À Châlons-en-Champagne, la rédaction de l'Union en a assez de la haine. Le journal a donc décidé de publier dans son édition locale les commentaires homophobes qui suivent ses articles.

« Deux hommes qui s’embrassent et la Toile s’embrase. Propos homophobes, sous-entendus graveleux, insultes… c’en est assez !  », écrit la rédaction de l’Union. Le matin même, le petit journal d’informations locales est sorti de son habituelle routine journalistique pour afficher en pleine page les noms, les photos et les propos homophobes tenus sur son site, son Twitter et son Facebook.

Depuis, à la rédaction le téléphone ne cesse de sonner comme le confie Didier Louis, rédacteur en chef de l’Union. Surpris par l’écho gagné par le choix de sa rédaction, il nous explique au bout du sans fil : « À l’origine, il y a un fait divers tout à fait banal à Châlons-en-Champagne. Il s’agit alors de dégradation du mobilier urbain, du vandalisme contre des abris bus. Ces abris hébergeaient l’affiche de la campagne nationale de prévention du Sida. Elle montre des couples homosexuels avec des messages de type amour, une nuit etc. C’est donc un acte de vandalisme très ordinaire… donc nous faisons un papier, comme nous en faisons toujours, et cela suscite sur le web des réactions à tonalité homophobe.  »

Et en effet, la ville de la Marne a été marquée, comme Paris, par des attaques d’abris bus et de panneaux publicitaires. Ce vandalisme cible la campagne du ministère de la santé : mettant en scène des homosexuels, elle déchaîne la passion d’anciens de la Manif pour tous et autres conservateurs prêts à prendre pinceaux et marteaux pour vandaliser une campagne qu’ils jugent indignes.

La parole se libère au point que sur les réseaux sociaux, les vandales revendiquent leurs méfaits. On lit alors des témoignages accablants : « Je vais chercher à l’école ma fille de 8 ans et elle tombe face à ça  » ou encore « Le gouvernement n’en a jamais assez de faire de la propagande pédéraste. » Certains maires décident de faire retirer la campagne de leur ville, la tension est à son comble et les vandales semblent mêmes légitimés dans leurs actes.

Le petit vandalisme de Châlons trouve un écho national, et la rédaction estime qu’il est naturel pour la quotidien de s’indigner de ces actes qui semblent si acceptables par les mouvements peu sensibles aux droits LGBT et visiblement à la prévention du VIH. Marion Bertemes écrit alors : « 5 raisons d’avoir honte après le vandalisme des affiches contre le VIH à Châlons  ». Pour le journal, c’est simple : «  le vandalisme ça coûte cher, ce sont des actes gratuits. Notre article a été écrit pour pointer l’absurdité de ces choses », confie Didier Louis.

Statue de Jean Talon, Châlons-en-Champagne, CC Vincent Brassinne
Statue de Jean Talon, Châlons-en-Champagne, CC Vincent Brassinne

Mais ce papier accentue la réaction des lecteurs homophobes qui sur le web se laissent aller à des commentaires et des propos aussi choquants que violents à l’encontre non pas de la campagne ou des vandales, mais des homosexuels. Pour le journal, ce déferlement de haine ne peut pas continuer : « Il y avait un tabou à briser, donc dans la même édition que le papier d’hier [les 5 raisons] nous décidons de publier un mur de paroles. Sur le web chacun se contente de l’anonymat : nous nous sommes demandés s’il ne fallait pas mettre un nom sur ces propos haineux.  »

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Il s’en suit alors une pleine page dans l’édition locale de la petite ville de la Marne et une publication sur le site web du quotidien. Loin d’une guerre lancée à ces commentateurs, Didier Louis préfère parler de responsabilité : « Nous assumons que ces propos sont crétins, imbéciles et insultants. Il y a alors peut-être des limites à l’anonymat. Mettre sur notre édition papier les visages et les noms de ces propos, c’était de la responsabilité. On est un journal local avec une mission d’information, nous ne défendons pas une cause, mais là, nous avons voulu aller plus loin, non pas nous engager mais montrer au grand jour.  »

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M. Louis évoque la réaction qu’avait eu France 3 Midi-Pyrénées pour, de la même manière, dénoncer les propos concernant les migrants tenus par ses lecteurs et spectateurs sur son site. Il ajoute que l’ensemble de la presse est désormais confronté à ce type de langage assumé et consternant. À l’Union, les modérateurs vont recevoir de nouvelles instructions pour tenter d’endiguer les déferlements de haine dans les commentaires, et demain, le journal laissera un autre mur de parole en pleine page, cette fois-ci à ces citoyens qui condamnent les propos haineux tenus par leurs voisins.

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