Quand il s'agit de faire remonter une information -- ou de démentir une fausse information --, Reuters ne peut pas concurrencer la vitesse des réseaux sociaux. L'agence de presse s'aide donc d'un algorithme pour transformer Twitter en un allié de choix.

« Le monde a de plus en plus de témoins aujourd’hui et nous ne pouvons plus être partout  » : c’est ainsi que, avec humilité, l’agence Reuters reconnaît que son travail a été dépassé par ce qu’on pourrait appeler de l’information citoyenne. Car si les réseaux sociaux sont souvent pointés du doigt (et à juste titre) pour leur capacité à propager de fausses informations, ils sont aussi, aujourd’hui, des vecteurs fiables d’informations de terrain avérées. On ne compte plus, en 2016, les événements dont la médiatisation a commencé par le tweet d’un passant qui était au bon endroit au bon moment.

Pour une agence de presse dont la promesse est « d’être là en premier », la concurrence avec les millions d’utilisateurs des réseaux sociaux est impossible. Dès lors, au lieu de s’enfermer dans une bataille qu’elle risque de perdre, l’agence Reuters a préféré utiliser la technologie pour l’aider dans sa mission. Elle a annoncé cette semaine qu’elle avait développé un outil nommé Reuters News Tracer pour analyser ce qui se dit sur Twitter pour en faire un véhicule pertinent de l’information.

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D’abord, l’algorithme va analyser la récurrence des termes employés par des utilisateurs du réseau social et va les ranger dans des cases. Par exemple, des récurrences de buts créeront automatiquement un cluster « événement sportif » ; des mentions d’une bombe ou d’une attaque pourront créer un cluster «  terrorisme ». Une fois ces groupes de tweets construits, l’algorithme de Reuters va mener plusieurs tests afin d’attribuer une note de véracité aux informations. Par exemple, il va analyser d’où viennent les tweets s’ils sont géolocalisés, si le compte est « certifié », qui les écrit, qui les retweet, comment ils se diffusent etc. Une fois une tendance analysée, l’algorithme va même jusqu’à la confronter à des éventuels détracteurs qui pourraient la démentir.

Si le score de véracité est élevé, l’algorithme va passer le relai à l’humain qui va se charger de vérifier les informations qui ont été remontées et d’écrire une dépêche. Un tel outil numérique semble essentiel et répond à une double exigence pour les rédactions : la confirmation d’une information et la rapidité à la transmettre. Toutes les tâches effectuées par Reuters News Tracer en quelques secondes auraient pris de très longues minutes à un humain — s’il avait eu, en plus, la chance de tomber dessus dans sa veille. Et ces longues minutes suffisent parfois à propager de la désinformation.

Et si une agence de presse est capable de développer un tel outil, c’est à peu près sûr que les réseaux sociaux, qui sont des entreprises technologiques, peuvent également s’équiper avec des algorithmes similaires pour enrayer la diffusion de la désinformation.

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