La société française Espace Loggia, spécialisée dans la conception de meubles personnalisés destinés au gain de place dans l'aménagement intérieur, a décidé de rejoindre un mouvement naissant de meubles open-source.

L'avenir du meuble est-il dans l'open-source ? Après la société britannique OpenDesk, qui a lancé une plateforme de mise à disposition de plans de meubles sous licences libres, avec la possibilité de réaliser soi-même les découpes et les assemblages ou de les faire réaliser dans un atelier ou par des artisans partenaires, c'est la société française Espace Loggia qui essuie les plâtres (ou plutôt la sciure) des meubles open-source.

Spécialisée dans la conception de meubles sur-mesure, fabriqués en France dans des bois nobles — un schéma radicalement opposé à la fabrication standardisée de masse d'un Ikea, Espace Loggia a lancé son projet open-source baptisé Open Loggia, qui vise à partager librement les plans de certains des meubles qu'il fabrique.

Pour débuter, la société française a repris des plans de meubles conçus pour Mozilla par l'entreprise de design japonaise NODESIGNER. Fidèle à l'esprit open-source qui veut que chacun puisse enrichir les créations de l'autre, Espace Loggia a modifié les plans originaux (pour améliorer la solidité de l'assemblage), et réalisé deux nouveaux meubles complétant la gamme, en distribuant les plans sur son site internet. Un banc, et un tabouret.

"J'ai la conviction depuis longtemps qu'il s'agit d'un modèle économique d'avenir", nous explique Paul Malignac, le directeur général d'Espace Loggia, qui a pris les commandes de la société rachetée dans les années 1980 par son père. "Au 19ème siècle, la révolution industrielle s'est faite avec l'idée que la valeur ajoutée était dans l'outil de production, et qu'il fallait standardiser, pour produire en masse. Au 20ème siècle, la révolution du tertiaire s'est faite avec l'idée que la valeur ajoutée était dans la conception, et qu'il fallait laisser la production aux pays en développement. Aujourd'hui, tout est très automatisé, et il faut tirer partie de la valeur ajoutée du numérique, qui est dans la copie et la distribution".

En mettant certains de ses meubles en open-source, Espace Loggia veut bien sûr proposer ses services et son expertise de fabrication, pour permettre aux clients qui n'ont pas le temps ou les compétences de commander un meuble (personnalisé à partir du modèle open-source). Mais la société mise aussi sur un effet vertueux. Plus les concepteurs de meubles du monde entier partageront leurs créations, plus chacun pourra étoffer son offre et améliorer celle de ses "concurrents", qui deviennent des partenaires de fait. "Un projet open source demande une animation ouverte. Espace Loggia a le projet de stimuler la collaboration dans la communauté", explique la société. 

Le plus difficile sera de convaincre les designers professionnels, habitués à toucher une rémunération en droits d'auteur pour chaque meuble vendu dont ils ont dessinés les plans. Il faudra trouver un moyen de continuer à les rémunérer, par exemple en payant mieux la commande de plans initiaux originaux. Ou alors, leur métier disparaîtra au profit de designers amateurs, qui auront collectivement le même talent — voire davantage — que les professionnels isolés.

Mais "il ne s'agit pas de tout mettre en open-source", prévient M. Malignac. "Les modèles économiques qui fonctionnent le mieux sont ceux qui se font dans la mixité, à l'image d'Oracle qui complète une offre de base de données propriétaires par des produits open-source".

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