Deux vidéastes qui montraient des « techniques » pour aborder des femmes dans la rue ont été bannis de YouTube. L'un d'entre eux a été condamné pour comportement menaçant et abusif.

Les « pick-up artists » sont en théorie des « experts en séduction ». Pour y parvenir, certains dépassent largement les limites. L’un d’entre eux a été condamné au Royaume-Uni pour avoir harcelé, tenté d’agresser et menacé des femmes dans la rue. YouTube a supprimé sa chaîne, ainsi que celle d’un groupe de pick-up artists douteux, a rapporté la BBC ce 7 octobre.

Extrait d’une vidéo publiée sur la chaîne de « Addy A-game ». // Source : Capture d’écran YouTube / HoorayPerfect

Les pick-up artists publiaient leurs prétendus exploits sur les chaînes YouTube Addy A-Game et Street Attraction. Ils avaient des centaines de vidéos, et plusieurs dizaines de milliers d’abonnés.

Myles Bonnar, un journaliste de la BBC, a enquêté à leur sujet.

Adnan Ahmed, de la chaîne Addy A-Game, avait mis en ligne au moins 250 vidéos, dans lesquelles il se vantait de ses exploits sexuels. Il leur donnait des titres volontairement provocateurs comme « J’approche des filles qui sont avec leur petit-ami » ou des titres grossophobes (« les femmes grosses devraient s’en prendre à elles-mêmes  »). Ses conseils étaient particulièrement misogynes, d’après le journaliste de la BBC.

Pour cet homme, la drague de rue était un «  jeu », pour lequel il n’hésitait pas à dépasser des limites. Dans une vidéo, il filme par exemple une femme en train de dormir, avec un préservatif à ses côtés, se vantant de l’avoir « séduite ». Il publiait aussi des enregistrements de ses rapports sexuels. Les femmes semblaient ne pas savoir qu’elles étaient enregistrées. Il indiquait aussi qu’il ne fallait pas écouter les mots des femmes mais plutôt « leur corps ». «  Elles veulent que vous preniez le dessus, rappelez-vous que ce n’est pas du viol », disait-il. Il faisait ainsi abstraction du fait que le corps peut mécaniquement envoyer des signes de plaisir, même lorsqu’il s’agit d’un rapport non consenti. Il s’agit d’un mécanisme involontaire, et courant, comme l’expliquait L’Obs dans un article.

Une douzaine de victimes ont témoigné auprès de la police

Plusieurs femmes approchées par Adnan Ahmed ont témoigné. Il a abordé l’une d’entre elles, alors qu’elle avait 17 ans à l’époque, en lui disant qu’elle serait « mieux qu’une prostituée ». Il lui a demandé à plusieurs reprises son numéro de téléphone, a tenté de la toucher, malgré ses refus répétés. Elle raconte avoir été « terrifiée » par cette agression.

Une autre femme, qui avait 20 ans et ne savait pas qu’une vidéo d’elle avait été publiée sur YouTube, raconte qu’elle a tenté de rejeter ses avances « gentiment ». Lui, a indiqué en vidéo qu’il «  aurait sûrement une relation sexuelle avec elle ».

Après la publication d’un premier reportage sur Adnan Ahmed, devenu viral, une manifestation a eu lieu à Glasgow, devant le Parlement. Plusieurs victimes y étaient présentes. D’autres ont témoigné dans la foulée, racontant que le vidéaste les avait suivies jusqu’à leur maison ou harcelées devant leur lieu de travail, qu’il avait été menaçant. Il publiait des photos de femmes dénudées sur Instagram et YouTube, d’après une ancienne amie.

« Addy A-game ». // Source : Capture d’écran YouTube / HoorayPerfect

Plus d’une douzaine de femmes ont témoigné auprès de la police et l’homme a été arrêté deux jours plus tard.

En septembre, le propriétaire d’Addy A-Game, âgé de 38 ans, a finalement été condamné pour son comportement abusif et menaçant envers de jeunes femmes. Il a été reconnu coupable de 5 chefs d’accusation. Une jeune femme âgée de 18 ans a notamment témoigné d’une tentative d’agression sexuelle.

