Finding Home est un serious game financé par l'UNHCR, le Haut commissariat des Nations unies pour les réfugiés. Il permet de passer quelques heures dans la peau d'une jeune femme de 16 ans fuyant la Birmanie, où elle est persécutée à cause de sa religion.

De 1962 à 2012, la Birmanie a été dirigée d’une main de fer par une succession de juntes militaires qui ont conduit le pays vers la misère et le sang. Le pouvoir militaire ayant, entre autres, pratiqué une politique inhumane à l’égard des différentes minorités ethniques peuplant le territoire birman. Parmi celles-ci, les rohingyas, des musulmans habitant le pays qui se sont vus privés de leur nationalité birmane dès 1982, ainsi que de leur droit de vote, de tenir un magasin, ou même d’avoir accès aux soins et de se marier.

Depuis 2012, malgré les changements politiques en Birmanie, les rohingyas n’ont pas retrouvé leurs libertés fondamentales et sont toujours cruellement persécutés par la majorité Arakanaise et bouddhiste. Sur fond de tensions aussi ethniques que religieuses, les bouddhistes forcent peu à peu les rohingyas à quitter le pays pour rejoindre le Bangladesh, où ils sont retenus dans des camps, et la Malaisie.

Jeunes rohingyas en Malaisie, 2012, CC Firdaus Latif

La migration des rohingyas vers des pays à majorité musulmane est complexifiée par les enjeux géopolitiques de la zone, où l’Indonésie n’a aucune responsabilité internationale à respecter l’accueil de migrants, et où l’Australie tente difficilement d’organiser la sûreté des transferts de population. Pour sensibiliser et alerter de l’extrême détresse dans laquelle vivent les rohingyas, le Haut Commissariat des Nations unies pour les réfugiés a décidé de passer à l’offensive.

Méprisés et rendus invisibles, l’incroyable destin des rohingyas doit d’abord être compris par chacun pour que la situation puisse évoluer. Pour cela, les Nations unies ont choisi la stratégie du serious game afin de rendre concrète une détresse qui nous échappe.

Ainsi est né Finding Home, un jeu pour Android qui reproduit le téléphone d’une jeune femme de 16 ans, fuyant la Birmanie pour trouver un abri en Malaisie. Le jeu nous mène donc sur les traces de Kathijah, une jeune musulmane dont l’urgence vitale est de trouver un toit, en sécurité.

L’utilisateur va pouvoir découvrir la vie précaire de la jeune femme en utilisant son téléphone comme si c’était le sien : il reçoit des SMS de ses compagnons de misère, peut consulter les photos de sa famille. Et il apprend vite à poursuivre un unique objectif : se mettre à l’abri.

Les messages échangés dans le jeu permettent de retracer le parcours de Kathijah, et mettent en évidence les dangers qu’elle court.

Pour Richard Towles, des Nations unies, l’application a pour but de sensibiliser la population malaisienne comme mondiale à la détresse des réfugiées, qu’ils soient rohingyas ou non. Il explique : L’histoire d’un réfugié est souvent très personnelle, intime, et il est difficile pour les gens de comprendre ce qu’est cette vie. Nous espérons que l’application permettra à nos utilisateurs de marcher dans les chaussures d’une réfugiée afin de comprendre ce qu’ils traversent chaque jour pour être seulement en sécurité. 

Selon les Nations unies, on dénombre plus de 150 000 demandeurs d’asile en Malaisie, dont un tiers sont des musulmans rohingyas.

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