Avant de vous plonger dans Peaky Blinders : L’Immortel, un petit récap’ des précédentes aventures de la tribu Shelby s’impose. Dans l’ultime épisode de la saison 6 de Peaky Blinders, diffusée en 2022 sur Netflix (arrêtez votre lecture ici si vous n’avez pas regardé la série en entier), on avait quitté Tommy Shelby au début des années 30, victorieux après un duel à mort avec son neveu Michael.
Ce dernier était bien décidé à prendre sa place et à venger sa mère, Polly Gray (son interprète, la regrettée Helen McCrory, était brutalement décédée juste avant le tournage), tuée dans une attaque infructueuse contre le leader fasciste Mosley. Ce final concluait une saison terne, aux rebondissements peu inspirés.

Annoncé condamné par un tuberculome, Tommy se rendait finalement compte qu’on lui avait menti, en espérant qu’il se suicide. Steven Knight, le créateur de Peaky Blinders, avait déjà dans l’idée de réaliser un film de conclusion, d’où cette résolution plutôt tirée par les cheveux pour garder en vie son iconique personnage.
Un changement d’époque salvateur
Le film Peaky Blinders : L’Immortel prend place sept ans après la dernière saison de la série de gangsters. En 1940, alors que le monde est à feu et à sang et que l’Angleterre est bombardée par les nazis, Tommy, toujours incarné par l’hypnotique Cillian Murphy, s’est retiré du monde. Il vit reclus dans son ancienne bâtisse calcinée. Arthur, son frère aîné en proie à l’addiction aux drogues, est décédé dans des circonstances qui font culpabiliser Tommy (on en apprendra plus au fil du film).
L’ancien chef des Peaky n’est plus que l’ombre de lui-même. Il a entrepris de démêler sa vie en écrivant un livre. Kaulo (Rebecca Ferguson), une femme gitane qui communique avec les esprits et la sœur jumelle de Zelda, son premier amour avec qui il a eu son fils aîné, Duke (Barry Keoghan), l’enjoint à revenir à Birmingham pour remettre sa progéniture dans le droit chemin.
À la tête des Peaky nouvelle génération et sans aîné pour le guider, Duke s’allie avec les fascistes du pays dans un complot qui pourrait faire basculer l’Angleterre et l’issue de la guerre. D’abord réticent, Tommy n’a d’autre choix que de renfiler son costume et son béret pour aller dire deux mots à son fils et au passage sauver son pays des nazis !

Le choix de Steven Knight de placer l’action au cœur de la Seconde Guerre mondiale s’avère judicieux. Cela lui permet d’abandonner certains personnages en bout de course narrativement parlant lors de la saison 6 (Mosley, Arthur, Gina, Lizzie…) et de se recentrer sur les traumatismes de son personnage principal, qui a combattu pendant la Première Guerre mondiale et ne s’en est jamais remis. « La guerre s’est terminée, mais elle est restée en moi », écrit-il.
Le plan des fascistes, faire rentrer des millions de fausses livres dans le pays et déstabiliser l’économie anglaise en le distribuant à des alliés du fascisme, est mené par John Beckett, un nouveau personnage incarné par l’excellent Tim Roth, qui va donner du fil à retordre aux Shelby, père et fils.

Un film peinture
De la première moitié de l’intrigue où il végète dans son manoir hanté, à son retour dans son fief à Birmingham, Tommy Shelby reste la pièce maîtresse d’une œuvre qui aurait aussi pu s’appeler « ode à Cillian Murphy » ! La somptueuse photographie du film sublime chacun de ses traits vieillis, de ses déplacements, de ses vagues à l’âme. Visiblement, le comédien n’a eu aucun mal à se remettre dans la peau de son personnage.
Tom Harper, réalisateur de la moitié de la toute première saison des Peaky Blinders en 2013, connaît par cœur les guidelines de l’esthétique si reconnaissable de la série qu’il a contribué à installer. Après une première partie dans le manoir décrépi, où chaque plan de Tommy écrivant à son bureau ou discutant dans sa cuisine avec son dernier serviteur pourrait être un tableau de maître, les scènes d’action en clair-obscur succèdent à des séquences clippesques sur des sons rock.