Des femmes enregistrées en pleins ébats contre leur gré

La seconde chaîne bannie par YouTube, Street Attraction, offre des stages de conseils en séduction, en ligne et des « mises en situation réelle ». Ils promettent « de pouvoir séduire de belles femmes en deux jours ». Leur chaîne avait plus de 110 000 abonnés.

Le fondateur de la chaîne, Eddie Hitchens, racontait qu’il n’était « pas facile » d’enregistrer ses ébats sexuels lorsque sa partenaire n’y consentait pas. Il en publiait sur YouTube. Pour lui, si les femmes avaient été au courant, elles n’auraient « pas agi de manière naturelle. » Il filmait tout de manière discrète, sans les mettre au courant.

Le journaliste de la BBC a assisté à des stages proposés par Street Attraction. Il aurait été invité par Eddie Hitchens à aborder des adolescentes, alors qu’il a lui-même 31 ans. Il dit avoir refusé et le pick-up artist lui aurait alors conseillé d’être « moins sélectif ». « Même si elles sont mineures, ce n’est pas illégal de les aborder. C’était une bonne cible », aurait-il dit.

Il lui aurait ensuite donné des conseils pour « surmonter », c’est-à-dire ne pas prendre en compte le refus des femmes abordées, lorsqu’il s’agissait d’avoir des rapports sexuels. Les coachs auraient recommandé d’aller à l’encontre du consentement des femmes durant les rapports. Ils estimeraient que c’est « ok » d’agir ainsi et d’agresser sexuellement celles qu’ils appelaient des « cibles ».

Eddie Hitchens a ensuite nié tout ceci, expliquant que tout ceci n’était rien d’autre « que de l’art (…) consensuel ». « Nous aidons des hommes, a-t-il dit. Au final, nous empêchons la culture du viol en évitant à ces hommes de commettre des actes illégaux ou non consentis. » Pour lui, prôner le harcèlement serait ainsi une manière de limiter les violences sexuelles… Un discours sexiste, qui sous-entend que les hommes seuls ne seraient pas capables de ne pas agresser des femmes.

Interrogé sur un enregistrement non consenti et publié sur YouTube, l’un des membres de Street Attraction a affirmé que les femmes seraient des «  actrices ». Peu de temps après, il supprimait pourtant la vidéo concernée.

Experts en séduction ou en culture du viol ?

Le phénomène des pick-up artists, qui concerne presque exclusivement des hommes hétérosexuels, est régulièrement pointé du doigt pour ses dérives. Les femmes sont souvent abordées sans être prévenues qu’elles sont filmées. Les « experts en séduction » n’hésitent souvent pas à insister lorsqu’elles refusent, à commenter leur physique, à se montrer lourd, voire à les harceler. Ils diffusent également des discours problématiques à l’attention des hommes qu’ils conseillent. Peu apprennent à respecter les limites données par les inconnues ou parlent de consentement.

C’est auprès de Street Attraction qu’Adnan Ahmed s’était «  formé ». Derrière leurs vidéos, certains cachent un véritable business. Ils organisent, comme Eddie Hitchens, des stages de coaching. Ils n’ont pas de formation : leur notoriété vient de leurs blogs ou chaînes YouTube.

Eddie Hitchens se définissait lors du stage comme un « hétérosexuel addict au sexe ». Il « drague » dans la rue depuis 2005 selon lui, et coache depuis 2011. Il serait aujourd’hui à la tête d’un business de plusieurs millions d’euros, grâce à ses conseils à destination des hommes hétérosexuels…

YouTube a désactivé les deux chaînes pour non-respect de son règlement sur la nudité ou la conduite sexuelle. Ce type de sanctions est très rare sur YouTube. La plateforme ne prend de telles mesures que dans des cas extrêmes, comme lorsqu’un vidéaste avait été condamné pour abus sur mineures.

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