Peut-on captiver les fans de Game of Thrones sans dragons ni magie ? C’est le défi auquel fait face A Knight of the Seven Kingdoms, une petite série d’à peine six épisodes, d’une durée unitaire allant de 30 à 40 minutes. Basée sur le roman court Le Chevalier errant de George R. R. Martin, la série met le paquet sur le duo hétéroclite composé de Duncan et l’Œuf (Egg). Un pari audacieux, mais réussi, malgré un récit trop court et un faux pas de réalisation qui casse l’élan final.

L’avantage d’une mini-série, c’est son efficacité redoutable : elle évite de s’étirer en longueurs inutiles et impose un rythme soutenu. Tout est condensé en quelques épisodes. Mais ce format est une arme à double tranchant : lorsque la qualité est au rendez-vous, cette brièveté devient source d’une intense frustration. On aimerait alors plus. On se souvient encore de Chernobyl : cinq heures magistrales, et à la fin le sentiment que l’on aurait bien regardé un ou deux épisodes en plus.

Avec A Knight of the Seven Kingdoms, HBO réitère ce pari. Certes, il ne s’agit plus ici d’une mini-série au sens propre du terme, mais on fait face à une première saison assez courte de six épisodes à la durée réduite, entre 30 et 40 minutes. Un choix qui peut apparaître curieux, en comparaison du gigantisme auquel Game of Thrones (8 saisons) et, dans une moindre mesure, House of the Dragon (prévue sur 4 saisons), les deux autres séries se passant dans le même univers, nous ont habitués.

Une adaptation à taille humaine, et un duo à la hauteur (littéralement)

Cette réduction de la durée des saisons comme des épisodes se retrouve aussi dans l’envergure générale de cette nouvelle série. Game of Thrones bénéficiait (et House of the Dragon bénéficie toujours) de gros moyens budgétaires. Le spectaculaire y côtoie le grandiose, à grands coups de dragons géants, batailles homériques et aventures sur tout le continent — et au-delà. Une échelle que l’on ne retrouve pas dans A Knight of the Seven Kingdoms. C’est même tout l’inverse.

Pourtant, ce rapetissement des enjeux et des moyens constitue l’une des grandes forces de la série, paradoxalement. Contrairement aux deux autres productions, qui doivent condenser des pavés littéraires ou des chroniques dynastiques s’étalant sur des années, cette nouvelle série adapte Le Chevalier errant, une nouvelle d’à peine 160 pages. Résultat, on ne perd pas de temps. Fini les prologues interminables à la House of the Dragon, dont la première saison peinait parfois à se justifier dans l’adaptation de Feu et Sang. Ici, deux épisodes suffisent à planter le décor. Et, dès le troisième, Duncan est piégé, et les événements s’accélèrent.

duo A knight of the seven kingdoms
Dexter Sol Ansell, à gauche, et Peter Claffey, à droite. // Source : HBO

Vous regretterez peut-être la dimension géopolitique qui fait le sel des deux précédentes séries. Mais vous gagnerez en échange un focus presque intime sur deux personnages, Duncan et l’Œuf (Egg), dont la dynamique fonctionne bien. La différence entre les deux héros est saisissante et la mise en scène fait d’ailleurs remarquablement ressortir la stature de Peter Claffey : la taille hors normes de Duncan est tout à fait palpable à l’écran. Il dégage une vraie présence physique, qui contraste, tantôt de façon comique, tantôt de façon spectaculaire, avec son écuyer, minuscule et fragile.

Âgé d’à peine onze ans, Dexter Sol Ansell (l’Œuf) rend aussi une copie tout à fait convaincante, malgré sa jeunesse — il sait se montrer taquin et touchant, notamment en opposition avec la relative ignorance de Duncan. Son jeu connaîtra d’ailleurs une subtile évolution au fil des épisodes, pour des raisons narratives, car son statut va profondément évoluer à mesure que le scénario progressera. L’alchimie, en tout cas, les rend très attachants, loin des agendas politiques et des calculs froids des princes et des nobles de Westeros.

Du purin, des princes et un (unique) point de vue

Des ruptures par rapport à ses aînées, A Knight of the Seven Kingdoms en a plein la besace.

Côté ton, la série prend un malin plaisir à tuer dans l’œuf toute tentative de moment épique, ou presque. Vous pensiez voir une pose héroïque ou entendre un discours inspirant ? La série vous servira un contrepoint crasseux, voire une scène de défécation, pour vous rappeler la réalité du Moyen Âge. C’est sale et dégoûtant, et assumé. Duncan fait parfois peine à voir, tant il est gauche dans cet univers de chevalerie très codifié, et les moments suspendus à sa maladresse ne manquent pas.

