Autrefois numéro un des services de téléchargement direct (DDL), le site germano-suisse RapidShare se précipite vers une mort annoncée après les multiples mesures mises en place pour éviter son utilisation par les pirates. L'éditeur du service licencie 75 % de ses effectifs.

Poursuivant une descendante aux enfers entamée il y a déjà plusieurs années, le service de stockage de fichiers RapidShare n'est plus que l'ombre de lui-même. Alors qu'il figurait il y a encore deux ans parmi les 100 sites les plus visités au monde, le service germano-suisse a vu ses utilisateurs partir les uns après les autres, après que la plateforme a décidé de montrer patte blanche pour éviter de subir les foudres judiciaires de l'industrie culturelle. Aujourd'hui, RapidShare apparaît péniblement autour de la 850ème place des sites les plus populaires, et surtout sa chute continue. Au point qu'il annonce dans l'édition suisse de 20 Minutes qu'il réduit drastiquement ses effectifs, passant de 60 à 15 salariés seulement.

Alors que la fin de MegaUpload lui avait permis de freiner sa perte d'audience en 2012, la chute s'est de nouveau précipitée en fin d'année dernière, au moment où RapidShare a annoncé une révolution de son modèle économique. Auparavant, la plateforme payait les uploaders dont les fichiers (le plus souvent piratés) étaient les plus téléchargés, lorsqu'ils permettaient de vendre des abonnements aux internautes qui souhaitaient débrider leur vitesse de téléchargement. Mais depuis novembre 2012, ces uploaders doivent eux-mêmes payer pour le téléchargement des fichiers par les tiers, si ces fichiers sont rendus publics.

Ciblé par l'industrie culturelle, qui a intenté plusieurs procès et obtenu des mesures de filtrage, RapidShare avait fini par céder et par imposer lui-même une politique "exemplaire" contre le piratage, quitte à entraîner sa propre mort.

Une attitude "exemplaire" contre le piratage. Pour rien.

Le site d'origine allemande, domicilié en Suisse, avait ainsi créé son propre outil de surveillance du web pour traquer les forums, blogs et autres sites internet qui proposaient des liens RapidShare vers des contenus piratés, pour supprimer automatiquement tous ces contenus. En avril 2012, il avait publié un manifeste pour appeler tous les services d'hébergement à supprimer les comptes des utilisateurs uniquement suspectés de piratage. Quelques mois plus tard, en août 2012, il a invité les Etats-Unis à s'attaquer aux sites de liens pirates.

Alors que la MPAA avait placé RapidShare dans sa liste des pires sites pirates en 2010, il en était sorti dès l'année suivante.

Mais la mort de RapidShare ne signifie en rien la mort du piratage. Comme nous l'avions expliqué pour dire pourquoi le rapport Lescure sera un échec, ça n'est pas RapidShare qui a créé le piratage, mais le piratage qui a créé RapidShare. Si les pirates ne peuvent ou ne veulent plus se servir de RapidShare, ils iront ailleurs chercher. Quitte à créer de nouveaux outils, comme l'ont été en leur temps eMule ou Kazaa, créés pour répondre à la fermeture de Napster.

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