Les anciens modèles de téléphones sont encore privilégiés par le milieu du crime pour leur sobriété et l’absence de connexion internet. Néanmoins, les gendarmes disposent de plusieurs moyens pour retrouver les informations nécessaires.

Les vieux téléphones à clapet sont encore utilisés par deux catégories de personnes : les grands-parents et les dealers. Pour tous ceux qui ont choisi la voie du crime, les anciens modèles sont moins connectés, accumulent moins de données – pas de GPS, pas de connexion Wifi – et offrent donc moins de preuves en cas de saisie des forces de l’ordre.

Le téléphone se limite ainsi aux messages, aux appels et au carnet d’adresses, le tout contenu généralement sur la carte SIM. Et lorsque, la sirène bleue résonne, le malfaiteur tente d’effacer son passé avec un généreux coup de pied pour écraser l’appareil.

Maintenant, brisons le mythe : toutes ces mesures de sécurité ne sont pas imparables. Le Commandement de la gendarmerie dans le cyberespace (ComCyberGend) dispose d’un laboratoire numérique pour analyser les objets comme les logiciels informatiques. Si les forces de l’ordre récupèrent le téléphone, il y a de fortes chances qu’elles trouvent ce dont elles ont besoin, quel que soit le modèle du téléphone. Cette unité dissèque constamment des appareils et analyse les méthodes de déverrouillage pour trouver les données. C’est ce pôle, également, qui était parvenu à créer un logiciel pour intercepter les messages entre criminels sur le réseau de téléphones Encrochat.

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Un gendarme inspecte les composants d’un smartphone. Source : ComCyberGend

« La complexité pour récupérer la mémoire varie selon les modèles. Les téléphones anciens, à clapet, ne sont pas du tout impénétrables. La majorité des cas d’usage sont effectivement des téléphones écrasés, brisés, parfois percés, et même dans ce cas-là, on parvient encore à récolter des indices », nous indique un officier du ComCyberGend.

Retracer les coups de fil depuis les antennes relais

Les briques Nokia et les clapets Motorola ne sont d’ailleurs pas toujours adaptés aux ambitions des dealers. La communication sur les réseaux sociaux, notamment Snapchat, fait partie des moyens de promotions des produits illicites. Dans ce cas-là, les gendarmes sont d’autant plus à même de retrouver les acteurs du trafic. C’est un point noir, en revanche, lorsqu’il s’agit d’analyser un smartphone trop récent. Une mise à jour de l’interface Android ou iOS peut compliquer la tâche des experts qui doivent trouver les failles de sécurité dans un système encore nouveau.

L’autre technique pour trouver des pistes consiste à employer la méthode dite du net monitoring. Cas d’exemple : les gendarmes récupèrent un téléphone et se rendent sur un lieu précis pour lister les antennes relais qui ont été utilisées pour passer un coup de fil. Cela permet de confirmer si le suspect en question se trouvait bien à cet endroit et le confronter ensuite aux témoignages ou à l’alibi. La 5G devrait d’ailleurs améliorer la précision du traçage du coup de fil.

Si les moyens employés par le laboratoire numérique sont efficaces, ce dernier se limite à un peu plus de 300 dossiers par an, pour une trentaine d’employés. L’unité est réquisitionnée par le juge dans des cas précis, étant donné que l’on touche à la vie privée des citoyens. Rien n’empêche un gendarme de les appeler pour avoir les conseils nécessaires sur un produit technologique et faire ainsi avancer l’enquête.