Au lendemain du premier tour des élections législatives, le gouvernement Macron se retrouve légitimé dans sa démarche de renouvellement profond. Aux logiques de partis et d'opposition, les Français ont préféré un alignement du Palais Bourbon à l'agenda élyséen, laissant PS et LR souffrir une débâcle inédite.

L’abstention record de ce premier tour des élections législatives vient confirmer l’épuisement des Français pour la séquence politique qui s’est ouverte il y a plus d’un an avec la primaire de la droite. Après une campagne présidentielle visiblement décevante et une profonde lassitude à l’égard de l’appareil politique, les Français se sont divisés en deux grandes tendances pour les législatives : le dimanche au soleil et le laissez-passer à LREM.

Dégagisme macroniste

Imposant à l’ensemble de la classe politique un balayage — ‘dégagisme‘ macroniste — l’électeur laisse peu d’espace à la composition d’une opposition dimanche prochain. La droite traditionnelle va peiner à atteindre les 100 députés au vu des résultats du premier tour, et la gauche socialiste, hamoniste comme vallsiste, connaît une plus profonde saignée, aux faux airs de 1993.

Seule la France Insoumise semble obtenir une modeste victoire au jeu de recomposition du Palais Bourbon — sans que la constitution d’un groupe soit garantie. Mais si la formation est en position de battre le PS sur les bancs de la gauche, elle enregistre tout de même un recul sérieux par rapport à sa dynamique présidentielle ; tout comme le Front National, qui, miné par une mauvaise fin de présidentielle, s’étiole et pourrait, dimanche prochain, ne compter qu’un seul député élu au lieu des deux de 2012.

M. Philippe analyse depuis la chancellerie un affaiblissement des dynamiques de l’après présidentielle : et en effet, seule la dynamique LREM a réussi à capitaliser sur son succès. L’abstention, historique, semble avoir touché FN comme électeurs de gauche.

CC UMP

Une génération d’anonymes aux portes du Palais

Bravant l’anonymat des candidats de la République en Marche, et parfois leurs affaires récemment dévoilées, les électeurs ont donc confirmé que la séquence politique ouverte par la victoire d’Emmanuel Macron à la présidentielle requiert un renouvellement des têtes. Ainsi, PS et LR, tout deux divisés par les débats sur leur Macron-patibilité, n’apparaissent plus capables d’incarner ni une opposition ni une cohabitation.

M. Baroin, chef de file de la droite durant ces législatives, espère un débat télévisé durant l’entre-deux tours, parlant de « sursaut nécessaire  » devant l’apathie de son électorat. Mais au lendemain du premier tour, le vœu paraît pieu. Ironiquement, les candidats rescapés du socialisme et de la droite sont principalement ceux ayant opté pour une collaboration précoce avec les proches d’Emmanuel Macron. Ainsi M. Valls (PS) comme M. Le Maire (LR) ou encore Mme. Touraine (PS), ont pu jouir du confort de représenter la majorité présidentielle grâce aux efforts consentis par LREM de ne pas leur opposer de concurrent.

Enfin, les affaires qui ont pu être révélées ces dernières semaines sur les candidats LREM n’ont manifestement que marginalement touché leur campagne. M. Bonnell (36 %) sort en bonne posture du premier tour à Villeurbanne, il devrait battre Mme. Vallaud-Belkacem dimanche prochain (16 %). Il en va de même pour Mme. Sarnez, dans la tourmente des affaires touchant le MoDem, qui se qualifie au second tour face à un candidat LR dans la 11ème circonscription de Paris, battant à la fois une dissidence MoDem et le frondeur Pascal Cherki, proche de Benoît  Hamon. Ce dernier se retrouve également sur le banc de touche dans sa circonscription des Yvelines où il n’est pas qualifié pour le second tour. M. Ferrand, également épinglé, sort indemne et en bonne position de ce premier tour.

À l’image de Mounir Mahjoubi qui a balayé par sa jeunesse et sous couvert de la majorité présidentielle le cacique M. Cambadélis, ce sont souvent des figures jeunes, éclectiques et anonymes qui se sont qualifiées au second tour pour LREM ce dimanche. La plupart des candidats issus de la tech et des sciences, à la visibilité pourtant faible, sont ainsi prêts à mettre un pied à l’Assemblée Nationale.

À l’approche des votes sur l’évolution de l’État d’urgence — loi antiterrorisme — ou encore de la refonte du code du travail, les Français n’ont pas investi les enjeux politiques de cette élection. Les partis d’hier s’étant laissé dégager par l’étonnante performance de la vague LREM, il sera difficile de trouver une opposition solide lors de la rentrée parlementaire.

L’équilibre démocratique traditionnel, largement perturbé, laisse donc place à un nouveau rapport de force. Avec plus de 50 % de Français non engagés lors du premier tour, le gouvernement n’obtient pas seulement une très confortable majorité, il voit également poindre une méfiance sans expression. Ce qui ne prévient nullement des mobilisations politiques à venir, hors des circuits parlementaires.

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