Un rapport de l’OMS montre une augmentation du nombre de victimes de cyberharcèlement chez les enfants et les ados depuis quelques années, de même qu’une hausse de cyberharceleurs. Pour le directeur régional de l’OMS en Europe, il s’agit d’une urgence « de santé et de droits de l’Homme ».

« Ce rapport est un signal d’alarme pour que nous nous attaquions au harcèlement et à la violence », alerte Hans Kluge, directeur régional de l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) en Europe, dans un communiqué. Ce rapport, mené en 2021-2022 dans 44 pays et publié fin mars 2024, montre que 11 % des enfants et des adolescents ont vécu du harcèlement scolaire. Dans le domaine du numérique, le chiffre est supérieur : 16 % ont vécu du cyberharcèlement, un phénomène en augmentation depuis le précédent rapport de 2018. Et ce n’est pas le premier rapport allant en ce sens.

« Les jeunes passant jusqu’à 6 heures par jour en ligne, tout changement, même minime, dans les taux de harcèlement et de violence peut avoir de profondes répercussions sur la santé et le bien-être de milliers d’entre eux », indique Hans Kluge. Il rappelle effectivement les conséquences dévastatrices du harcèlement scolaire et du cyberharcèlement, qui vont de séquelles traumatiques à l’automutilation et le suicide.

Le covid a aggravé le cyberharcèlement

Depuis 2018, un événement bien particulier est intervenu : la pandémie liée à la maladie Covid-19. L’OMS relève que, durant la crise sanitaire, et en particulier les confinements, « les mondes des jeunes sont devenus de plus en plus virtuels ». Selon l’organisation, cela a participé à accroître les formes virtuelles de violence.

Le cyberharcèlement s'est aggravé chez les jeunes ces dernières années. // Source : Canva
Le cyberharcèlement s’est aggravé chez les jeunes ces dernières années. // Source : Canva

Un aspect préoccupant du rapport est aussi à trouver dans son revers : si le nombre de victimes augmente, c’est aussi le nombre de cyberharceleurs et de cyberharceleuses qui est en hausse. Entre 2018 et 2021-2022, le nombre garçons pratiquant le cyberharcèlement est passé de 11 % à 14 % ; le nombre de filles de 7 % à 9 %.

« Il s’agit d’une question de santé et de droits de l’Homme »

Hans Kluge

Les données du rapport montrent que le « pic » de cyberharcèlement intervient à l’âge de 11 ans pour les garçons, 13 ans pour les filles, et que le milieu socioéconomique n’a pas d’impact significatif que les risques d’être victimes ou agresseurs (sauf au Canada, où les enfants de milieux plus modestes font face à davantage de harcèlement).

« Il s’agit d’une question de santé et de droits de l’Homme », rappelle Hans Kluge, « et nous devons prendre des mesures pour protéger nos enfants contre la violence et les agressions, tant hors ligne qu’en ligne ».

« Investir davantage » dans la lutte contre le harcèlement scolaire

De fait, l’Organisation mondiale de la Santé appelle à une meilleure action collective dans chaque pays pour gérer ce fléau. Elle invite notamment à « investir davantage » dans la lutte contre les violences entre jeunes. Il est même urgent « d’éduquer les jeunes, les familles et les écoles aux formes de cyberharcèlement et à leurs implications », de même que de légiférer sur les réseaux sociaux.

Impliquer « tous les niveaux de la société »

Dr Joanna Inchley

Dans le communiqué de l’OMS, le Dr Joanna Inchley insiste ainsi sur le besoin d’interventions rapides et solides « impliquant tous les niveaux de la société », en plus de politiques scolaires « qui cultivent l’empathie, le respect et la résilience chez les adolescents ».

La santé physique et mentale des jeunes a effectivement un impact sur la santé de la société dans son ensemble : le harcèlement scolaire, et sa dérive en cyberharcèlement, est un problème politique à grande échelle. Les chiffres en augmentation prouvent une faillite, pour l’heure, dans la gestion de ce problème. Ne serait-il pas temps de répondre pleinement au « signal d’alarme » lancé par l’Organisation mondiale de la Santé ?

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