Sur Kickstarter, ils veulent trouver 10 000 € pour terminer un film hors-norme. Après trois ans de tournage, l'équipe de « Paris est une fête » veut produire un long-métrage qui mêle spontanéité, improvisation et obsession d'une époque : celle qui s'écoule depuis que les attentats ont frappé Paris.

Ce vendredi matin, l’équipe de Paris est une fête décide de lancer son projet sur Kickstarter dans une certaine précipitation. « On comptait préparer un dossier de presse et contacter du monde. Finalement, nous nous sommes lancés spontanément  », raconte Paul Saïsset , directeur de la communication de cette drôle d’aventure Kickstarter.

Après plus de trois ans d’un tournage débuté en 2014, l’équipe — une bande de copains — du long-métrage cherche de nouveaux financements pour terminer leur film.

L’équipe du film

Alors qu’ils estiment leur postproduction à 50 000 €, ils demandent 10 000 € aux potentiels investisseurs en ligne. « Notre objectif n’est pas juste de financer la postproduction, mais plus largement de faire parler de nous, de créer une attente et peut-être d’être contacté pour des financements  », explique le directeur de la communication.

« Un choix artistique, pas un compromis économique »

Jusque-là, Paris est une fête a été réalisé sans budget. Seules quelques petites structures comme French Lab et Les Idiots ont apporté des deniers au moulin créatif du projet. Les acteurs, les équipes techniques, comme l’équipe d’écriture et de réalisation, ont réalisé ces trois années de tournage sur le principe du quasi-bénévolat. « Certains continuaient de travailler pendant la période, d’autres finissaient leurs études  », nous explique-t-on.

Aux Bouffes du Nord, « Paris est une fête » a tourné des scènes rappelant Lynch / photos de plateau

« Nous avions un projet hors cadre, hors format, il n’existe pas de solutions de financement pour ce type de projet, nous avons donc avancé sans soutien   » : pas de CNC, ni d’aides de la région. Paris est une fête, par sa spontanéité, son imprévisibilité ne pouvait être validé par un comité et toucher des subventions publiques. Le collectif explique cette démarche en rappelant l’importance de l’instantanéité alors que le film est tourné dans un Paris électrique : « C’était impossible pour nous d’entrer dans un long processus de financement et d’écriture qui allait prendre des mois et nous empêcher de capturer l’effervescence des événements. Il fallait un choix artistique, pas un compromis économique.  »

réintroduire la spontanéité dans le cinéma français

En effet, le film de Elisabeth Vogler, un pseudonyme derrière lequel se cache l’équipe, est d’abord un projet qui raconte quelque chose du cinéma. « Il y a deux ambitions, détaille Paul, l’une est de montrer que l’on peut réaliser un long-métrage avec très peu de moyens en faisant différemment, l’autre est de réintroduire la spontanéité dans le cinéma français  ». Lorsqu’en 2014, les copains se penchent sur les premières lignes du scénario, ils ont convenus qu’ils réaliseraient l’ouvrage au fil du temps, des événements et de l’air de l’époque.

De Charlie à Johnny

Quitte à ce que le temps s’allonge, une année d’abord, puis deux années passent. « Nous avons commencé, il n’y avait pas eu d’attentat dans Paris… nous avons terminé nos dernières prises aux funérailles de Johnny  ». Comme un condensé de l’époque, Paris est une fête s’est installé progressivement dans le temps pour le compacter et le saisir.

Une démarche par étape qui s’est développée d’abord en adaptant le scénario aux décors — que ce soit celui de l’État d’urgence ou de Nuit Debout — puis aux atmosphères, à l’électricité ambiante. « Nous refusons de dire que c’est un film sur le Paris post-attentats, mais en même temps, en 2014, nous n’avions pas encore écrit l’angoisse qui allait bouffer un personnage, ou encore la peur de la mort.  »

Paris est une fête

Prendre son temps, c’est vivre le temps. Comme par vague, les éléments s’incrustent dans le dispositif même de la réalisation : d’abord la peur, puis l’étouffante atmosphère des manifestations, la place République couverte de fleurs, l’inépuisable besoin de légèreté après les drames. « Notre projet n’a jamais été à propos des attentats, on y parle pas d’armes et de bombes, mais on a tenté, durant chaque tournage, de saisir quelque chose du quotidien de ce temps-là  » rappelle Paul.

Le synopsis, la réalisation sous pseudonyme, ou même la bande-annonce cryptique laissent aux potentiels investisseurs une grande part de mystère. Plutôt que de le craindre, Paul espère que ce contexte donnera envie à chacun de participer à ce qu’il appelle un « jeu  ».

Paris est une fête

« C’est précisément le piment de cette aventure, l’improvisation, s’adapter aux éléments qui nous entourent, c’est aussi ce que nous proposons aux backers. Voir un cinéma différent tout en prenant des risques, se laisser surprendre par le sens même du film.  » Comme l’équipe qui a donné naissance à Paris est une fête, le spectateur serait donc amené à voir l’histoire être dépassée par sa spontanéité, son imprévisibilité.

Fluctuat Nec Mergitur  : comme la ville, le long-métrage a été battu par les flots, les drames, sans sombrer. Il ne lui reste qu’à naître tout à fait grâce aux cinéphiles.

Partager sur les réseaux sociaux