Julian Assange retourne à la case départ : la décision qui a rejeté la demande d’extradition américaine a été annulée en appel.

C’est un coup de tonnerre pour Julian Assange. Le fondateur et porte-parole de WikiLeaks se retrouve de nouveau face à un risque d’extradition vers les États-Unis, qui cherchent à mettre la main sur lui depuis plus de dix ans. La justice britannique vient en effet d’annuler une décision rendue en première instance, qui avait abouti au rejet de la demande américaine.

Aux États-Unis, de nombreux chefs d’accusation ont été retenus contre lui. En tout, Julian Assange risque jusqu’à 175 ans de prison — en somme, la perpétuité.

Dans une courte dépêche de l’AFP diffusée sur Twitter le 10 décembre 2021, on apprend que la cour d’appel de Londres a renversé le jugement rendu en tout début d’année par un tribunal britannique. Ce jugement estimait que le transfert de l’Australien vers les USA aggraverait sa santé mentale, déjà fragilisée par les nombreuses années passées dans l’ambassade équatorienne, sans possibilité de sortir.

Son rôle dans Wikileaks en cause

Julian Assange s’était réfugié dans l’enceinte diplomatique en 2012, car il se disait victime d’une machination entre le Royaume-Uni, la Suède et les États-Unis. Il est resté dans les locaux de l’Équateur jusqu’en 2019, sans possibilité de sortir, car les forces de l’ordre cernaient le bâtiment. Il a fini par être évacué manu militari, dans le cadre d’un changement politique en Équateur.

Depuis 2019, Julian Assange est incarcéré au Royaume-Uni en attendant l’issue de la procédure d’extradition lancée par Washington. Si l’intéressé a pu y échapper en tout début d’année, il n’a en revanche pas pu gagner sur un autre tableau : celui d’une remise en liberté. Pour le tribunal, Julian Assange bénéficie d’un tel soutien qu’il pourrait facilement fuir le pays avant la fin des recours.

Julian Assange
Scène de l’évacuation de Julian Assange de l’ambassade, en 2019. // Source : The Guardian

Washington exige depuis longtemps qu’on lui remette l’Australien pour son rôle actif et prééminent dans Wikileaks, site qui a organisé la publication de centaines de milliers de documents confidentiels issus du gouvernement américain — notamment des télégrammes diplomatiques, mais aussi des fichiers sur les guerres américaines en Afghanistan et en Irak.

Ces diffusions, qui ont apporté un éclairage exceptionnel sur la politique américaine et sur des exactions pendant deux des plus importants conflits dans lesquels se sont impliqués les USA, ont soulevé à cette occasion des débats : sur la manière d’obtenir et de traiter de tels documents, sur la légitimité de Wikileaks comme média, sur la protection des sources et de celle des personnes dont les noms peuvent apparaître dans des fichiers.

Julian Assange reste en prison

Dans l’immédiat, cette décision ne change pas la situation de Julian Assange. La cour d’appel a statué sur la requête de l’administration américaine et l’a approuvée. Cela veut dire que la décision rendue en première instance est effacée. Il va donc falloir que la justice britannique se prononce une nouvelle fois sur la demande d’extradition américaine.

De fait, Julian Assange dispose encore de leviers. Outre le fait que l’extradition pourrait être rejetée une fois encore, le fondateur de Wikileaks pourrait encore former un recours auprès de la Cour suprême britannique. Dans ces conditions, un statu quo devrait être observé encore plusieurs mois, voire quelques années. En attendant, Julian Assange reste en prison.