Canal+, en coupant sans crier gare la diffusion des chaînes de TF1, a provoqué une baisse d'audience significative sur les programmes de la première chaîne. Un constat qui pourrait inciter les opérateurs à jouer la même carte pour obliger le groupe télévisuel à réduire ses prétentions.

Le bras de fer dans lequel s’est engagé le groupe TF1 pour exiger des entreprises qui rediffusent ses chaînes de télévision le versement d’une contribution est en train de tourner à son désavantage. Après Orange, qui a refusé de céder et qui a suspendu ses campagnes publicitaires sur la première chaîne, et Canal+, qui a carrément coupé la retransmission des programmes, Free pourrait aussi agir.

Free prêt à couper la diffusion de TF1 ?

Selon Le Figaro et Les Échos, le FAI attendrait la fin de son contrat de distribution, qui arrive à échéance le 31 mars 2018, pour cesser de proposer les chaînes de TF1 (TF1, TMC, TFX, TF1 Séries Films et LCI) à ses abonnés… sauf si la première chaîne reprend contact avec des prétentions moins élevées. Avec une présence dans 6,5 millions de foyers, Free a un levier certain pour faire pression.

Et si l’opérateur avait encore quelques doutes sur l’effet qu’une coupure de signal aurait sur TF1, la récente action de Canal+ les a certainement levés. En effet, une corrélation a été observée entre l’arrêt de la retransmission des programmes par la chaîne cryptée, via son service de CanalSat, dans la soirée du jeudi 1er mars, et l’importante chute d’audience de plusieurs émissions de la première chaîne.

Le télé-crochet The Voice, l’émission 50 min inside, la série Demain nous appartient et même le journal télévisé de 20 heures ont décroché, et de manière significative : tous ces programmes ont reculé de quelques points dans les audiences, ce qui a parfois fait les affaires du service public, en particulier France 2, qui s’est parfois placé devant sa rivale historique au cours du week-end.

Tour TF1
CC Gabriel Jorby

Dépendance relative de la chaîne

Pour TF1, cette chute est désastreuse car elle expose la dépendance, relative, du groupe aux opérateurs qui diffusent ses contenus. Or, les entreprises qui achètent des emplacements aux heures de grande écoute — et les programmes mentionnés ci-dessus sont parmi les plus suivis à la télévision — n’ont aucune envie de verser des sommes importantes si le public est moins présent qu’à l’accoutumée.

De fait, une alliance objective pourrait prendre forme entre Canal+, Orange et Free pour présenter un front commun contre TF1. Ce dernier réclame à ces trois distributeurs audiovisuels le paiement d’environ 20 millions d’euros à Canal+ et Free, et 30 millions d’euros à Orange — le montant dépendant de l’importance de chaque groupe dans la retransmission.

Toutefois, le conflit ne s’étendra pas à Bouygues Telecom et SFR. Les deux opérateurs ont en effet accepté de signer un accord de distribution avec TF1. Dans le cas de Bouygues, il était très improbable de croire à une opposition, puisque l’opérateur dépend du groupe industriel du même nom, qui s’avère être le premier actionnaire de TF1. Naturellement, il a été fait en sorte que les deux filiales s’entendent.

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