Inapproprié, disproportionné et inefficace : c'est ainsi qu'une coalition australienne, qui œuvre pour protéger les droits des enfants, juge le dispositif du STMP mis en place par une police locale en Australie. Il s'agit d'un algorithme, supposé anticiper de futurs crimes commis par des jeunes.

Le fantasme de disposer un jour d’une police prédictive, c’est-à-dire capable d’anticiper de futurs crimes, a déjà inspiré l’industrie cinématographique. Dans la dystopie Minority Report (2002), une poignée d’êtres humains s’avère capable de prédire les futurs méfaits de criminels grâce à un don de prescience.

Bien que cette projection soit plus proche de la science-fiction que de notre réalité, une initiative récemment née en Australie s’en rapproche, suscitant au passage quelques inquiétudes. En effet, l’organisme chargé de l’application de la loi en Nouvelle-Galles-du-Sud (connu sous le nom de New South Wales Police Force) emploie un nouveau dispositif pour identifier si des préadolescents doivent être surveillés.

Plan de ciblage des suspects

Ce « plan de ciblage des suspects » (« Suspect Targeting Management Plan » ou STMP) a fait l’objet d’un rapport de la Youth Justice Coalition, un organisme engagé dans la promotion des droits des enfants en Australie. Dans ce document, la Youth Justice Coalition estime que les jeunes visés par ce plan « subissent des formes inappropriées de surveillance policière, disproportionnées par rapport aux risques qu’ils sont supposés représenter pour la société. »

Le STMP fonctionne en effet comme un outil d’évaluation des risques, en se concentrant sur les récidivistes ou les personnes suspectées de commettre un futur crime. Pour qu’une personne soit inscrite dans ce dispositif, la police doit la cibler nommément. Une équipe est chargée d’assurer l’évaluation de son profil, sur la base de renseignements concernant les activités suspectées.

L’ensemble du dispositif mobilise un algorithme chargé de calculer la probabilité que les jeunes ciblés commettent des infractions. Ses calculs conduisent ainsi à classer les personnes dans différentes catégories de risque, du plus élevé au plus faible.

« Aucun impact observable sur la prévention du crime »

Parmi les reproches adressés par la Youth Justice Coalition aux forces de police australiennes, se trouve notamment un usage jugé disproportionné du STMP en direction des jeunes et des autochtones.

La coalition estime également que le dispositif « encourage de mauvaises pratiques policières » et n’a « aucun impact observable sur la prévention du crime. » Enfin, elle regrette plus largement le manque de transparence du STMP.

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