L’univers fonctionne toujours très bien et le réalisateur n’hésite pas à le salir : après une altercation dans la boue avec Duke, Tommy passe la deuxième partie du film le costume plein de terre séchée. Ces choix esthétiques résonnent avec ses souvenirs traumatiques de la Première Guerre mondiale et en particulier une scène de violence inouïe, où il a failli perdre la vie dans un tunnel face à l’ennemi.
Tuer le père
Voilà plus d’une décennie que l’on suit la trajectoire de Tommy, dernier grand anti-héros de la vague des années 2000 (Don Draper dans Mad Men ou Walter White dans Breaking Bad), incapable de rendre les armes, dépressif, obsédé par le contrôle, en partie responsable de la déchéance de sa famille et tout à fait conscient de l’être. Ses grands yeux tristes ont fait la fortune de la série, mais il est temps de passer la main.

Contrairement à la saison 6 de Peaky Blinders, dans laquelle Tommy tuait Michael, son jeune neveu symbolisant la nouvelle garde, le « Rom baro » (le roi des Roms comme l’appelle Kaulo) est enfin prêt à passer la main à son fils. Steven Knight brasse là un thème universel — il faut tuer le père pour grandir — de façon assez littérale. Peaky Blinders a plein de qualités, mais pas celle de la subtilité !
Dans le rôle de Duke devenu adulte, on retrouve Barry Keoghan (Saltburn), qui avait déjà joué avec Cillian Murphy dans un film sur la Seconde Guerre mondiale, Dunkerque (2017), réalisé par Christopher Nolan. Et c’est un excellent choix de casting : l’acteur irlandais parvient à exister face à Cillian Murphy, ce qui n’est pas une mince affaire tant ce père bouffe chaque recoin de l’écran.

Dans un moment d’introspection, Tommy concède : « Je n’ai jamais été un père, j’étais une forme de gouvernement. » La relation entre Duke et Tommy aurait pu être davantage creusée, mais le Peaky original semble trop hanté par ses nombreux fantômes pour s’intéresser durablement aux vivants. Leur connexion a aussi lieu à travers leurs racines gitanes. Le film insiste sur les origines du clan, Tommy rappelant à Duke que les nazis exterminent leur peuple.
Des adieux satisfaisants
À l’image de la série Peaky Blinders, on ne peut pas dire que les personnages féminins tiennent une place significative dans le film. Après la mort du personnage le mieux dessiné, Polly Gray, on retrouve la dernière des Shelby, Ada, la sœur de Tommy. Elle est devenue députée mais bénéficie de très peu de temps d’écran, tandis que Kaulo incarne un love interest et une caricature de la belle et dangereuse gitane.

Pour la représentation féminine, on repassera ou on se revisionnera les premières saisons de Peaky Blinders, bien plus fournies en protagonistes intéressantes.
Si on note quelques faiblesses ici et là — des scènes parfois surexplicatives et étonnantes au vu de la personnalité taiseuse de Tommy — Peaky Blinders : L’Immortel s’avère plus réussi que la saison 6.
Difficilement regardable sans connaître les tenants et les aboutissants de la série, il devrait satisfaire les fans de la première heure. Il apporte en tout cas une conclusion satisfaisante à cette grande série sur les fantômes et les ravages de la guerre, à une époque où elle ne nous paraît plus aussi lointaine qu’auparavant.
Le verdict

Peaky Blinders : L’Immortel
Voir la ficheOn a aimé
- Cillian Murphy toujours aussi iconique dans le rôle de Tommy Shelby, le gangster le plus dépressif du petit écran
- Une sublime photographie pour une atmosphère de fin de règne
- Une peinture des traumas puissante
- Un très bon casting : Barry Keoghan, Eli Roth et Rebecca Ferguson servent idéalement Cillian Murphy
On a moins aimé
- L’intrigue autour des nazis s’avère très accessoire et possède des incohérences
- Une relation père absent / fils rebelle un peu archétypale
- Des personnages féminins sous-exploitées (Ada méritait mieux !)
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