La plateforme de vidéo à la demande met en ligne de nombreux spectacles comiques. Nous en avons sélectionné 8 parmi les plus percutants, drôles et puissants. À voir et à revoir.

2018 est une année faste pour les stand-ups sur Netflix. Si la plateforme est connue pour son nombre croissant de séries et films originaux qu’elle produit, elle est également une vraie mine d’or pour les fans de spectacles comiques. Rien que sur Netflix France, on compte plusieurs dizaines de stand-ups, pour l’instant majoritairement américains, qui durent généralement une heure et sont sous-titrés dans plusieurs langues.

Comme c’est le cas sur les plateformes de SVOD, il y a de tout : du bon, du moins bon, mais aussi de l’incontournable. Nous avons ainsi sélectionné 4 stand-up sortis cette année, ainsi que d’autres spectacles un peu plus anciens mais incontournables, qui nous ont marqués par leur qualité, leur intelligence et leur force.

Voici ces artistes capable de nous faire rire (souvent) et pleurer (parfois) d’émotion.

Ali Wong — Hard Knock Wife (2018)

Ali Wong est enceinte, encore. Après Baby Cobra (2016), la comique américaine d’origine vietnamienne est de retour sur scène avec sa robe moulante et sa culotte quasi-apparente. Il faut dire qu’Ali Wong n’a pas de gêne, pas de honte : elle monte sur scène avec la décontraction d’une femme qui parle régulièrement de lécher l’anus de son mari, de césarienne et de « pets de chatte ». Le créneau humoristique — une femme qui parle de sexualité avec un langage cru et une attitude très décontractée — pourrait sembler facile, mais Wong équilibre son spectacle avec des réflexions sur l’état du couple moderne et la place de la femme dans une société qui prône sa libération, sans vraiment savoir à quoi cela correspond.

Tig Notaro — Happy to be here (2018)

Si vous n’avez pas vu le documentaire Tig, ni jamais vu un seul spectacle de la comédienne, vous avez beaucoup de chance de pouvoir la découvrir en 2018. Son nouveau spectacle, tourné en petit comité, sonne le renouveau de la comique lesbienne de 47 ans qui, il y a six ans, ne pensait pas être encore de ce monde. Diagnostiquée d’un cancer du sein en 2012, elle a transformé sa douleur dans un spectacle non filmé, joué la même année, dont la version audio est devenue célèbre. Tig Notaro fait partie de ces comiques qui décortiquent le fonctionnement de l’humour et de l’art du stand-up (elle imite même son public inquiet : «  Attendons la chute, on sait qu’elle fait des blagues avec un rythme un peu différent ») tout en enchaînant les vannes bienveillantes sur un chaton. Et en plus, elle est heureuse d’être là.

John Mulaney — The Comeback Kid (2018)

John Mulaney sait qu’il est destiné à vivre dans le corps d’un jeune homme tout juste sorti de l’adolescence, et il n’en souffre plus. A force de l’aborder dans ses spectacles, l’humoriste de 35 ans semble avoir fait son deuil et d’être prêt à faire ce qu’il fait de mieux : raconter pendant vingt minutes une histoire qui pourrait tenir sur un timbre poste. Son dernier spectacle, The Comeback Kid, ne repose que sur trois ou quatre anecdotes. Mais elles sont si bien racontées, étirées, découpées, pensées avec finesse et auto-dérision à peine forcée, que l’on ne peut que se laisser porter par le le travail et le talent du scénariste, définitivement remis du flop de sa série en 2015.

Hannah Gadsby — Nanette (2018)

Depuis la mise en ligne de son spectacle Nanette sur Netflix le 19 juin 2018, la vie d’Hannah Gadsby a changé. La nôtre aussi. Elle qui jouait ce stand-up depuis près d’un an aux États-Unis est à présent une personnalité connue dans le monde entier, et tout ça grâce au bouche à oreille, et la force de frappe de Netflix et ses 125 millions d’abonnés dans le monde. Ou plutôt : grâce au spectacle le plus bouleversant des dix dernières années. Hannah Gadsby n’a pas fait un stand-up, elle a tué le stand-up.

Après trente minutes de blagues, de punchlines élégantes et fragiles, Gadsby décide de nous prendre par les tripes et de ne plus nous lâcher : à la 37è minute, le spectacle bascule et on se sent presque ridicules d’avoir osé rire alors que le monde va encore si mal.

Au-delà de l’émotion qu’elle réussit à partager, l’artiste déconstruit ce même système qui, aujourd’hui, l’encense. Cette société qui attend des comiques de minorité (sexuelle, genre, ethnie, religion) qu’ils se tournent en dérision, tout en restant la cible privilégiée des hommes blancs hétérosexuels. « Je dois raconter mon histoire correctement », affirme celle qui en a assez de se retrancher derrière l’humour, dit ne plus accepter ce devoir d’autodérision pour parler d’elle. N’en lisez pas plus : allez le regarder.

Bo Burnham — Make Happy (2016)

« Sur une échelle de 1 à 0, êtes-vous heureux ? » La chanson qui clôture le dernier spectacle de Bo Burnham est comme une petite déchirure. Après avoir fourni l’une des performances les plus dingues du paysage des stand-ups — à grands coups de chansons hilarantes et mise en scène léchée — le garçon de 25 ans (en 2016) laisse transparaître son mal-être et sa dépression. « Une partie de moi vous aime. Une partie de moi vous hais », lançait-il à son public dans un final de 6 minutes incroyable (Can’t Handle This (Kanye Rant)), juste après les avoir fait exploser de rire en parodiant les chanteurs de country, les « hommes hétéros blancs » ou les attentes irréalistes en amour. Depuis, Bo Burnham a écrit et réalisé son premier film, Eighth Grade, qui sortira le 13 juillet prochain.

Chelsea Peretti — One of the greats (2014)

Cela fait quatre ans que le spectacle « Netflix special » de Chelsea Peretti est en ligne, et on rigole toujours autant devant sa folie, son débit si spécifique et son humour absurde. L’actrice de Brooklyn Nine-Nine n’est pas comme son personnage de secrétaire étourdie, mais elle garde cette fausse nonchalance qui camoufle une grande intelligence.

Hannibal Buress — Comedy Camisado (2016)

Avec ses fausses lunettes («  Je les mets pour vous rassurer car c’est comme ça que je suis à la télévision ») l’acteur de Broad City instaure une relation très spéciale avec son public. A la fois distant, sympa et moqueur, il enchaîne avec flegme les analyses pointues sur la société contemporaine dans ce qu’elle a de plus futile (les habitudes, rencontres, tocs)— et donc de plus important —. Le comique est également crédité pour avoir remis sur la table les rumeurs d’accusation de viol contre Bill Cosby en 2014, qui aurait contribué à un mouvement de libération de la parole des femmes qui ont ensuite porté plainte contre l’acteur.

Demetri Martin — Live (At The Time) (2015)

Demetri Martin est l’anti-John Mulaney. Bien qu’on soit tenté de les rapprocher au vu de leur physique d’éternels adolescents, Martin construit ses spectacles comme une somme incalculable de vannes, punchlines, saynètes, chansons, et peut passer du coq à l’âne sans préavis. Avec son humour pince-sans-rire, il déconstruit les scènes du quotidien les plus anodines pour en montrer l’absurdité — «  la frontière est fine entre tuer une mouche et applaudir une mouche ».

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