Une enquête du Wall Street Journal révèle les pratiques impitoyables qu'Amazon a utilisé pour se hisser sur le haut du podium, et dont le groupe continue de se servir aujourd'hui.

La plus grande et plus puissante entreprise au monde est toujours « gérée comme une startup, avec la même volonté de se battre survivre  », commence l’enquête du Wall Street Journal. Les conclusions de l’investigation du journal américain montrent avec une clarté impressionnante que les méthodes de Jeff Bezos, le PDG d’Amazon et homme le plus riche du monde, sont extrêmement violentes envers ses concurrents, et que la plateforme utilise les données récoltées sur son site pour avantager ses propres produits, au détriment des entreprises inscrites sur sa marketplace.

Les accusations de monopole et d’abus de position sont de plus en plus nombreuses contre le géant du e-commerce. Amazon fait l’objet de plusieurs enquêtes aux États-Unis, et la Commission européenne a lancé une procédure contre l’entreprise le mois dernier. La très longue et accablante enquête du Wall Street Journal montre avec de nombreux exemples que les techniques utilisées par Amazon pour imposer sa domination et écraser ses rivaux sont impitoyables.

Vous pouvez retrouver l’enquête complète du Wall Street Journal ici, en anglais.

Des « copies conformes »

Amazon a l’habitude de proposer des produits « clonés », s’inspirant des objets les plus populaires vendus sur sa marketplace, explique l’enquête. Le Wall Street Journal donne l’exemple d’un tripode pour appareil photo vendu par un tiers, qu’Amazon s’est mis à imiter en tout point, et qu’il a mis en vente à un prix inférieur. Pire, le fondateur de la compagnie à l’origine de ces tripodes assure qu’Amazon a bloqué la vente de ces modèles sur la marketplace, en prétendant qu’ils rencontraient des problèmes d’authenticité. Interrogé par le journal, Amazon déclare qu’il n’a jamais violé la propriété intellectuelle du vendeur originel.

Le Wall Street Journal prend également l’exemple de l’entreprise Wayfair, spécialisée dans la vente de meubles. Les équipes d’Amazon auraient créé une unité spécialement dédiée à l’étude des produits vendus par Wayfair, afin de les copier et de les vendre à leur tour.

Source : Amazon France

Plusieurs vendeurs de la place de marché Amazon ont également raconté aux journalistes du Wall Street Journal avoir dû partager avec Amazon des informations confidentielles sur leurs produits. Le géant du e-commerce demande en effet, afin de lutter contre les contrefaçons, à certains vendeurs de fournir des factures pour prouver qu’il s’agit bien de produits originaux. Ces derniers expliquent ensuite avoir remarqué qu’Amazon introduisait peu de temps après ses propres produits, très similaires aux leurs, avec les mêmes fournisseurs, pour des prix inférieurs.

Politique de la terre brûlée

Ce n’est pas tout : quand Amazon n’est pas accusé de copier les produits, le géant n’hésite pas à appliquer une politique de la terre brûlée en vendant des objets à perte. Diapers.com, un site spécialisé dans la vente de couches et de produits pour bébé, a vécu cette expérience : Amazon aurait créé « un plan en 12 étapes » afin de prendre la main sur ses parts de marché, raconte le Wall Street Journal. Au plus fort de l’offensive de la firme, des employés de Diapers.com se sont aperçus qu’Amazon vendait des paquets de couches semblables aux leurs pour 7 dollars de moins. « Ce qu’ils ont fait était illégal, ils ont vendu à perte », a déclaré au Wall Street Journal un ancien dirigeant de Diapers.com.

La multinationale ne se repose jamais sur ses lauriers, et exerce une surveillance constante de ses rivaux. Shopify.com figure depuis peu sur la liste des concurrents à abattre.  Selon le Wall Street Journal, le site canadien connait un peu trop de succès au goût d’Amazon, et il dédierait une équipe entière à l’analyse de leur business model afin de le répliquer.

Amazon Centre logistique entrepôt rayon
À l’intérieur du centre logisitique de Chalon. // Source : Amazon

Amazon nie

Contacté par les journalistes américains, Amazon a refusé de répondre aux questions sur ses tentatives d’étouffer la concurrence. La firme a par contre déclaré qu’il était normal pour les entreprises spécialisées dans la vente de se renseigner sur leurs concurrents, afin de voir quels produits mettre en avant.

Amazon a également nié exercer une quelconque sorte de monopole. « Les grandes entreprises ne sont pas forcément dominantes par défaut », a répondu la multinationale, « et estimer que le succès d’une entreprise est seulement dû à des pratiques anti-compétitives est simplement faux ».

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