Trois jours après la mise en place de sanctions sur le Qatar et un mois après le hacking de l'agence de presse nationale, le groupe Al Jazeera ainsi que la chaîne nationale qatarie ont été frappés par une vague de cyberattaques.

Mise à jour vendredi 9 juin à 10h35 — contacté, Al Jazeera a déclaré :

« Sur les dernières semaines, nous avons connu une cyberactivité grandissante contre les propriétés web et réseaux sociaux d’Al Jazeera. Aujourd’hui, nous avons remarqué une augmentation significative des tentatives cyber visant nos utilisateurs et systèmes.

Nos équipes travaillent assidûment à garantir que tous nos utilisateurs sont protégés et que tous nos systèmes opèrent normalement.

Nous continuons à être vigilants dans notre défense de nos utilisateurs, réseaux et systèmes ».

Article original

Jeudi 8 juin à 18h43 heure française, le compte Twitter d’Al Jazeera English a publié que le groupe essuyait une cyberattaque généralisée. « Les sites webs et plateformes numériques d’Al Jazeera Media Network subissent des tentatives systématiques et continues de piratage. Ces tentatives gagnent en intensité et prennent des formes variées. Cependant, les plateformes n’ont pas été compromises », affirme ainsi Al Jazeera sur son site à 19h13.

Un employé de haut rang cité par Reuters ajoute qu’« il y a eu des tentatives faites sur la cybersécurité d’Al Jazeera, mais nous les combattons et toutes nos entités sont actuellement opérationnelles ». Les sites anglophone et arabe sont restés parfaitement accessibles et fonctionnels le temps de l’attaque ; cela ne ressemblait pas à une attaque en déni de service.

À 20h05, le site de la télévision nationale qatarie a quant à lui dû être fermé à cause d’une autre cyberattaque. À l’heure où ces lignes sont écrites, il est toujours inaccessible.

À cause d’une opération de piratage à laquelle fait face le site de Qatar Television et par mesure de sécurité, la fermeture provisoire du site a été actée #QatarTelevision

La Qatar News Agency déjà piratée

Le mois dernier, la Qatar News Agency avait également été victime d’un piratage. L’agence de presse officielle avait publié le 24 mai un faux article, où l’émir Tamim bin Hamad Al Thani était cité comme critiquant le regain de tensions avec l’Iran et défendant le Hezbollah libanais (allié à l’Iran) et le Hamas palestinien (d’affiliation Frères musulmans). En somme, tout ce que lui reprochent l’Arabie saoudite et ses alliés, jouant ainsi un rôle d’accélérateur dans la rupture diplomatique du lundi 5 juin.

À l’appel du gouvernement qatari, une équipe d’experts du FBI a été dépêchée sur place cette semaine pour enquêter, après le début de la crise avec les pays voisins. Les résultats préliminaires ont confirmé mercredi cette cyberattaque, sans donner l’identité des attaquants. La Russie, qui a des intérêts croissants dans la région, a pris les devants et a d’ores et déjà nié en être à l’origine.

« L’équipe a confirmé que le fichier à la source du piratage a été installé au mois d’avril, fichier qui a plus tard été exploité pour dissiminer les fausses informations le 24 mai 2017 à 0h13 », a communiqué le ministère qatari de l’Intérieur.

CC Omar Chatriwala

Le groupe Al Jazeera, fondé et financé par le Qatar, a été lancé en 1996 avec les anciens de la BBC Arabic, fermée sur ordre de Saoudiens excédés par sa liberté de ton. Cela s’avèrera être une piètre décision pour Riyadh car Al Jazeera sera largement plus libérée que son ancêtre, attirant au Qatar les foudres diplomatiques de ses voisins.

Le vaisseau amiral du groupe est aujourd’hui Al Jazeera English, chaîne sans rapport éditorial avec sa sœur arabe, à la fois très anglo-saxonne et très cosmopolite, née en 2006 et n’ayant rien à envier à ses équivalents occidentaux — si ce n’est l’inverse. La branche vidéo/réseaux sociaux, ultra innovante, AJ+, compte 575 000 abonnés Twitter sur son compte principal ; elle n’a pas mentionné la cyberattaque à laquelle fait face le groupe.

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