La mention de Hong Kong, Taïwan ou Macao parmi d'autres pays à travers le langage de programmation pour enfants Scratch a été très mal perçue en Chine. Depuis la mi-août, des mesures de restriction sont observées à l'encontre de cet outil d'apprentissage.

La politique d’une seule Chine s’applique aussi au niveau des logiciels. C’est en tout cas ce que veut de toute évidence imposer Pékin, au regard des récentes mésaventures de Scratch dans l’Empire du Milieu. Le site GreatFire.org, dont le rôle est de documenter les actions prises par le pouvoir pour censurer Internet, a constaté un blocage complet de Scratch.mit.edu depuis le 7 septembre.

Scratch est un langage de programmation élaboré par le célèbre MIT, via son Media Lab. Sa particularité est qu’il vise un jeune public. Pour cela, l’outil d’apprentissage se sert d’une interface graphique dans laquelle il faut simplement combiner des briques entre elles, et dans le bon ordre (car chaque brique a un rôle bien précis), pour écrire ses instructions informatiques.

La simplicité de Scratch fait qu’il est par exemple employé par Google pour initier les plus jeunes à la programmation, mais aussi dans divers projets survenant dans le cadre de la semaine européenne du code. Il faut dire que le succès de Scratch est aussi aidé par le fait qu’il est gratuit, disponible dans plusieurs langues et convivial à utiliser — il est ainsi traduit en 40 langues et sert dans 150 pays.

Des mentions qui ne passent pas en Chine

Mais alors, quel est le problème ? Le problème, comme cela a été évoqué une première fois courant août sur un fil de discussion dans les forums de Scratch, puis repris dans la presse anglophone, c’est que des paramètres font mention de Hong Kong, Macao et Taïwan dans une liste de « pays », alors que, vu de Chine, il ne s’agit que de subdivisions soumises à Pékin, ayant le statut de provinces ou de villes.

« Le 14 août 2020, le gouvernement chinois a bloqué l’accès à Scratch.mit.edu et à tous les sous-domaines connexes pour qu’ils ne soient pas consultés en Chine. Il s’agit d’un souci important ; pour information, près de trois millions de personnes disposent d’un compte marqué comme provenant de Chine », a alerté un internaute à l’origine du fil de discussion, qui a engendré des dizaines de réponses.

Sur GreatFire.org, des blocages ont été repérés depuis la Chine les 20 et 27 août, ainsi que les 7 et 8 septembre. Aucune information n’est disponible pour les autres jours. Cela étant, le site précise n’avoir effectué que onze tests pour ce domaine spécifique. D’autres font l’objet de vérifications plus régulières, comme Google.com, qui a été testé 73 fois au cours des 90 derniers jours.

Les blocages documentés par GreatFire.

Une publication datée du 21 août dans un média chinois et relayée par TechCrunch conforte cette piste, car le cas de ces trois localités y est évoqué, ainsi que l’allégation selon laquelle des projets sur Scratch contiennent « beaucoup de contenu humiliant, faux et diffamatoire sur la Chine ». L’article figure sur le centre d’informations Internet de Chine, qui est décliné en français, un service d’information piloté par Pékin.

Scratch est très utilisé en Chine

Les utilisateurs de Scratch en Chine représenteraient un peu plus de 5,6 % de l’ensemble de la communauté internationale. À titre de comparaison, la France compte pour presque 2 % du total (plus d’un million de profils recensés), derrière des pays comme la Pologne, le Royaume-Uni ou l’Espagne. C’est aux États-Unis que la communauté est la plus étoffée, avec plus de 22 millions de profils (plus de 40 % du total).

La part d’utilisateurs en Chine serait en réalité bien supérieure. Cité par nos confrères, le patron chinois d’une startup de développement située à Shenzhen a assuré que « Scratch est très largement utilisé en Chine par les étudiants. Dans les écoles, il figure dans de nombreux manuels officiels pour les élèves du primaire. Il existe de nombreux concours de codage pour les enfants qui utilisent Scratch ».

Il est précisé que les restrictions mises en place par le pouvoir central contre Scratch visent le site et sa communauté, via le forum notamment, et non pas l’outil lui-même, qui peut toujours être téléchargé et utilisé localement. Il reste à savoir si ce statu quo perdurera ou si les autorités s’attaqueront aussi au langage lui-même. Les effets de cette situation sur les futures mises à jour de Scratch sont incertains.

Les responsables de Scratch n’ont pour l’heure pas pris la parole.

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