Duncan dans A Knight of the Seven Kingdoms // Source : HBO Max
Oui, il y a aussi quelques scènes marquantes dans la série. // Source : HBO Max

Côté univers, la rupture est aussi évidente : le contexte temporel, d’abord. Nous sommes plusieurs dizaines d’années après la mort du dernier dragon. Le surnaturel a comme qui dirait quitté Westeros. Il n’y a pas de magie, il n’y a pas de prêtresse énigmatique venue d’une lointaine contrée, ni de péril étrange venu des contrées septentrionales. Une absence de surnaturel qui est aussi une aubaine pour la production, qui a des contraintes budgétaires certaines. Tout, en somme, se résume en un huis clos à ciel ouvert, dans l’enceinte d’un tournoi, avec de la sueur, de la boue et du sang pour les protagonistes.

Côté réalisation, on a également une différence de taille. Le parti pris avec A Knight of the Seven Kingdoms est de se focaliser strictement sur le point de vue de Duncan. On ne parle pas ici de vue à la première personne (ce n’est pas Hardcore Henry), mais d’une caméra qui épouse l’expérience de Duncan (ou l’Œuf, car le duo s’avère indissociable). C’est un choix immersif qui renforce l’intimité du récit, mais qui génère aussi quelques regrets. On se retrouve privé de certaines joutes auxquelles le héros n’assiste pas, laissant hors-champ des moments que celles et ceux qui ont lu la nouvelle attendaient sans doute avec impatience.

L’épisode 5, véritable douche froide après un final incroyable de l’épisode 4

Il faut maintenant le dire : s’il y a bien un point qui a fait trébucher la série, c’est la construction de l’épisode 5. Tout au long de la saison, de courts flashbacks ont été insérés dans le récit pour nous dévoiler petit à petit la jeunesse de Duncan et sa relation avec son mentor, Ser Arlan de l’Arbre-sous. Des petites parenthèses brèves, efficaces, qui se glissaient sans peine dans la narration. Mais le fait est que l’avant-dernier épisode pousse le bouchon vraiment trop loin, qui plus est en cassant la formidable dynamique lancée à la fin de l’épisode 4.

A Knight of the Seven Kingdoms // Source : HBO Max
Aeron Targaryen. Cette année encore, il va vous falloir en retenir plusieurs… // Source : HBO Max

Alors que la tension était à son comble et que les ultimes minutes se sont achevées sur un final magistral (et on pèse nos mots, d’autant que la série, qui n’a pas de générique à proprement parler — une autre rupture avec le reste de la saga –, fait alors intervenir une partition musicale parfaite), la série brise son propre élan dès l’épisode suivant. Très vite, dès le début de l’épisode 5, on se retrouve dans un autre flashback, sauf que celui-ci s’avère être un tunnel interminable sur la jeunesse de Duncan. L’affrontement imminent, promis à la fin de l’épisode 4, est remis à plus tard. Une cassure rythmique déconcertante — une manière, peut-être, de décontenancer le public avec un autre contrepoint — qui, bien qu’intéressante pour le lore, dilue totalement la tension, et nourrit l’insatisfaction. Heureusement, ce long tunnel finit à un moment par s’achever.

Malgré cette bifurcation surprenante dans la réalisation, et pour le moins brutale, ce défaut de rythme ne parvient heureusement ni à gâcher la série dans son ensemble, ni la conclusion de ce premier arc d’A Knight of the Seven Kingdoms. La série, globalement, réussit le pari de proposer une aventure dans Westeros, certes moins grandiloquente que ses aînées, mais qui ramène les enjeux à hauteur d’homme, sans lutte de pouvoirs, question de territoire ou manigance ourdie dans de sombres couloirs. C’est même une respiration appréciable et une parenthèse rafraîchissante dans le sombre univers littéraire de George R. R. Martin.

Le verdict

A Knight of the Seven Kingdoms // Source : HBO
8/10

A Knight of the Seven Kingdoms

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Loin du gigantisme de ses aînées, A Knight of the Seven Kingdoms multiplie les ruptures par rapport à Game of Thrones et House of the Dragon. Pas de générique, pas de magie, pas de dragon, pas de grande bataille ni même d’intrigue politique. Moins d’épisodes aussi, et une durée réduite pour chacun d’eux. Pourtant, la série réussit le pari de raconter une aventure dans l’univers du Trône de Fer à une échelle beaucoup plus modeste, à hauteur d’homme. L’alchimie entre Duncan et l’Œuf fonctionne et ils sont tous les deux très attachants. Elle s’autorise des contrepoints qui sauront déstabiliser le public, mais en lui offrant par ailleurs une respiration rafraîchissante et globalement un peu plus légère dans un univers littéraire connu pour sa noirceur. On regrette malgré tout la brièveté de cette première saison et d’un épisode 5 mal fichu, avec un long flashback qui brise totalement l’excellente montée en tension promise à la fin de l’épisode 4. Mais ce faux pas n’entache en rien cette plaisante parenthèse.
Comparatif svod // Source : Montage Numerama
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