Pour convaincre les consommateurs que ses films les plus récents méritent d'être protégés contre le piratage parce qu'ils doivent être rentabilisés, Warner Bros a eu une excellente idée : créer une offre payante pour ses films les plus anciens. Ou comment marcher sur la tête.

Il ne faut pas s'attendre à ce que Warner Bros défende une extension du domaine public par une diminution de la durée excessive de protection des droits d'auteur. Le studio américain a annoncé mardi aux Etats-Unis le lancement d'un service sur abonnement qui proposera, pour 10 dollars par mois ( !), de revoir des vieux classiques, qui remontent des années 1920 jusqu'aux années 1960.

"Parmi les programmes que les abonnés pourront visionner figurent par exemple Bonnie Scotland, avec Laurel et Hardy, le classique du cinéma fantastique La Malédiction des pharaons, de 1959, ou Les Aventures de Superman, une série télévisée des années 1950", indique l'AFP. Daktari, Jericho ou Tarzan seront également au programme.

Mais alors qu'un service comme Netflix propose des films récents également pour 10 dollars par mois, comment Warner Bros peut-il justifier de faire payer des films aussi anciens ?

Le meilleur moyen de pousser les consommateurs vers le piratage est de leur faire penser, insidieusement, qu'un film produit dans les années 2000 n'a pas plus de valeur et ne mérite pas plus de protection qu'un vieux film produit dans les années 1920, il y a bientôt un siècle. Il s'agit d'une aberration totale qui est dangereuse pour le patrimoine culturel, que les producteurs cherchent toujours davantage à s'approprier par un allongement continuel des droits exclusifs, et pour l'industrie elle-même qui ne sait plus tenir un discours cohérent pour justifier la protection de ses droits. 

Il est incroyable qu'en 2013, on ne trouve encore dans le domaine public qu'une poignée de films muets.

L'initiative de Warner Bros n'annonce en tout cas rien de bon pour les propositions de Pierre Lescure, qui avait semblé pendant un temps plaidé pour une quasi gratuité des films anciens, en expliquant à juste titre que "moins c'est frais, moins ça se paie", avant de ne plus évoquer cette idée. Même si l'offre du studio n'est proposée qu'aux Etats-Unis, elle ne dit rien de bon sur l'état d'esprit de l'industrie.

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