Un article paru dans la presse régionale bretonne a mis en lumière la mise en place de lits connectés dans une résidence universitaire, dans le cadre d'un programme pilote. La présentation des faits a laissé craindre pour la vie privée des étudiants. Si le concepteur des lits s'en défend, le Crous local a préféré tout arrêter.

L’Internet des objets s’insinue décidément partout, même dans des lits équipant une résidence universitaire. C’est ce qu’indique 20 Minutes : à partir de cette rentrée, 10 lits sur les 150 de la résidence étudiante Maine 1 sur le campus de Villejean, à Rennes, devaient être modifiés pour accueillir trois capteurs WiFi. Le but affiché ? Connaître leur état d’usure et ainsi permettre au Crous local de savoir avec précision s’il lui faut prochainement remplacer son mobilier.

Mais le projet n’est pour l’instant plus d’actualité,  au vu du tollé suscité sur les réseaux sociaux après la publication d’un article de Ouest France intitulé « Étudiants : dormez, vos lits sont surveillés ».

Contacté par Numerama, Paul Malignac, le directeur général d’Espace Loggia, nous annonce que le projet est aujourd’hui suspendu : « on ne sait pas si le projet ira à son terme. On attendait que la rentrée démarre avec les étudiants pour faire des tables rondes avec eux à ce sujet, et voir s’ils étaient partants pour ce programme pilote. On était vraiment dans une co-création avec le Crous ». Mais devant la mauvaise presse causée par certains articles, tout est maintenant à l’arrêt.

« La direction du Crous informe que l’expérimentation portant sur dix lits connectés auprès de la résidence universitaire Maine n’était pas encore en service. Cette solution nouvelle proposée par l’installateur des mobiliers, si elle avait été mise en place, aurait été présentée aux étudiants et n’aurait concerné que des volontaires. Elle est à ce jour annulée. Les équipements seront retirés dans les prochains jours », annonce un communiqué.

Un exemple de chambre équipée par Loggia avec un lit escamotable.

À l’origine, nous explique le responsable du projet, il s’agissait de placer des capteurs afin de produire des données techniques et en aucune façon des données d’usage. En l’espèce, les sondes devaient vérifier le bon état du mécanisme mural — il s’agit de lits escamotables se rangeant au plafond, avec un système de contrepoids, des rails et des câbles — et ainsi faire de la maintenance préventive, en envoyant des techniciens dès que l’état de santé du lit descend sous un certain seuil.

Et surtout, insiste Paul Malignac, « rien n’a commencé. Les capteurs ne sont pour l’instant connectés à rien ». Par ailleurs, tout allait se faire sur la base du volontariat, donc avec un retour recueilli auprès des étudiants. C’est ce que rappelle un communiqué publié par une filiale de l’Espace Loggia démentant la façon dont un article de Ouest France a présenté les choses : « aucun élément de collecte et de transmission des données n’est à ce jour mis en place ».

Rien n’a commencé. Les capteurs ne sont pour l’instant connectés à rien

« Ce n’est absolument pas un programme de ‘flicage’, mais bien un programme de maintenance visant à réduire les coûts et optimiser la gestion du mobilier de la résidence étudiante. Nous sommes capables de savoir si un mécanisme fonctionne, nous ne sommes pas capables de tracer ce que font les étudiants dans leur chambre », écrit la filiale. « On n’en a de toute façon pas besoin pour ce que l’on fait ; ce n’est pas du tout notre sujet », observe Paul Malignac.

Reste que ces précisions arrivent sans doute trop tard : le Crous local a pour l’instant décidé de ne plus donner suite au projet et il risque de ne plus vouloir en entendre parler pour maintenir une certaine paix sociale avec les jeunes. Pour sa part, le syndicat Unef juge inacceptable qu’un tel dispositif s’insère de la sorte dans la vie privée des étudiants et qu’il n’ait pas fait l’objet d’une consultation.

Et la Commission nationale de l’informatique et des libertés (Cnil) dans tout ça ? La garante du respect des libertés et de l’équilibre des traitements automatisés de données fait simplement remarquer que le dispositif n’a pas fait l’objet de déclaration, dans la mesure où il apparaît qu’il n’a pas été activé. Dès lors, il est difficile de savoir si le système imaginé par Espace Loggia est valide au regard de la loi Informatique et Libertés ou s’il n’entre tout simplement pas dans ce cadre.

En effet, la loi de 1978 n’est pertinente que s’il y a des informations personnelles en jeu. Dans ce cas-là, seront alors vérifiés si les principes généraux de la législation sont respectés, qu’il s’agisse de la collecte loyale (les personnes sont informées préalablement et donnent leur consentement), de la proportionnalité (par rapport à l’usage qui est prévu de ces données, de qui y a accès), de la finalité légitime (était-ce la seule manière de procéder ? Y avait-il une alternative ?).

Reste finalement une interrogation : n’est-il pas excessif de vouloir connecter des lits pour s’assurer de leur bon fonctionnement ? La durée de vie de ce type mobilier est souvent de plusieurs années, voire quelques décennies, de l’aveu même de Paul Malignac ; même en considérant que des dégradations puissent être commises ou que la fougue des étudiants use ces lits plus rapidement que ce qui est attendu, le jeu en vaut-il la chandelle ?

On ne le saura vraisemblablement pas, le programme pilote n’étant plus d’actualité.

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