour apprendre les rudiments, Cold Symmetry ne s’embarrasse pas vraiment des présentations. En termes de narration, il faut donc se débrouiller et comprendre soi-même de quoi il est question.

En résumé : on se retrouve piégé dans un monde en désolation, obligé de récupérer trois glandes pour libérer un mystérieux prisonnier. Pour ce faire, il faudra se rendre à autant d’endroits remplis d’ennemis et semés d’embûches, jusqu’à un boss final à terrasser. Le tout, sans carte, ni boussole ni direction claire, et avec seule certitude que le chemin n’est pas tout tracé.

Visuellement, Mortal Shell ressemble à un Dark Souls, mais un Dark Souls qui serait sorti il y a plus de cinq ans. Il n’y a que le design de certains ennemis pour sauver une orientation artistique tirant sur la dark fantasy fade. C’est sombre, parfois effrayant et on peine à s’y retrouver parmi les textures datées et les modélisations grossières. On finit par s’y accrocher, à mesure que le courage l’emporte sur le scepticisme. Mortal Shell requiert que l’on s’intéresse à lui pour être compris. Ce penchant cryptique, déjà présent dans les Dark Souls, fait partie intégrante de l’expérience. L’idée n’est pas d’accompagner le joueur par la main, plutôt de le sortir de sa zone de confort à chaque seconde. Cold Symmetry a parfaitement intégré cette ADN, en s’efforçant d’apporter sa pierre à l’édifice.

Le chemin n’est pas tout tracé

Mortal Shell ne demande pas de choisir une classe ou de créer son personnage au début de l’aventure. On incarne une simple carcasse sans nom ni réel but, mais capable de posséder le corps de quatre guerriers déchus (après les avoir trouvés, sinon ce serait trop simple). Ils correspondent à des archétypes bien connus des amateurs de RPG et se distinguent par leurs attributs. Par exemple, l’un d’entre eux dispose d’une jauge d’endurance très longue pour enchaîner sereinement les esquives, quand un autre peut encaisser bien des coups avant de plier. On a la liberté de se spécialiser en faisant tout le jeu avec une seule Shell, ou d’alterner en fonction des situations grâce à des idoles à usage limité. À aucun moment Cold Symmetry ne force la main et ne privilégie un combattant en particulier. Les quatre enveloppes disposent de leur propre arbre de compétences mais ne montent pas en niveaux. Il s’agit d’un choix étrange, qui peut encourager à éviter la majorité des combats (spoiler : ce fut notre technique). Au moins, on n’est pas obligé d’enchaîner les phases répétitives pour faire évoluer son héros.

Mortal Shell // Source : Playstack

Aventure courte

Ce faisant, la crainte de tout perdre est moins présente dans Mortal Shell. Il n’y a pas de points d’expérience à accumuler, mais du goudron que l’on peut dépenser chez le marchand ou dans l’acquisition d’aptitudes dispensables. Heureusement pour lui, il conserve les combats techniques, qui récompensent l’observation, la maîtrise et le sang-froid. Le gameplay de Mortal Shell est davantage orienté vers la défense : en l’absence de vrais objets de santé, il n’offre pas une latitude suffisante pour miser sur l’offensive. C’est d’autant plus vrai que le héros dispose d’une capacité lui permettant de se transformer en pierre pour bloquer n’importe quelle attaque adverse. Il est également possible de parer un coup en appuyant sur le bouton dédié au bon moment. Le timing est serré, parfois aléatoire, mais la contre-attaque peut s’avérer plus que payante (et rendre un peu de vie au besoin).

On a été déçu de le terminer très vite

Par ailleurs, Mortal Shell intègre une notion de familiarité avec les objets, en n’indiquant pas leur effet avant une première utilisation. Encore une fois, c’est à l’aveugle que le joueur ou la joueuse doit construire sa quête vers un inconnu cauchemardesque. Il y a une prise de risque nécessaire, sinon punitive, qui permet in fine de mieux intégrer les ficelles. La familiarité n’a qu’un but : accroître l’efficacité, un parallèle que l’on peut faire avec le joueur, de plus en plus à l’aise au gré des heures et game over qui défilent. Sur bien des points, Mortal Shell se mérite et seuls les plus assidus en verront le bout.

Mortal Shell // Source : Playstack

Après avoir rencontré tant de difficultés à appréhender l’univers et le gameplay suffisamment bien calibré de Mortal Shell, on a été déçu de le terminer très vite — presque sans s’en rendre compte. Les quelques boss ne sont guère impressionnants et les habitués du genre n’auront aucun mal à plier l’affaire en une dizaine d’heures, une fois qu’ils auront amélioré leur arme. C’est peu, mais on débloque un New Game+, une porte d’entrée pour découvrir l’ensemble des secrets. Les plus doués auront également l’opportunité d’activer un mode — masochiste — qui fait apparaître une brume épaisse et remplace les ennemis de base par des monstres plus forts.

En bref

Mortal Shell

Note indicative : 4/5

Mortal Shell prend un peu trop souvent la forme d’une copie grossière, et datée graphiquement, de Dark Souls. Cela pourrait constituer un défaut si Cold Symmetry n’avait pas quelques idées fraîches à apporter au genre et, surtout, s’il avait pondu un gameplay mal équilibré. Son Mortal Shell est un peu fauché mais il est loin d’être ridicule dans une catégorie qui pardonne peu les approximations.

La progression presque inexistante et la courte durée de vie sont les principaux défauts de Mortal Shell, qui parvient quand même à conserver ces sensations que les amateurs de défi aiment tant. Il reste à accepter ces premières heures qui ne font rien pour rendre l’expérience plus accessible. Dans Mortal Shell, qui joue crânement sa chance, s’accrocher, c’est déjà réussir.

Top

  • Des éléments de Dark Souls bien copiés
  • Quelques idées fraîches
  • Un bon tremplin pour se mettre au genre

Bof

  • Graphiquement laid
  • Durée de vie courte
  • La progression quasi inexistante

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