En matière de chronologie des médias, la ministre de la culture, Françoise Nyssen, a relancé l'ultimatum fixé par le Sénat en juillet. Si, sous six mois, le cinéma et l'audiovisuel français ne trouvent pas d'accord, l'État devra prendre ses responsabilités et trancher sur cet épineux sujet.

Faire de la place aux petits nouveaux fréquentables comme Altice Studio, aux consommateurs qui sont perdus par les lois du secteur, et cela sans empiéter sur les plates-bandes des anciens, exploitants, producteurs et chaînes : la mission de la réforme de la chronologie des médias est notoirement connue pour être impossible.

Concertation après concertation, la situation s’est enlisée. Après un rapport du Sénat invitant le gouvernement à prendre ses responsabilités face à un secteur turbulent, Françoise Nyssen, ministre de la culture, est entrée dans le vif du sujet.

Six mois ou l’État

Face à un parterre hétérogène réuni à Dijon par l’ARP (Société civile des auteurs, réalisateurs et producteurs), la ministre a décidé de reprendre l’ultimatum formulé par le Sénat en juillet : si, dans les six mois, le secteur ne tranche pas sur sa propre législation, l’Etat prendra ses responsabilités.

Un médiateur, Dominique d’Hinnin, ex-directeur financier de Lagardère, sera jusque-là mobilisé auprès des interlocuteurs pour avancer sur le dossier d’une nouvelle chronologie des médias.altice

Toujours à la recherche d’une chronologie au plus près de la temporalité des consommateurs, le ministère pourrait aller vers une ouverture des fenêtres pour des acteurs comme Altice Studio.

Le nouveau venu de la sphère SFR explique par exemple vouloir accéder à une fenêtre de diffusion équivalente à celle des chaînes payantes comme Canal+. Une demande qui divise le secteur puisque cette décision approcherait la SVoD de la télévision classique, au risque de voir Netflix et Amazon profiter des mêmes avantages que la filiale d’Altice.

Vertu et investissements

Les producteurs et Canal+, eux, voudraient jouer sur le concept d’acteurs vertueux, que l’on trouvait déjà dans le rapport du Sénat. Selon eux, il s’agit de mettre les acteurs sur un pied d’égalité quant à l’obligation d’investir dans la production française, une règle que Netflix refuse par principe. Ainsi, l’ARP a formulé la demande que les acteurs considérés comme non vertueux ne voient pas leur chronologie changer en mieux.

Une position qui va dans le sens de Canal+. Dont le directeur général, Maxime Saada, s’est félicité des 240 millions d’euros investis dans la production française par son entreprise avant de promettre une possible augmentation de ces investissements, un moyen d’éloigner Netflix et même Altice, deux frileux quant à l’investissement obligatoire en France.

Toutefois, Alain Weill, directeur général d’Altice Média, commencerait déjà à revoir sa position : il serait prêt à s’engager sur un investissement obligatoire à condition de se retrouver dans la même fenêtre que la chaîne payante et permettre la publicité à la télévision pour le cinéma. Deux points déterminants de cette concertation qui ne sont pas tranchés.

En matière de publicité, l’ARP continue de s’opposer à la proposition qui viendrait renforcer l’emprise des films disposant de gros budgets marketing sur la diversité des salles. Mais la position, encore exprimée dans le Monde par Radu Mihaileanu, se heurte à une dérégulation de la publicité pour le cinéma sur le web, bénéficiant déjà aux gros budgets. Dès lors, la télévision apparaît comme un terrain de jeu secondaire pour les studios mais auquel les chaînes tiennent particulièrement. M6 et TF1 sont ainsi favorables à cette réforme qui a des chances d’aboutir.

CC Flickr New York Television Festival

Côté calendrier, l’avenir de la SVoD semble lié aux investissements français des leaders du secteur. Car si un point semble mettre d’accord chacun, c’est bien la distinction entre acteurs vertueux — qui investissent en France — et Netflix.

Cette notion devrait permettre aux caciques de conserver une place à la table et aux nouveaux de jouer des coudes, à condition de se plier aux règles françaises. La négociation promet toutefois d’être longue, voire impossible : qui sera un acteur vertueux entre Altice et Amazon alors que l’un produit de nombreux films en salle grâce à son Amazon Studio, et l’autre ne compte en produire que trois au maximum ?

La réponse ne tient plus entièrement aux faits, mais aux engagements. Enfin, Netflix semble, selon l’ARP, hors jeu dans les négociations.

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