Tant au niveau des films que des séries, la 74e cérémonie des Golden Globes est symbolique d'une époque prise entre tradition et modernité, avec un nombre toujours croissant de nouvelles productions à voir.

Andy Samberg et Sandra Oh ont donné le ton : les Golden Globes 2019 seront bienveillants ou ne seront pas : « Vous vous demandez peut-être pourquoi nous sommes deux à ouvrir le bal des Golden Globes cette année ? La raison, c’est que nous sommes les deux seules personnes à Hollywood qui n’ont pas encore dit quelque chose d’offensant. »

Les deux acteurs talentueux venant du monde des séries ont enchaîné les vannes polies, jouant à fond la carte de l’« anti-polémique », retournant en leur faveur les codes traditionnels de ce genre de cérémonies. Historiquement, Golden Globes comme Emmy Awards sont introduits par des monologues acerbes et piquants, à l’image des quatre cérémonies ouvertes par le comique anglais Ricky Gervais, qu’Hollywood adore écouter en levant un sourcil faussement choqué. Avec brio, Samberg et Oh font la chasse à ceux qui font la chasse aux « politiquement correct » et ce vent de fraîcheur soulage.

Sandra Oh dans « Kiling Eve » // Source : BBC America

Le changement, mais pas trop… comme toujours

Ces Golden Globes incarnent parfaitement 2018, et pavent le chemin vers une nouvelle année 2019 qui sera également riche en contradictions. Où l’on se réjouit de la présence visible de minorités (de couleur, de genre, d’orientation sexuelle) tout en doutant de la capacité du monde à évoluer durablement. « Je voulais être ici pour observer le changement », confirme ainsi Sandra Oh, la première femme asiatique à présenter cette cérémonie. « Mais je ne me fais pas d’illusion, l’an prochain sera peut-être différent. Ce sera probablement le cas, d’ailleurs. »

Le palmarès séries des Golden Globes 2019 montre l’ère du compromis dans laquelle critiques comme spectateurs sont entrés. Oui, il y a trop de séries. Non, vous ne pourrez plus avoir « tout vu ». Oui, des œuvres magnifiques ont été créées (Pose, Sharp Objects, Atlanta saison 2) mais elles seront tout de même battues par une Méthode Kominsky portée par l’un des patrons de la sitcom beauf aux États-Unis, Chuck Lorre (Mon Oncle Charlie, The Big Bang Theory). La série, quant à elle, est produite par Netflix et diffusée en exclusivité sur la plateforme.

Michael Douglas dans The Kominsky Method // Source : Netflix

Oui, 2019 sera redondante, comme les récompenses qu’obtient The Marvelous Mrs. Maisel (Amazon) depuis sa sortie, avec à peine deux saisons à son compteur et des faiblesses narratives particulièrement peu soulevées. Mais elle permettra aussi aux ignorées d’être enfin reconnues, comme The Americans qui a tiré sa révérence après six ans de bons services en mai 2018. Et Sandra Oh, au sommet de son art, empoche une statuette méritée pour son travail dans Killing Eve, la série qui montre les femmes, sans justification.

Bradley Cooper avait probablement prévu un happening en cas de récompense pour A Star is Born — où le personnage du Pygmalion couvre de honte sa femme lors d’une cérémonie similaire — mais nous n’en saurons rien, car il s’est fait écarter de toutes les grandes catégories : d’un côté par Bohemian Rhapsody (ah.) de l’autre par Roma d’Alfonso Cuaron, meilleur réalisateur cette année.

L’incontournable Netflix

Évidemment, l’angle « les plateforme de SVOD dominent le monde » n’est pas très loin. Il reste faux, pour l’instant, mais les victoires de Netflix continueront d’être commentées avec un mélange de surprise de d’inquiétude, de respect et de crainte. Avec plus de 140 films originaux sortis en un an et une force de frappe mondiale (plus de 140 millions d’abonnés et encore plus de spectateurs), il faudra s’attendre à toujours plus de Netflix et toujours plus des « exploitants par contents », tandis que les cérémonies continueront à récompenser l’un comme l’autre sans distinction —  reste encore à régler l’exception cannoise, dont les remparts céderont peut-être bientôt. Tradition, modernité.

Affiche de « Roma » // Source : Netflix

Pendant ce temps, Spider-Man : Into the Spider-Verse empoche la statuette du meilleur film d’animation, tellement méritée et pourtant si peu représentative de la fréquentation en salles — le long-métrage y est largement boudé, presque comme s’il s’agissait d’une performance artistique cynique ayant pour but de montrer la capacité d’un réseau social comme Twitter à résonner dans une bulle hermétique au reste du monde.

« Je vous vois. Tous ces visages qui incarnent le changement. Et maintenant, tout le monde vous verra aussi », a conclu Sandra Oh, les larmes dans la gorge et le regard porté vers toutes ces femmes qui feront 2019, mélangeant inspiration et courage, et donnant beaucoup d’espoir à celles et ceux qui croient encore au pouvoir des cérémonies de récompenses.

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