Il n’aura fallu qu’une journée.
Vendredi 12 juin, SpaceX a débarqué sur le Nasdaq sous le ticker SPCX avec une ouverture à 150 dollars, soit une prime de 11 % sur le prix d’introduction fixé à 135 dollars la veille au soir.
En début d’après-midi à New York, le titre avait atteint un pic intrajournalier de 176,52 dollars. À la clôture, SpaceX affichait une capitalisation boursière dépassant les 2 100 milliards de dollars, la plaçant au sixième rang des entreprises les plus valorisées cotées aux États-Unis.
Plus de 500 millions d’actions ont changé de mains en une séance, un volume qui s’approche du record établi par Facebook lors de ses débuts en bourse en 2012.


Le précédent record d’IPO appartenait au pétrolier saoudien Saudi Aramco, qui avait levé 29 milliards de dollars en 2019. SpaceX l’a pulvérisé en levant 75 milliards. Elon Musk est devenu officiellement le premier trillionnaire de l’histoire, grâce à la combinaison de ses participations dans SpaceX et Tesla.
Mais sur quoi les investisseurs ont-ils réellement misé ?

Un pari sur quatre univers à la fois
Comme l’expliquait l’analyse publiée avant l’IPO, acheter une action SPCX revient à miser d’un coup sur quatre activités très différentes : les lanceurs spatiaux, l’accès Internet par satellite (Starlink), un réseau social planétaire (X) et l’infrastructure IA du groupe, SpaceX louant désormais sa puissance de calcul à toute l’industrie, y compris à Anthropic et Google.
Le problème, c’est que seul Starlink est dans le vert. La division satellite représente 61 % des revenus du groupe en 2025, et c’est la seule à dégager des bénéfices. Le segment IA, lui, a affiché une perte opérationnelle de 6,35 milliards de dollars. Résultat : sans la fusion avec xAI, SpaceX était bénéficiaire en 2024. Avec elle, l’entreprise a perdu 4,94 milliards en 2025, et 4,28 milliards supplémentaires au seul premier trimestre 2026.
La gouvernance est un autre point de friction qui aurait pu refroidir davantage. Musk contrôle 85,1 % des droits de vote via une structure d’actions à deux vitesses, les investisseurs publics n’ont qu’une voix par action, contre dix pour lui.
À quoi va servir l’argent levé ?
Reste que ces alertes n’ont manifestement pas freiné grand monde.
Selon le document officiel déposé avant l’introduction en Bourse, cette IPO aura comme premier objectif d’éponger une partie des dettes contractées par le groupe, dont 20 milliards de dollars constituent un prêt-relais à court terme devant être remboursé dans les six mois suivant la cotation. Une part significative des 75 milliards levés servira donc d’abord à éteindre ce passif contracté lors de la fusion xAI.
Le reste ira vers ce que Musk a décrit lors d’un livestream organisé par JPMorgan Chase avant l’ouverture : plus de 100 000 satellites Starlink en orbite, et des centres de données installés dans l’espace, un projet dont la première phase est annoncée pour 2028.
La suite pour les investisseurs ? SpaceX devrait entrer début juillet dans le Nasdaq-100, l’indice de référence des grandes valeurs technologiques américaines. Conséquence mécanique : tous les fonds d’investissement qui répliquent cet indice, dont certains pèsent plusieurs centaines de milliards de dollars, seront obligés d’acheter des actions SPCX pour rester conformes à leur mandat. Une deuxième vague d’achat, automatique celle-là, sans qu’aucun investisseur n’ait eu à se prononcer sur la valeur réelle de l’entreprise.
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