Le fondateur de WikiLeaks, qui s'est enfermé dans l'ambassade de l'Équateur à Londres depuis 2012, laisse ses fonctions à l'ancien porte-parole du groupe.

Julian Assange n’est plus le rédacteur en chef de WikiLeaks, le site qu’il a fondé en 2006. Il a nommé à ce poste Kristinn Hrafnsson, le porte-parole de l’organisation entre 2010 et 2016. Le fondateur de WikiLeaks conserve cependant le poste de directeur de publication.

Depuis mars 2018, Julien Assange n’a plus accès aux moyens de communication — notamment à son Twitter, repris par un groupe de soutien –, à part pour contacter ses avocats. Les autorités équatoriennes ont coupé ses communications et sa connexion Internet après qu’il a dérogé une nouvelle fois à leur interdiction de faire du commentaire politique.

Pour ceux qui seraient perdus dans la chronologie qui a menée le cyber-militant dans cette situation, résumons.

En août 2010, Julian Assange est recherché par des autorités suédoises, puis par Interpol, pour des accusations de viols. Quatre mois plus tard, il finit par coopérer, et se rend à la police londonienne. En février 2011, un juge britannique valide son extradition vers la Suède. Julian Assange perd ses recours en appel, jusqu’à la cour suprême britannique. Pour échapper à son départ en Scandinavie, l’Australien demande l’asile auprès de l’ambassade de l’Équateur à Londres. Il l’obtient le 19 juin 2012, et n’a pas quitté les lieux depuis.

La nomination de Kristinn Hrafnsson devrait être sans conséquence sur la ligne éditoriale du média. Depuis mars, le journaliste islandais occupait déjà la position d’un point de vue fonctionnel, sans que WikiLeaks ne se détourne de sa ligne récente.

Julian Assange, au balcon de l’ambassade de l’Équateur à Londres, où il s’est enfermé depuis 2012 // Source : Snapperjack – Wikimédia

L’organisation n’est cependant pas au mieux, avec un procès contre le Comité Démocrate National américain qui l’accuse d’avoir coopéré avec la Russie pour voler les informations des présidentielles de 2016. Le site avait publié 20 000 e-mails de communications entre démocrates, et aidé au basculement des élections contre la candidate Hillary Clinton. La justice américaine a inculpé 12 espions russes, les accusant d’avoir volé ces informations, celles de 500 000 votants américains, en plus d’avoir envoyé des articles dans le but d’influencer les élections.

Enfermé dans l’ambassade… jusqu’à s’en faire extrader ?

Du côté de Julian Assange, il ne semble pas décidé à quitter son asile, même si l’enquête pour viol qui l’avait menée à s’enfermer dans l’ambassade a été classée sans suite. Bien qu’il soit désormais citoyen équatorien depuis janvier 2018, les dirigeants du pays laissent de plus en plus paraître leur agacement et des menaces d’expulsion. S’il quittait les lieux, le cyber-activiste serait alors immédiatement arrêté par les autorités britanniques, puis éventuellement extradé aux USA.

Les journalistes sont de plus en plus prudents avec les informations divulguées par WikiLeaks, Numerama y compris. Son nouveau rédacteur en chef s’était fait connaître en divulguant des vidéos des bavures mortelles de l’armée américaine en Irak, à une époque où la réputation de WikiLeaks comme lanceur d’alerte était intacte. Peut-être arrivera-t-il a tirer le média de son impasse.

Quant à Assange, en décembre 2017, l’Équateur souhaitait lui accorder l’asile à sa capitale Quito, ou le nommer diplomate équatorien pour qu’il reste à Londres, voire qu’il aille en mission en Russie. Il avait refusé les deux options, auxquelles les autorités londoniennes se seraient opposées, puisqu’il est toujours sous mandat d’arrêt.

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