Interrogé par Numerama sur les raisons de la suppression dimanche dernier d'un message très relayé dénonçant des violences policières, Facebook nous a répondu mardi en se contentant de remettre en ligne le message censuré.

La semaine dernière, Guillaume Mazeau publiait sur son compte Facebook le témoignage écrit particulièrement choquant de son collègue Guillaume Vadot, enseignant-chercheur à l’université Paris-Sorbonne. L’homme qui s’était d’abord exprimé anonymement y racontait les violences policières qu’il dit avoir subi dans une gare de Saint-Denis lorsqu’il a voulu filmer l’interpellation musclée d’une « femme noire d’une cinquantaine d’années ». Violences physiques, et surtout verbales, tout était raconté dans le menu détail avec un mélange de récit glaçant des faits tels qu’ils se seraient produits, et d’analyse à chaud.

«  La rage au ventre, et tout le torse ankylosé et douloureux. Je me dis que cette police raciste serait allée encore plus loin si j’étais racisé », écrit celui qui est aussi militant du NPA. On ne sait évidemment pas si le récit est véritable, puisque Guillaume Vadot racontait avoir dû interrompre sa captation vidéo et même effacer sous la contrainte la vidéo qu’il avait prise avant de faire immédiatement l’objet d’un contrôle d’identité très opportun. C’est l’IGPN et éventuellement la justice qui devront le déterminer.

Mais depuis, la première partie de son récit a été corroborée par la restauration de la vidéo, récupérée dans la mémoire du téléphone (il est toujours possible de récupérer des données tant qu’elles n’ont pas été écrasées par de nouveaux enregistrements). On y verrait bien la demande de contrôle d’identité, et un policier prétendre à tort qu’il serait interdit de filmer dans la gare.

je vous informe que le contenu a été restauré et Facebook en a informé M Mazeau

Son récit tel qu’il a été relayé la semaine dernière par Guillaume Mazeau avait été partagé des milliers de fois. Mais le dimanche 25 septembre, patatras. Facebook supprime le billet sans aucune explication. « Nous avons supprimé cette publication car elle n’est pas conforme aux Standards de la communauté Facebook », a simplement indiqué le réseau social, avec à peu près la même précision que le policier qui dirait au gardé à vue qu’il a « violé la loi » sans jamais lui dire laquelle. Mais contrairement au policier qui ne dispose pas du droit de juger et de faire appliquer son jugement, Facebook décide de censurer et fait respecter cette censure.

censure-facebook

Interrogé mardi matin par Numerama pour savoir pourquoi ce témoignage avait été censuré, Facebook nous a répondu en début d’après-midi… sans fournir la moindre explication.

«  Merci de votre message. Nous nous sommes rapprochés des équipes de modération et je vous informe que le contenu a été restauré et Facebook en a informé M Mazeau », nous a simplement fait savoir un porte-parole de Facebook.

Guillaume Mozeau a effectivement été informé, mais il n’a toujours aucune explication. Encore une fois, Facebook censure d’abord et corrige ensuite quand il y a une protestation un peu trop visible, sans jamais donner la moindre explication concrète à ces abus de pouvoirs.

À lire sur Numerama : Zuckerberg accusé de ne pas affronter lui-même le débat sur la censure dans Facebook

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