Une enquête conduite par un journaliste et un activiste vient de mettre en lumière la censure qu'exerce La Havane sur les SMS, en bloquant l'échange de textos dont les termes évoquent la démocratie.

Si le chemin de la normalisation des relations entre Cuba et les États-Unis promet d’être long, malgré quelques signes d’ouverture à la fin 2014 avec le redémarrage des relations diplomatiques entre les deux pays, celui de la démocratisation de l’île risque de prendre beaucoup plus de temps. En effet, la presse est encore fortement muselée et la liberté d’expression, y compris sur Internet, n’est pas assurée.

Dans le classement établi par Reporters Sans Frontières, le pays pointe tout en bas du tableau, à la 171e place sur les 180 États auscultés par l’organisation. Un monopole sur l’information est exercé par le clan Castro depuis 1959, accompagné par des « arrestations et détentions abusives, des menaces, des campagnes de dénigrement, des confiscations de matériel et des fermeture de sites web ».

Cuba
CC Shyamanta Baruah

Concernant les télécommunications, la censure est aussi de mise. En particulier, tout un champ lexical est banni par le gouvernement, pointe la presse hispanique. Reprise par Reuters, l’information montre que La Havane a exigé des opérateurs de l’île qu’ils filtrent les SMS contenant certains termes évoquant l’ouverture politique, comme « démocratie », et les libertés individuelles, tels que les « droits de l’homme ».

D’autres mots-clés sont aussi dans le viseur, comme le nom de dissidents politiques ayant une relative visibilité, ainsi que des groupes politiques contestant la mainmise de Raúl Castro et de sa clique. En tout, le blocage concerne, selon les trouvailles du journaliste Reinaldo Escobar et de l’activiste Yoani Sanchez, sur un groupe de trente termes. Mais peut-être que d’autres, encore à découvrir, sont aussi touchés.

Cuba censure les SMS qui remettent en cause la mainmise castriste

Les émetteurs des textos litigieux ne savent évidemment pas que les messages qu’ils envoient sont frappés par la censure. Selon les observations faites sur place, les opérateurs font croire que les SMS sont bien envoyés au destinataire en indiquant sur l’écran du mobile de l’émetteur la mention « envoyé ». En revanche, la date de mise en place de ce blocage n’a pas encore pu être déterminée.

Connecter l’île

La censure n’est pas le seul souci que connaît l’île en matière de télécommunications. L’accès à Internet est loin d’être répandu à Cuba. Seuls quelques officiels du régime y ont accès dans les bâtiments publics, ainsi que les touristes dans les hôtels. Il existe bien sûr des cybercafés, mais le gouvernement veille évidemment à ce que les internautes ne voient pas tout du réseau.

Les choses sont toutefois en train d’évoluer lentement. Des points d’accès publics sont en cours de déploiement à La Havane et Google est dans la boucle pour aider l’île à mieux se connecter à Internet. En début d’année, il a été annoncé la mise en place du premier réseau à haut débit national déployé par Huawei à La Habana Vieja, une municipalité qui contient le centre historique de la capitale cubaine.

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