L'entreprise fondée par Andy Rubin, que l'on surnomme le père d'Android, met la clé sous la porte. Elle n'est pas parvenue à trouver le soutien nécessaire pour tenter un rebond dans les smartphones. La liquidation du groupe aura des effets très concrets sur la clientèle.

C’est la fin de l’aventure pour Essential. Dans un message paru le 12 février, l’entreprise américaine, qui avait tenté sa chance sur le marché des smartphones depuis 2015, annonce sa liquidation faute de perspective commerciale. La société fondée par Andy Rubin, que l’on présente comme le père du système d’exploitation Android, emporte dans sa tombe un smartphone et un service de messagerie.

Pour la clientèle d’Essential, cette disparition a des conséquences très concrètes. Celles et ceux qui possèdent le smartphone PH-1 — il s’agit du seul qu’a lancé le groupe, en 2017 — doivent savoir qu’il n’y aura plus aucune mise à jour logicielle. L’ultime correctif de sécurité a été diffusé le 3 février 2020. Il n’y en aura pas d’autres. Le smartphone continuera bien sûr de fonctionner, mais sans support ni évolution.

L’Essential Phone. // Source : Essential

Quant aux personnes qui comptaient sur Newton Mail, un service payant de messagerie, il va falloir envisager dès maintenant une alternative. La plateforme cessera de fonctionner le 30 avril 2020. C’est bien entendu très contrariant, mais il faut se rappeler que l’existence actuelle de Newton est inespérée, car l’outil était censé avoir fermé ses portes… jusqu’à ce qu’Essential tente de le relancer en 2019.

À toutes fins utiles, Essential va quand même publier sur GitHub des ressources qui sont censées permettre à celles et ceux qui le peuvent de bidouiller le code du PH-1 pour le faire évoluer. Il reste à savoir néanmoins si une communauté de développeurs se constituera de façon pérenne et sera en mesure de pallier, même partiellement, le travail qu’effectuaient jusqu’à présent les équipes de l’entreprise.

Pivot dans le logiciel et rebond dans le smartphone

Après le PH-1, Essential a cherché à étoffer sa gamme, mais aussi à faire un pas de côté par rapport à ce que l’industrie du smartphone propose. Ainsi, la compagnie a commencé à en parler peu avant l’été 2019, mais c’est à l’automne que le projet GEM a été dévoilé. Mais la sauce n’a pas pris, à cause sans doute de ses dimensions vraiment atypiques — il s’agit d’un téléphone très allongé et mince, loin des standards actuels.

C’est ce décalage entre le projet et le marché qui a été fatal à l’entreprise, celle-ci étant déjà en grande difficulté. « Malgré tous nos efforts, nous avons emmené GEM aussi loin que nous le pouvions et nous n’avons hélas aucune perspective pour le livrer aux clients. C’est pourquoi nous avons pris la décision difficile de cesser nos activités et de fermer Essential », écrit la startup dans son billet de blog.

Nous n’avons hélas aucune perspective pour livrer GEM aux clients

Sur le plan commercial, la société n’avait pas réussi à faire du PH-1 le succès espéré, alors même qu’il s’agissait d’un produit de bonne facture, et cela malgré des baisses de prix qui devaient relancer les ventes. La production de l’appareil a fini par être stoppée fin 2018 et un pivot partiel dans les logiciels a été entrepris, avec l’achat de Newton Mail, qui devait assurer une source de revenus via un système d’abonnement.

Aux difficultés que peut rencontrer toute entreprise (outre le fait qu’elle évolue dans un secteur extrêmement concurrentiel), Essential se trouvait dans une situation médiatique très paradoxale. Elle bénéficiait certes de la notoriété d’Andy Rubin, ex-cadre de Google qui lui a permis de prendre le contrôle du secteur mobile, mais souffrait aussi de son discrédit moral du fait d’allégations de harcèlement sexuel.

Partager sur les réseaux sociaux