Avec les objets connectés que l'on porte sur soi et qui mesurent notamment le rythme cardiaque en temps réel, les fabricants et fournisseurs de services comme Apple, Google, Microsoft ou Facebook pourraient deviner lorsque l'utilisateur a un rapport sexuel, savoir à quelle fréquence et combien de temps.

Selon une étude italienne publiée en 1980 dans le Giornale Italiano de Cardiologia, pendant les préliminaires d'un rapport amoureux entre un homme et une femme, le rythme cardiaque des deux partenaires augmente d'environ 30 pulsations par minute (bpm), pour atteindre chacun un rythme moyen de 104 bpm. Puis pendant l'acte sexuel lui-même, le coeur bat plus fort encore, de façon plus intense et plus longue chez la femme. Selon les chercheurs qui ont étudié l'activité sexuelle de 10 couples, les femmes connaissaient en moyenne 2,8 minutes de pic d'intensité cardiaque à 137 bpm contre 2,1 minutes à 126 bpm pour les hommes. 

L'étude avait été réalisée à l'époque en utilisant un holter cardiaque, c'est-à-dire un électrocardiographe portable. Mais aujourd'hui, l'avènement des montres connectées comme l'Apple Watch et autres bracelets dotés de capteurs de fréquence cardiaque fait que leurs utilisateurs captent en permanence leur pouls, et que les courbes d'effort sont généralement envoyées vers les serveurs de centralisation de données médicales des fournisseurs d'API.

Il s'agit de SAMI chez Samsung, HealthKit chez Apple, Dr Watson chez IBM, HealthVault chez Microsoft, ou encore Fit chez Google, sans oublier les ambitions de Facebook.

Or comme le montre l'étude italienne et d'autres qui ont suivi, les rapports sexuels portent une signature caractéristique qui permet de savoir facilement, en analysant les courbes de pulsations des individus, s'ils font l'amour, quel jour, à quelle heure et pendant combien de temps. Voire avec qui, si des courbes sont synchronisées dans un même rayon géographique.

La question n'est plus de savoir si les entreprises précitées ont la capacité de le faire, mais uniquement s'ils en ont la volonté, ou s'ils ont l'éthique suffisante pour s'en abstenir. Or l'on a vu par le passé que par exemple chez Facebook, l'éthique est loin d'être spontanée, et que le réseau social n'apporte aucune garantie pour l'avenir, pas davantage que ses concurrents.

LE SEXE EST BON POUR LA SANTÉ… DONC POUR VOTRE ASSUREUR

Pendant que l'utilisateur voit le nombre de pas qu'il a effectués chaque jour, ou regarde sa courbe de pulsations pour vérifier qu'il n'a pas frôlé l'infarctus dans la journée, les prestataires avec qui il signe un contrat de collecte et de traitement de ses données personnelles (les fameuses conditions d'utilisation que personne ne lit) peuvent analyser ces données de façon beaucoup plus fine pour leurs propres besoins. Ils peuvent en tirer des enseignements sur l'activité du propriétaire, et affiner la publicité ciblée qui lui est présentée. Vous n'avez plus de rapports depuis 3 mois ? Voici du Meetic. Votre activité est débordante ? Voici du déo.

Bien sûr, les montres avec électrocardiogramme permanent peuvent aussi présenter un réel intérêt de santé, et elles auraient certainement rendu bien des services au président Félix Faure en le prévenant à temps que sa pompe devenait funèbre.

De même, une étude chinoise publiée en 2009 (.pdf) sur les effets cardiovasculaires de l'activité sexuelle avait conclu que les rapports extra-conjugaux présentaient statistiquement plus de risques d'infarctus que les rapports entre homme et femme mariés. Mais néanmoins, cette étude basée sur des données obtenues en Allemagne, au Japon et en Corée du Sud constatait que le fait d'avoir fréquemment des rapports sexuels n'augmentait pas le risque d'attaque cardiaque. "Au contraire", s'enthousiasmaient les chercheurs, "le risque est plus faible chez ceux qui ont davantage d'activité sexuelle que ceux qui en ont moins, et le risque de mortalité est deux fois moins élevé dans le groupe avec une haute fréquence orgasmique que dans le groupe avec une basse fréquence orgasmique".

"Il peut être conclu que l'activité sexuelle est l'une des fonctionnalités physiologiques humaines normales, qui contribuera à la santé physique tout comme le fait de marcher ou de réaliser d'autres activités quotidiennes", écrivaient les scientifiques.

Faudra-t-il dès lors espérer qu'Apple ajoute ces activités dans le cadre des récompenses qu'il compte distribuer  ? Et les assurances santé surveilleront-elles grâce à des accords que vous avez une activité sexuelle régulière pour ne pas augmenter les primes d'assurance, ou pour offrir des avantages quelconques aux assurés épanouis ?

Et en attendant, retirerez-vous votre montre avant de faire l'amour, ou la garderez-vous sur le poignet ?

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